6.Mettre fin à la censure sur Internet

En février 2006, un groupe de vétérans du Parti communiste chinois a adressé une déclaration commune au président Hu Jintao et au Premier ministre Wen Jiabao afin de dénoncer le contrôle de l’information. Ils réagissaient ainsi à la fermeture par les autorités d’un hebdomadaire, Bing Dian(Regards à froid), et à une vague de licenciements, d’arrestations et de mises en détention de journalistes, de rédacteurs en chef et d’internautes.

Dès l’introduction d’Internet en Chine, en 1994, le gouvernement chinois s’est efforcé de contrôler son contenu et de censurer les informations qu’il jugeait préjudiciables ou sensibles. Avec plus de 162 millions d’internautes, la Chine met en œuvre le système de filtrage d’Internet le plus important, le plus sophistiqué et le plus étendu au monde. Le « bouclier doré », ou « grand pare-feu chinois », est un programme de censure et de surveillance permettant au gouvernement de bloquer et de filtrer des contenus Internet. Des milliers de policiers sont spécialisés dans la surveillance du cyberespace chinois. La censure en ligne vise spécifiquement les phrases comprenant des expressions telles que « droits humains », « démocratie »et « liberté ». De nombreux sites web administrés par des organisations non gouvernementales et des groupes politiques étrangers sont censurés en Chine. Amnesty International a recensé environ 50 cas d’internautes chinois vraisemblablement emprisonnés parce qu’ils avaient, entre autres, signé des pétitions, protesté contre la corruption, diffusé des informations sanitaires ou envisagé d’établir des groupes prodémocratiques.


Shi Tao
, l’un de ces journalistes, est toujours en prison. Il purge une peine de dix ans pour avoir résumé, dans un courriel, un communiqué du Département central de propagande sur la manière dont les journalistes devaient traiter le 15e anniversaire de la répression des manifestations de la place de Tiananmen, en 1989. Amnesty International le considère comme un prisonnier d’opinion et demande en conséquence qu’il soit libéré immédiatement et sans condition. L’organisation est également profondément préoccupée par le rôle qu’a joué Yahoo ! dans la condamnation de Shi Tao par les autorités et, d’une manière plus générale, par l’implication des sociétés Internet internationales dans la politique de censure du gouvernement chinois.

Write To Free Shi Tao
envoyé par AmnestyBE

En mars 2007, l’Administration d’État de la radio, du film et de la télévision aurait ordonné la fermeture du site d’actualités en ligne www.ccztv.com. Cette décision faisait apparemment suite à des mesures de répression visant huit groupes de télévision sur Internet en décembre 2006, en vue de bloquer la diffusion d’actualités non autorisées.
Le même mois, Long Xinmin, directeur de l’Administration générale de la presse et des publications, a annoncé l’élaboration de nouvelles règles pour un meilleur encadrement des publications sur Internet. Considérant les bloggeurs et les diffusions sur le web comme un problème central, il avait déclaré : « Il faut reconnaître qu’en cette période de développement frénétique de l’Internet, les moyens et mesures de surveillance et de contrôle mis en place par le gouvernement sont mis à l’épreuve. »

L’avocat pékinois Pu Zhiqiang a manifestement fait les frais de ces mesures. Trois de ses blogs ont été supprimés de sohu.com, le célèbre portail Internet chinois.Pour toute explication, l’avocat a reçu un message de l’administrateur disant que « les ordres venaient d’en haut ».Pu Zhiqiang utilisait ces blogs pour débattre de questions juridiques et de sujets liés à la liberté d’expression.

Le 6 mars 2007, les autorités ont annoncé que toute nouvelle ouverture de cybercafé était interdite pour le restant de l’année. Un peu plus tard, le même mois, l’agence Xinhua a rapporté que les autorités réprimeraient toute tentative d’octroi de nouvelles licences pour ce type d’établissement. Tuo Zuhai, fonctionnaire du ministère de la Culture, a expliqué que le nombre de cybercafés implantés en Chine (près de 120000) suffisait à satisfaire la demande du marché, et que l’ouverture de nouveaux établissements aboutirait à une forme de « concurrence négative ».

Une chance à saisir pour le gouvernement chinois

Pour Amnesty International, les restrictions et le harcèlement infligés aux médias, comme la censure de l’Internet, sont contraires aux valeurs fondamentales de la Charte olympique, qui prône le « respect des principes éthiques fondamentaux universels »et la préservation de la « dignité humaine ». Si ces restrictions, ce harcèlement et cette censure devaient perdurer, les Jeux olympiques de Pékin laisseraient des séquelles regrettables, notamment au vu des récentes réformes concernant les journalistes étrangers.

Les autorités chinoises se sont engagées à améliorer la situation des droits humains avant la tenue des Jeux olympiques, et ont manifesté leur intention de ratifier le Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Dans cette optique, Amnesty International les exhorte à mettre un terme aux censures illégitimes sur Internet, et à prendre des mesures urgentes pour empêcher la détention arbitraire, le harcèlement ou les licenciements injustifiés de journalistes et de reporters, qui constituent autant d’atteintes à la liberté d’expression.

D’ici la fin 2008, les autorités doivent notamment :

    • empêcher les arrestations ou les procès liés à une utilisation légitime d’Internet, notamment pour les défenseurs des droits humains et les journalistes ;
    • libérer immédiatement et inconditionnellement des personnes emprisonnées pour avoir utilisé Internet, y compris les militants, journalistes et internautes Shi Tao, Yang Tongyan et Huang Jinqui ;
    • accorder aux médias chinois le même degré de liberté qu’aux journalistes étrangers.
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