Special Réfugiés

Reconversion inattendue du presbytère de Housse.

Lundi 4 octobre, 17h.15. Pascale, professeur de français pour le CPAS de Blegny, et moi même, sommes sur le pas de la porte du presbytère de Housse, mis à la disposition d’une famille de candidats réfugiés soudanais depuis 2 ans. La grandeur des lieux et la présence d’un jardin ont finalement eu raison des réticences de la famille de confession musulmane à habiter aussi près d’un cimetière (les premières tombes sont à quelques mètres de l’arrière du presbytère). Je suis impatient de faire la connaissance de Fatma et Omar, ainsi que de leurs cinq enfants âgés de deux à dix ans. Les seuls Soudanais qu’il m’ait été donné l’occasion de rencontrer en tant que coordinateur Soudan sont l’ambassadeur et le Ministre Soudanais des Affaires Humanitaires. Sans hésiter, j’ai donc accepté l’invitation lancée par Emile Franck et Pascale (du groupe 115 de Blegny).

Silence inhabituel à l’intérieur du presbytère. Autre étrangeté : toutes les fenêtres et portes sont closes. Il faut nous rendre à l’évidence : les occupants des lieux sont absents. Nous restons de longues minutes figés, Pascale avec son gâteau dans les mains et moi avec mon sachet de friandises pour les enfants. Nous sommes sur le point de partir lorsqu’une vielle voiture bondée se gare dans l’allée du presbytère. Se précipite alors vers nous une femme à la nature généreuse coiffée d’un foulard clair qui s’exclame « Pascal, sept heures, tu dis sept heures ». Ce malentendu levé, nous faisons plus ample connaissance et en venons à l’objet de notre visite : aider la famille dans sa procédure de demande d’asile et entendre leurs témoignages.

Nous commençons par la lecture des duplicata des déclarations faites au Commissariat Général aux Réfugiés. L’évaluation individuelle a pour but de déterminer les risques pour la famille d’être exposée à des traitements inhumains et dégradants ou à un danger pour leur intégrité physique dans l’hypothèse d’un retour au Soudan. Une première demande a été jugée non recevable mais l’appel interjeté a reçu une réponse positive. Nous relevons quelques contradictions dans les motivations du premier refus et conseillons à Fatma et Omar de se faire représenter par un avocat arabophone lors du prochain examen, lequel sera décisif. Les réfugiés ont droit à un interprète mais l’arabe soudanais diffère de l’arabe classique et le risque d’approximations, voire d’inexactitudes, est bien présent.

Tout en répondant à nos questions (elle parle mieux français que son mari), Fatma s’active dans la cuisine. Son insistance aura raison de notre refus. La table est rapidement dressée et nos palais belges sont agréablement surpris par les mélanges de saveurs soudanaises : poulet frit à la cannelle, tomates en salade agrémentées d’une sauce à base d’arachides et des pâtes en accompagnement.

La douceur des plats contraste avec l’horreur de récit de Omar. Imprimeur à Omdurman, grande ville du centre du Soudan, face à Khartoum, sur la rive gauche du Nil, son destin a basculé un jour de septembre 2000 lorsqu’une de ses connaissances lui a demandé d’imprimer un tract pour un parti d’opposition. Le régime actuel, issu d’un coup d’Etat en 1989, s’est employé assidûment à forcer la population à accepter son idéologie, de telle sorte que les autres forces politiques ont soigneusement été contenues dans des limites à ne pas dépasser. Le soir même, les forces de sécurité font irruption à leur domicile et s’emparent des pamphlets. La suite, je vous laisse l’imaginer : interrogatoires ‘musclés’, transfert dans les quartiers de sécurité, détention au secret, mauvais traitements et tortures (brûlures par cigarettes, coups de bâton, suspension la tête en bas) afin d’obtenir des aveux sur sa prétendue appartenance ou accointance avec l’opposition. Après neuf mois d’injures, de traitements dégradants, de privations et de sévices, Omar retrouve enfin sa famille. Il est néanmoins tenu de se présenter deux jours par semaine au poste de police. Le répit est de courte durée : quelques mois plus tard, nouvelle arrestation et nouvelle incarcération dans un camp militaire. Par chance, alors qu’il est soumis à des corvées par les militaires, il parvient à s’échapper et trouve refuge chez un ami. Puis vient l’exil en famille vers la Lybie voisine, l’embarquement à bord du navire qui les mènera à Anvers et le début de la longue procédure d’asile.

Contraints à l’inactivité le temps de l’examen de leur demande d’asile et confrontés à la méconnaissance de la langue, les relations de voisinage se sont heureusement vite normalisées. Le barrage de la langue, si difficile à franchir pour les parents, est tombé pour les enfants qui se sont intégrés dans le système scolaire, l’école demeurant un lieu de socialisation primordial.

Quelle sera l’issue de leur demande d’asile ? Positive, tel est le vœu que formulent celles et ceux qui, comme moi, ont eu le bonheur de côtoyer cette famille soudanaise. La longueur des procédures leur laisse le temps de se sentir « chez eux », en Belgique. Espérons qu’ils ne soient pas qu’en « transit » dans cette nouvelle vie. Quant aux premiers intéressés, ils font preuve d’un fatalisme certain : Inch’Allah ! Puisse Dieu le vouloir...

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