DARFOUR, survivre aux viols

Une action immédiate et de longue durée est

requise pour protéger les femmes et les jeunes filles du Darfour, constamment exposées aux viols et aux autres formes de violence sexuelle.
Pour éviter que les milliers de victimes de viol ne souffrent toute leur vie, des mesures spéciales s’imposent.

Amnesty International a recueilli en mai 2004 les témoignages de centaines de femmes et de jeunes filles qui ont subi les viols en masse commis par les Janjawid, les milices soutenues par le gouvernement, et par des soldats. Ces victimes ont dû fuir leur foyer après les incendies et les bombardements de villages. Elles ont également vu leurs proches se faire tuer. Il leur a donc fallu beaucoup de courage pour briser le silence, car le viol est un tabou au Darfour. Assurer la sécurité et la protection de ce type de victimes constitue maintenant un impératif. Quant aux auteurs de violences sexuelles, ils doivent être traduits en justice.

Le 19 juillet 2004, Amnesty International a publié un rapport intitulé "Darfour (Soudan). Le viol : une arme de guerre". Ce document révélait que les viols étaient très répandus et présentaient un caractère systématique. Les Janjawid et certains soldats du gouvernement ont utilisé le viol pour humilier, terroriser et contrôler les femmes, mais aussi pour les forcer à quitter leurs terres et détruire le tissu social de leurs communautés.

L’horreur de la violence sexuelle

Très souvent, ces femmes ont été violées en public, sous les yeux de leurs maris ou de leurs proches. Celles qui étaient enceintes n’ont pas été épargnées. Celles qui ont tenté de résister ont été battues, poignardées ou tuées. En d’autres occasions, on les torturait (écrasement du visage, arrachage des ongles, notamment) pour savoir où se trouvaient leurs époux ou d’autres hommes de la communauté visée. On leur a également brisé les bras et les jambes pour éviter qu’elles ne prennent la fuite. Des fillettes de huit ans ont été enlevées pour servir d’esclaves sexuelles, parfois pendant plusieurs mois.

Les conséquences à long terme

Outre leurs très graves répercussions immédiates sur la santé physique et mentale des victimes, ces violences ont également des conséquences à plus long terme. Dans le Darfour, en raison de la honte et de l’opprobre associés au viol, les femmes hésitent souvent à se confier au personnel médical, ce qui peut entraîner une aggravation de leur condition. Par ailleurs, il n’y a pas suffisamment d’effectifs formés pour identifier et traiter les personnes violées. L’infrastructure médicale nécessaire au traitement des maladies sexuellement transmissibles se révèle également insuffisante. Les victimes de viol souffrent terriblement de cette carence sanitaire.

La violence sexuelle peut avoir d’autres conséquences à long terme. Par exemple, si une femme devient stérile à la suite d’un viol en raison des lésions génitales subies, elle peut être abandonnée par son mari car elle ne peut plus jouer son rôle de « reproductrice ». Les victimes de viol et leurs enfants risquent aussi d’être frappés d’ostracisme par leur entourage. Les enfants nés de ces viols sont souvent perçus comme la « progéniture de l’ennemi » ou comme des « enfants Janjawid », ce qui contraint parfois leurs mères à les abandonner.

Les répercussions des viols sont aussi sociales et économiques. Les femmes mariées risquent la répudiation, et celles qui ne le sont pas auront de grandes difficultés à trouver un époux, leur communauté les jugeant « souillées ». Lorsqu’elles se trouvent privées de la « protection » et du soutien matériel traditionnellement assurés par les hommes, ces femmes violées deviennent particulièrement vulnérables d’un point de vue social et économique.

Au Tchad, des réfugiés ont indiqué à Amnesty International que les « prix des mariées » avaient considérablement décru dans les camps. Certains parents craignent de ne pas pouvoir protéger leurs filles des agressions sexuelles et les « bradent » avant l’âge traditionnel, afin de sauver l’honneur de la famille. Les jeunes filles sont de plus en plus fréquemment mariées à toute personne pouvant payer la somme requise, ce qui leur fait courir un risque accru
de violence conjugale.

La réponse du gouvernement soudanais

Le 17 juillet 2004, Ali Mohamad Osman Yasin, le ministre soudanais de la Justice, a annoncé que trois commissions (une pour chaque État du Darfour), composées notamment de femmes juges, de policiers et d’experts juridiques, seraient chargées d’enquêter sur les allégations de viol et d’assister les victimes au cours des procédures pénales.

Amnesty International n’en reste pas moins préoccupée car les Soudanais qui ont dénoncé des violences par le passé ont subi des sanctions, alors que les auteurs présumés n’ont fait l’objet d’aucune poursuite.
Amnesty International continue par ailleurs à recevoir des informations faisant état de nouveaux enlèvements et agressions sexuelles dans la région.

