INFO-BULLETIN N°11

Pour la première fois dans le Sud de l’état du Pará, deux agents de la police civile sont condamnés pour torture

Pour la première fois, des policiers civils ont été condamnés, respectivement à huit ans et cinq ans et quatre mois de prison, pour crimes de torture, par le juge de Xinguara, dans le Sud de l’état du Pará, le 14 avril 2005. Les faits ont une répercussion nationale et internationale. En juin 1999, l’adolescent W., âgé de 15 ans, a été détenu pendant trois jours au commissariat de Xinguara, où il a été tabassé et menacé de mort, dans le commissariat, sans que sa mère, professeur, en ait été informée. Suite aux faits, l’adolescent a souffert de graves troubles mentaux, qui l’ont obligé à être interné durant plusieurs mois. Jusqu’à ce jour, la victime suit un traitement, dont les frais sont pris en charge par l’état du Pará, suivant ainsi une décision judiciaire.

Suite à cette affaire, un dossier réalisé par la Commission Pastorale de la Terre de Xinguara a été diffusé dans la presse nationale et internationale en 2000. Ce dossier, signé par treize entités religieuses et de défense des droits de l’homme, décrivait plusieurs cas de violence et de torture, voire d’homicide, perpétrés par des agents de la police civile dans les postes de police du Sud du Pará, contre des détenus, dont des adolescents. Une pétition adressée aux autorités, dénonçant les faits et demandant que des mesures soient prises par les pouvoirs publics, comportant plus de 6500 signatures, accompagnait le dossier.

L’affaire a pris une importance nationale et internationale. Le jeune W., a été entendu en tant que victime par le rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture, Monsieur Nigel Rodley, lors de sa visite au Brésil, en 2001. Amnesty International a choisi ce cas parmi les dix cas emblématiques de sa campagne mondiale contre la torture, en 2001.

La réaction de la Police Civile du Pará contre la victime, sa mère, son avocat, le frère Henri des Roziers et les témoins, en vue de couper court à l’enquête et au procès, a été extrêmement violente. Le commissaire général de la Police Civile a attaqué dans tous les médias la personne du frère Henri, notamment en l’accusant d’être impliqué dans l’assassinat d’un fazendeiro (propriétaire d’une grande exploitation agricole), et plusieurs enquêtes ont été ouvertes contre lui.

Suite à la pression nationale et internationale, un commissaire et un procureur spéciaux, ainsi qu’un nouveau juge, ont été désignés pour accompagner l’enquête et le procès contre les policiers accusés d’avoir torturé le jeune W. Plusieurs rapports médicaux, dont celui de l’Institut Médical Légal de la Police Civile du Pará, ont confirmé que les troubles mentaux de la victime étaient une conséquence des tortures subies au commissariat de la Police Civile de Xinguara. Plusieurs témoins, dont des détenus, ont déclaré que W. avait été tabassé au commissariat. Le 14 avril 2005, le juge de l’arrondissement de Xinguara, le Dr. Cristiano Arantes e Silva, a condamné les enquêteurs de la Police Civile Raimundo Monteiro Ribeiro, qui a aussi répondu d’un autre crime de torture, et Raimundo da Cruz Pacheco, respectivement à huit ans et cinq ans et quatre mois de réclusion, tout deux en régime fermé, et à perte de leur fonction dans la Police Civile. Le juge a acquitté le commissaire Sandro Rivelino da Silva, parce qu’il n’a pas été prouvé qu’il était responsable du commissariat à l’époque du crime. Un procès contre le commissaire Sandro se déroule actuellement, pour un autre crime de torture et d’homicide.

Ces condamnations représentent une grande victoire de la société civile et de la justice dans le combat contre la pratique de la torture par les policiers dans le Sud du Pará. Il faut aussi souligner que, depuis 2001, le nombre de cas de torture dans les commissariats de la région a diminué.

Cependant, les deux policiers condamnés vont rester en liberté jusqu’au jugement des recours qu’ils ont introduits, ce qui peut prendre plusieurs années. Dans la région, il se dit que les deux policiers ont prévenu qu’ils se vengeraient en cas de condamnation. Nous manifestons notre inquiétude au sujet de la vie de la victime, de sa mère, du juge de Xinguara, du procureur spécial, des avocats de la Commission Pastorale de la Terre (qui suivent l’affaire en tant qu’assistants de l’accusation). Ces policiers vont-ils être maintenus dans leur fonction au sein de la Police Civile ? Vont-ils rester dans le Sud du Pará ? Les recours qu’ils ont introduits vont-ils mener à une réduction de leur peine ?

Xinguara, le 6 juin 2005

Frère Henri B. des Roziers
Terezinha Calvacante Feitosa

Commission Pastorale de la Terre
Comité Rio Maria

José Davi Passos
Valdir Manoel da Silva

Maire de Xinguara
Président de la Chambre Municipale de Xinguara

Père Pedro Colombara
Pasteur Vailton José Neris

Eglise Catholique de Xinguara
Eglise de l’Assemblée de Dieu du Brésil
Paroisse São José Carpinteiro
Mary Heliane Marques
Everaldo Silva Mendes

Conseil Tutélaire des Mouvements Populaires et Sociaux de Xinguara

Amarildo Paulino da Silva

Toutes les infos

Infos liées

Toutes les actions

Actions liées

Les Rohingyas persécutés et privés d’aide humanitaire

Au Myanmar, les forces de sécurité mènent une campagne violente et sans pitié contre les Rohingyas. Il faut agir pour que cela cesse