Étude de cas — Les civils pris pour cible

Les homicides de civils

Le 24 mars 2008 vers 8 heures du matin, le petit paysan Eiber Isidro Mendoza, âgé de vingt-deux ans, et sa femme Astrid Sanabria ont quitté le hameau de Monterralo, dans la municipalité d’Aguazul, dans le département du Casanare, pour se rendre à pied au village de Los Lirios, dans la même municipalité. Après avoir parcouru environ un kilomètre, Astrid Sanabria s’est arrêtée pour se laver les mains dans un bassin, tandis que son époux poursuivait son chemin. Après avoir repris sa route, Astrid Sanabria a été arrêtée à un barrage routier mis en place par la 16e brigade de l’armée. Elle a demandé aux soldats de la laisser passer pour rattraper son mari, mais ils ont affirmé n’avoir vu personne et ont refusé de la laisser passer. Elle a attendu au barrage jusqu’à 13h30, après quoi elle est retournée à Monterralo, puis s’est rendue à Cupiagua. À 15h30, des membres du Service des investigations (CTI) de la Fiscalía General de la Nación (organe de l’État qui déclenche la procédure pénale, mène l’enquête et prononce l’inculpation) ont pris contact avec la sœur d’Astrid Sanabria.
Ils lui ont annoncé qu’Eiber Isidro Mendoza avait été tué par l’armée à Monterralo et l’ont priée de se rendre dans les locaux du service de l’armée chargé de lutter contre les enlèvements – les Groupes d’action unifiée pour la liberté des personnes (GAULA) – à Yopal, capitale du département du Casanare, afin de récupérer le corps. L’armée a affirmé qu’Eiber Isidro Méndoza était un guérillero tué au combat.

Le 18 février 2008, une vingtaine d’hommes armés et en uniforme appartenant à un groupe paramilitaire se faisant appeler Bloc central des Aigles noirs (BCAN) ont érigé un barrage routier temporaire sur la route reliant San Pablo à Santa Rosa, dans le département de Bolívar. Ils auraient intercepté un véhicule de l’Association des producteurs de cacao du sud de Bolívar (Aprocasur). Après avoir forcé Miguel Daza, coordinateur d’Aprocasur, et Jhon Martínez, son chauffeur, à descendre du véhicule, ils les ont abattus. Peu après, les paramilitaires ont arrêté Wilmar Tabarez, qui se déplaçait en moto, et l’ont également abattu. Selon des témoins, ce barrage a été dressé pendant une heure, tandis que les soldats de l’armée colombienne se trouvaient à 500 mètres. Des témoins oculaires ont également déclaré que ces paramilitaires, officiellement démobilisés, patrouillent dans le centre de la ville de San Pablo à bord d’un taxi, malgré une forte présence des forces de sécurité dans cette zone.

Le 2 octobre 2007, des membres des FARC auraient tué trois employés de la compagnie d’électricité Ingeoléctrica et enlevé deux autres employés dans la municipalité de Sonsón, dans le département d’Antioquia. Ces cinq hommes effectuaient des travaux pour le compte de la société Empresas Públicas de Medellín (Entreprises Publiques de Medellin, EPM). Les deux hommes kidnappés ont été relâchés le lendemain. D’après les informations reçues, les FARC avaient interdit à EPM de travailler dans les municipalités de la région d’Oriente d’Antioquia, dans le département d’Antioquia.

Les disparitions forcées

Le 26 mai 2008, des membres du groupe paramilitaire Milices paysannes d’autodéfense de Nariño (ACN) ont abattu Willinton Riascos dans le hameau de Bocas del Canal, dans la municipalité d’Olaya Herrera, dans le département de Nariño. En effet, celui-ci n’avait pas obtempéré lorsqu’en entrant dans le village ils avaient ordonné : « Que personne ne coure ! Tout le monde à terre. » Ensuite, ces paramilitaires se sont mis à frapper à coups de crosse de fusil son compagnon, un homme appelé « El Pipe ». Ils l’ont embarqué à bord d’un bateau et emmené dans la direction d’un campement paramilitaire situé à seulement cinq minutes d’un poste militaire permanent occupé par le 70e bataillon d’infanterie de marine. Au moment de la rédaction de ce document, on ignore toujours ce qu’il est advenu d’« El Pipe ».