La réponse de la communauté internationale

Les États et les institutions régionales, comme l’Union africaine, la Ligue des États arabes et l’Union européenne, ont tous dénoncé les atteintes aux droits humains commises dans le Darfour.
La mission d’observation du cessez-le-feu de l’Union africaine dispose maintenant de meilleurs appuis politiques, financiers et techniques. Enfin, huit observateurs des Nations unies sont déployés dans la région pour y effectuer un suivi de la situation des droits humains. Malgré cela, la population civile du Darfour continue de subir des attaques, des menaces et
des arrestations.

La résolution 1556 du Conseil de sécurité des Nations unies du 30 juillet 2004 témoigne de l’attention portée par la communauté internationale à la situation des civils dans le Darfour. Toutefois, les mesures prises pour remédier à la terrible crise des droits humains qui frappe cette région ne sont pas satisfaisantes. À titre d’exemple, cette résolution ne porte pas création d’une commission internationale chargée d’enquêter sur les éventuels crimes de guerre et crimes contre l’humanité, notamment les viols et les autres formes de violence sexuelle, ainsi que sur les allégations de génocide.

Le gouvernement soudanais doit agir immédiatement, individuellement et avec l’aide de la communauté internationale, pour protéger les femmes et les jeunes filles du Darfour contre les viols et les autres formes de violence sexuelle. Les victimes de viol doivent être prises en charge efficacement et sans délai. Leurs agresseurs doivent être traduits en justice.

Écrivez au gouvernement soudanais :

 Demandez aux autorités du Soudan de désarmer et de démanteler immédiatement les Janjawid, et de veiller à ce que ces milices ne puissent plus s’attaquer à la population civile.
 Appelez les autorités à prendre toutes les mesures nécessaires pour autoriser un accès illimité du personnel humanitaire au Darfour et à l’ensemble de la population de cette région.
 Exigez qu’aucun membre des Janjawid ne soit intégré à la police, aux forces armées, aux services de sécurité ou au personnel humanitaire des camps de personnes déplacées du Darfour.
 Exigez la suspension immédiate, en attente des conclusions d’enquête, de tout membre des forces armées soupçonné d’avoir commis ou ordonné des violations des droits humains, y compris des viols.
 Appelez les autorités à garantir la sécurité et la protection des victimes et des témoins de viol et d’autres formes de violence sexuelle.
 Demandez à ce que les personnes qui ont commis des viols soient immédiatement traduites en justice selon des procédures équitables, en excluant le recours à la peine de mort et aux châtiments cruels et inhumains comme les amputations.
 Appeler le Président à ce qu’il ratifie les traités et conventions qui protègent les femmes contre des actes de violence sexuelle lors de conflits.

Modèle de lettre à copier-coller, dater et signer :

Your Excellency,

I am writing to express my deep concern about acts of violence against women as a weapon of war in the Darfur conflict and urge you to take action and to protect the women and girls of Darfur.

In a recent mission to Sudanese refugee camps in Chad, Amnesty International delegates found that many of the human rights violations in Darfur have been targeted specifically against women and girls. These violations have included abductions, sexual slavery, torture and forced displacement.

Almost every woman in Darfur is at risk of attack : pregnant women and girls as young as eight have not been spared from rape, abduction and sexual slavery. Women have been raped in public, terrorizing and humiliating them, their families and communities. Women have also been tortured to solicit information on the whereabouts of their husbands and other male survivors. Those who resist rape have been beaten, stabbed, or killed. The suffering and abuse endured by these women goes far beyond the actual rape. Women who survive this violence often suffer from severe mental and physical health problems, unwanted pregnancies, social stigmatization, and economic difficulties. With your support, the Janjawid, the main perpetrators of these attacks against women, have acted with full impunity.

I urge you, as President of Sudan, to act now to stop violence against women and provide immediate and adequate assistance to women who have been affected by sexual violence. I ask you to ensure that :

 The Janjawid militia are disarmed, disbanded and placed in a position where they can no longer attack the civilian population ;
 Any member of the Sudanese armed forces suspected of having committed or ordered human rights violations is suspended immediately, pending investigation ;
 The police, military camp security, and humanitarian personnel in Darfur and Chad do not include any member or former member of the Janjawid militia and that female officers are employed in all IDP camps and trained to deal with issues of gender-based violence ;
 Humanitarian groups receive unimpeded access to all areas and groups in Darfur ;
 All parties to the conflict issue clear instructions to all combatants under their control not to commit rape and other forms of sexual violence and that all cases of rape will be investigated and those responsible prosecuted ;
 Those who have raped are brought to justice in fair trials, without the possibility of the death penalty ; and
 Sudan ratifies all international conventions and treaties that protect women from sexual violence in conflict.

I appeal to you to take all steps necessary to stop such horrific violations and attacks against women in the Darfur conflict and to address immediately the consequences of this violence. Thank you for your attention, I look forward to your response.

Sincerely,

Merci d’envoyer vos appels à :
Lieutenant-General Omar Hassan Ahmad al Bashir,
President’s Palace,
PO Box 281,
Khartoum,
SOUDAN
(Fax : + 249183 779977)

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