Cynisme noir jaune rouge Par Martine Vandemeulebroucke

A Alep, les civils se font massacrer par l’armée de Bachar el-Assad. Le Secrétaire général de l’ONU n’en finit pas d’exprimer son inquiétude mais chez nous, le gouvernement est zen. Pas question de laisser entrer la famille qui depuis plus d’un mois attend un visa humanitaire. Et tant pis si celle-ci finit par mourir sous les balles. Il y avait le surréalisme belge, il y a désormais aussi le cynisme noir-jaune-rouge.

On ne sait plus très bien comment réagir dans cet invraisemblable feuilleton dont est victime une famille d’Alep mais aussi une famille namuroise qui a fait toutes les démarches pour l’accueillir. Certains militants pour les droits des réfugiés sont allés saluer à leur manière le Secrétaire d’Etat chargé de l’asile, Theo Francken, invité par le MR lundi soir à Gosselies. Mais ce chahut aura peut-être ravi Francken surtout si les images ont été diffusées sur les chaînes de télévision flamande. Cela l’aura conforté dans son image de « rempart contre l’immigration » qu’il affectionne. « Je se suis pas obligé d’accueillir des personnes menacées », a-t-il déclaré. Si, monsieur Francken, si. C’est une obligation de la Convention de Genève signée par la Belgique que vous êtes censé représenter. Mais on connaît les relations difficiles du Secrétaire d’Etat avec l’Etat de droit.
On aurait tort cependant de tout focaliser sur le militant N-VA qu’est resté Theo Francken. Le refus du visa humanitaire est le fait de l’ensemble du gouvernement Michel. On connaît le refrain : si on le donne à l’un, il faudra le donner à beaucoup d’autres. La Belgique a déjà accordé 800 visas humanitaires, sans faire de vagues. Et les conditions pour l’obtenir sont strictes. Il faut pouvoir être pris en charge totalement en Belgique pour passer la frontière. Combien de Belges sont-ils prêts à s’engager à subvenir à tous les besoins des réfugiés qu’ils accueilleraient et cela pendant toute la durée de leur séjour ? L’autre condition, c’est l’urgence humanitaire. Les balles ont déjà traversé l’appartement de la famille attendue à Namur mais pendant ce temps, Theo Francken multiplie les recours contre la Cour d’Appel qui l’a condamné : Conseil d’Etat, Cassation, Cour de Justice européenne… On attend quoi ? Qu’ils meurent ? Le soupçon m’a déjà traversée.
Le gouvernement Michel refuse tout. Le visa humanitaire, c’est non. Les astreintes, on ne les paie pas. Le laissez-passer qui permettrait à la famille d’entrer en Belgique pour y demander l’asile, comme l’ont proposé les avocats de la famille ? Non. Le gouvernement propose juste une place dans un camp de réfugiés au Liban. On se pince pour y croire. Le Liban, un pays qui n’a pas signé la Convention de Genève, où les réfugiés syriens croupissent dans des camps où ils manquent de tout et où leur sécurité n’est en rien assurée. Le Liban, 1,5 millions de réfugiés syriens pour 4,5 millions d’habitants. Et c’est à ce pays que la Belgique oserait demander l’accueil d’une famille parce que, chez nous, vraiment, c’est trop, vous comprenez … Comment le premier ministre peut-il proposer une chose aussi choquante, devant les caméras de télévision, sans avoir honte.
Le problème du visa humanitaire n’est pas juridique comme le gouvernement tente de le faire croire dans les médias. Non, nous sommes dans de la communication et rien d’autre. Et le message à l’opinion publique, c’est de dire qu’on ne veut pas d’étrangers. Qu’on ne veut pas de réfugiés et surtout pas de voies d’accès sûres vers l’Europe. Que les réfugiés se noient, c’est leur problème. Qu’ils s’entassent au Liban ou en Grèce, c’est le problème de ces pays et des ONG qui leur viennent en aide. Tout au plus la Belgique est prête à accorder l’asile aux survivants, à ceux qui seront arrivés tant bien que mal jusqu’à nos frontières. C’est dit de manière plus ou moins soft. Certains ont moins de complexe, comme la N-VA quand son président parle de risque d’ « invasion » à propos des Syriens. Là, on sait dans quel registre on est, c’est celui de l’extrême-droite façon Marine Le Pen, façon Orban et bien d’autres en Europe. Le virus est virulent. On commence à ressentir ses effets dans notre pays.

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