Darfour : « Trop de personnes tuées sans raison »

Résumé

Document public ; Index AI : AFR 54/008/2004 ; ÉFAI

« Trop de personnes sont tuées sans raison », a déclaré en novembre 2003 un réfugié soudanais aux délégués d’Amnesty International, dans l’est du Tchad, quand ils lui ont demandé pourquoi il s’était enfui du Darfour. Un conflit violent et invisible se déroule au Darfour, dans l’ouest du Soudan, au moment même où l’annonce d’un accord de paix mettant un terme à vingt années de guerre civile dans le sud du pays emplit les colonnes de la presse internationale. On connaît mal la situation du Darfour, cette région isolée et marginalisée sujette aux sécheresses, non seulement parce que la communauté internationale concentre son attention sur les pourparlers de paix au Soudan qui se tiennent au Kenya, mais aussi parce que les préoccupations en matière de sécurité et les restrictions imposées par le gouvernement ont sévèrement limité l’accès à cette région à quiconque cherche à s’informer sur la détérioration de la situation.

En février 2003, des membres de groupes ethniques ont formé le Mouvement/l’Armée de libération du Soudan (MLS/ALS), un nouveau groupe armé d’opposition, et ont attaqué les forces gouvernementales soudanaises. Le 25 avril, l’Armée de libération du Soudan (ALS) a attaqué l’aéroport d’el Fasher, la capitale du Darfour septentrional, et aurait tué environ 70 soldats gouvernementaux et détruit des avions. L’ALS a déclaré avoir lancé ces attaques pour protester contre le gouvernement, qui n’aurait pas protégé les populations paysannes des attaques de groupes nomades, et pour dénoncer le sous-développement et la marginalisation de la région. Depuis lors, le conflit s’est aggravé et le Mouvement Justice et Égalité (JEM, Justice and Equality Movement), un autre groupe armé aux revendications proches de celles de l’ALS, a été formé dans le Darfour.

La majorité des victimes dans le Darfour sont des civils. L’étendue de la destruction de vies et de biens dans cette région depuis le début du conflit est alarmante : en l’espace de quelques mois, des centaines de civils, voire des milliers, ont été tués lors d’attaques délibérées et menées sans discernement. Des centaines de milliers de personnes ont été déplacées dans la région à cause des attaques, et quelques 100000 personnes se sont réfugiées au Tchad. La situation humanitaire qui en résulte est terrible et pourrait devenir vraiment désastreuse si l’on ne prend pas immédiatement des mesures pour résoudre la crise. Le 9 décembre, Kofi Annan, le secrétaire général des Nations unies, a déclaré qu’il était alarmé par la détérioration rapide de la situation humanitaire dans la région du Darfour au Soudan, ainsi que par les informations selon lesquelles les atteintes aux populations civiles - homicides, viols, incendies et pillages de villages entiers - sont monnaie courante. Il s’est dit préoccupé par le fait que l’insécurité entrave le travail des agences d’aide humanitaire ; parmi le million de civils touchés par le conflit, nombreux sont ceux qui ne bénéficient pas d’une assistance humanitaire. Les attaques se sont intensifiées depuis décembre 2003, ce qui a été à l’origine d’une nouvelle vague de réfugiés en janvier 2004. Le 23 janvier, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a indiqué que 18000 personnes supplémentaires auraient franchi la frontière tchadienne.

En novembre 2003, des délégués d’Amnesty International se sont rendus dans l’est du Tchad pour rencontrer des victimes soudanaises du conflit du Darfour qui se sont réfugiées de l’autre côté de la frontière. Ce document contient quelques éléments d’appréciation recueillis par la mission d’Amnesty International au Tchad, ainsi que des renseignements relatifs au conflit réunis au cours des derniers mois. Le document décrit les atteintes graves au droit international humanitaire et relatif aux droits humains commises contre des civils, en toute impunité, tout au long de l’année 2003 par les forces gouvernementales et par les milices armées par le gouvernement dans le Darfour. En outre, le document souligne que le gouvernement soudanais a failli à son obligation de protéger ses propres citoyens.

Le gouvernement soudanais et les milices alignées sur son orientation sont en premier lieu responsable des graves violations des droits humains commises à l’égard des populations civiles. Le gouvernement a bombardé aveuglément des villes et des villages de civils soupçonnés d’être des sympathisants de l’opposition, tuant illégalement de nombreux non-combattants. Toutefois, la majorité des meurtres de civils et des destructions de biens dans le Darfour sont le fait des milices soutenues par le gouvernement, généralement désignées comme « Arabes » ou Janjawid (hommes armés à cheval). Les Janjawid ont tué, torturé, arrêté arbitrairement et détenu des civils. Ils ont réduit en cendres des maisons, voire des villages entiers, et ont brûlé, pillé et détruit les récoltes et le bétail. Il semble que les groupes politiques armés n’aient pris aucune mesure pour protéger la population civile, notamment pour faire en sorte que les objectifs militaires ne se situent pas près de zones densément peuplées. Les civils sont devenus les otages de la situation du Darfour.

Ce rapport comporte des recommandations visant à améliorer la situation dans le Darfour et à empêcher de nouveaux homicides illégaux de civils. Amnesty International sollicite notamment un accès immédiat et sans restriction des organisations humanitaires ainsi que l’arrêt des attaques perpétrées dans le Darfour par toutes les parties contre des cibles civiles. En outre, l’organisation de défense des droits humains appelle le gouvernement soudanais à cesser de soutenir les Janjawid, à exercer sur eux un contrôle strict et à faire en sorte qu’ils soient responsables de leurs actes au regard du droit international humanitaire. Amnesty International renouvelle son appel pour que des observateurs chargés de veiller au respect des droits humains enquêtent sur les nombreuses attaques massives visant des civils dans le Darfour et pour qu’une commission d’enquête internationale, indépendante et impartiale, soit mise en place afin de mener une enquête sur la détérioration des droits humains dans cette région.

Ce document résume un rapport d’une quarantaine de pages intitulé Sudan : Darfur : "Too many people killed for no reason (Index AI : AFR 54/008/2004), publié par Amnesty International le 3 février 2004.

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