Faire les gros yeux, détourner le regard Par Martine Vandemeulebroucke

Vous là, le réfugié…Vous êtes musulman ou chrétien ? Chrétien ? Montez à bord car en Belgique, notre Secrétaire d’Etat a fait un sondage pour savoir quels habitants du Moyen Orient il faut sauver, selon le critère de préférence religieuse. C’est juste comme un jeu télévisé. Pour les Chrétiens, tapez un. Pour personne, tapez deux. Et qui va taper sur les doigts de Theo Francken ? Qui va taper sur les doigts de tous les populistes qui se servent du drame des migrants pour asseoir leur pouvoir ?  [1]

Cela faisait longtemps que le Secrétaire d’Etat chargé de l’asile n’a plus fait parler de lui. Cette fois, plus de tweet acerbe mais un petit sondage sur sa page Facebook, avec quatre réponses possibles comme dans l’ancien jeu « Qui veut gagner des millions ». En résumé, Theo Francken pose la question de savoir si lors des opérations de secours, tout le monde « mérite » d’être sauvé, s’il faut ou non accorder la préférence aux minorités non-musulmanes, sauver tout le monde ou personne. C’est peut-être un nouvel épisode dans sa gueguerre contre Médecins Sans Frontières qu’il avait accusé d’être les complices des passeurs en intervenant en Méditerranée. Sous la pression du premier ministre, il avait dû retirer ses propos mais avec quelle mauvaise volonté ! Avec ce sondage « nauséabond », comme le qualifie « L’Echo », Theo Francken revient à la charge pour mettre en cause les opérations de sauvetage mais d’une manière qui lui fait moins courir le risque d’être « recadré » par Charles Michel (ce serait la quatrième fois depuis le début de la législature). Au sein du gouvernement, on dira que, cette fois, il n’agresse personne, qu’il ne remet pas en cause l’accord de législature, que c’est seulement une manière de mieux connaître ses électeurs. Ceux-ci veulent, majoritairement, qu’on sauve d’abord et surtout les minorités chrétiennes de Syrie et cela tombe bien, notre pays a réinstallé 600 Syriens chrétiens. Et refusé un visa à une famille d’Alep. Mais on l’aura compris, le vrai message n’est pas là. Le vrai message, c’est de remettre en cause le droit d’asile comme un droit universel, sans distinction de nationalité ou de religion.

Provoquer encore et toujours

On pourrait cesser de réagir aux outrances du Secrétaire d’Etat, hausser les épaules en constatant que chacune d’entre elles sert des objectifs personnels comme la course à la présidence de la N-VA. On pourrait tenir le même raisonnement avec d’autres populistes européens comme le premier ministre Viktor Orban qui multiplie lui aussi les provocations face la Commission européenne. Et je refuse la réinstallation des réfugiés en octobre. Et je mets tous les migrants en prison en mars. Je lance une campagne anti-européenne dans tous les lieux publics, je prive de licence des instituts d’enseignement étrangers en avril… Réaction de la Commission ? Elle est « préoccupée », surtout par la campagne anti-européenne. Les violences à l’égard des réfugiés, les refoulements illégaux, la légalisation de la détention des migrants ? La Commission veillera « à ce que des progrès soient faits »…et elle regarde ailleurs. Le Haut-Commissariat aux réfugiés est à ce point confiant dans les « progrès » de la Hongrie et dans la vigilance de la Commission qu’il a demandé aux États européens de suspendre la procédure Dublin et de ne plus renvoyer de demandeurs d’asile vers Budapest. L’Allemagne l’a fait. Pas la Belgique.
Viktor Orban et Theo Francken ont des points communs. Ils vont toujours plus loin parce qu’ils se savent portés par un courant populiste et d’extrême-droite bien présent en Europe. Ils ne risquent rien sinon de temps à autre, une remontrance pas très convaincante. Ils font penser à l’horrible gamin, le prince Abdallah dans l’album de Tintin Coke en stock, qui met des pétards dans tout Moulinsart sans que personne n’ose punir l’enfant-roi. Et qu’il y a-t-il de commun entre Charles Michel, l’émir Ben Kalish Ezab, le père d’Abdallah et la Commission européenne ? L’art de faire les gros yeux à leur sale gamin. De faire semblant d’être un peu énervé mais finalement de s’en accommoder, en toute hypocrisie. C’est le gouvernement belge dans son ensemble qui soutient Theo Francken. C’est la Commission et les autres Etats membres qui couvrent un régime autoritaire comme celui d’Orban. On avait connu l’Europe plus assertive face à Alexis Tsipras. Mais là, il s’agissait d’argent pas de la vie des migrants.

Notes

[1Il ne s’agit pas de communiqués officiels d’Amnesty International et les articles de Martine ne reflètent pas forcément les positions d’AI.

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