Les mines terrestres

Le 27 juin 2008, trois enfants indigènes de la réserve de Las Planadas Telembi, dans la municipalité de Samaniego, département de Nariño, longeaient la rive du fleuve Telembi lorsqu’ils ont marché sur des mines terrestres placées par un groupe de guérilla. Dumar Alexander Paí Nastacuas, quinze ans, Leibar Paí Nastacuas, douze ans, et José Edilmer Paí Nastacuas, huit ans, ont été tués sur-le-champ. Les mouvements de guérilla continuent de se servir de mines antipersonnel, qui font principalement des victimes parmi la population civile. La Colombie détient le record mondial de victimes de mines terrestres.

Les violences faites aux femmes

Ingrid Yahaira Sinisterra, seize ans, a été enlevée et tuée par des paramilitaires le 24 août 2007, à Buenaventura, dans le département du Valle del Cauca. Sa famille est allée voir les paramilitaires pour demander son corps. Ils leur ont expliqué qu’ils avaient tué Ingrid pour dissuader d’autres jeunes filles d’avoir des relations avec des guérilleros. Ils ont ajouté que son corps avait été attaché à un poteau électrique toute la nuit et qu’il fallait revenir le lendemain pour le récupérer. Sa famille est revenue le lendemain pour apprendre que le corps d’Ingrid avait été jeté à la mer après qu’on lui eut ouvert le ventre et retiré les organes internes. Ce même jour, la famille a repêché dans la mer le corps d’Ingrid, qui avait été lardé de coups de couteau, et a procédé à son inhumation le 27 août.

Les enfants

En décembre 2007, deux hommes en civil ont abordé Felipe, douze ans, et plusieurs garçons dans une rue à l’entrée de son quartier, dans le département de Valle del Cauca. Ils leur ont expliqué que dans quelques jours les milices de la guérilla qui opéraient dans leur secteur allaient bombarder la zone et que leurs familles allaient être tuées. Ils leur ont demandé s’ils préféraient mourir dans le bombardement ou avertir les autorités. Les garçons ont accepté d’informer l’armée et la police de tout événement étrange. Quelques jours plus tard, les hommes leur ont donné des téléphones portables pour qu’ils puissent avertir les autorités. Felipe a rencontré ces hommes à plusieurs reprises et s’est même rendu au siège de la police pour confirmer l’identité d’une personne récemment capturée. Il a reçu 20 000 pesos (environ sept euro) en récompense. En février 2008, alors que Felipe se trouvait dans la rue, il a reçu un appel de l’un de ces hommes qui lui demandait des informations sur les « bandits ». Il n’a pas répondu, la rue étant pleine de monde. Un membre de la milice de la guérilla qui observait Felipe s’est emparé du téléphone, l’a jeté à terre et a menacé de tuer Felipe. Cependant, un autre membre de la milice est intervenu et a enjoint à Felipe de quitter le quartier, ce qu’il a fait. « Je les ai seulement aidés pour avoir un téléphone portable, et l’argent est utile », a déclaré Felipe.

Les communautés indigènes et afro-colombiennes

Le 7 novembre 2007, les FARC ont kidnappé Bonifacia Caicedo Valoyes, de la communauté afro-colombienne de Tanguí, sur les rives du fleuve Atrato, dans le département du Chocó. Cette affaire a fait suite à l’enlèvement par les FARC de deux dirigeants de la même communauté en août 2007. Ils avaient tous deux été relâchés quelques jours plus tard. Au lendemain de ces enlèvements, le 11 novembre, 674 personnes de Tanguí et 82 membres de la communauté afro-colombienne voisine de Paina, dont 300 enfants, sont massivement partis pour la ville de Quibdó.

Le 22 mars 2008, des hommes armés, vraisemblablement des paramilitaires, seraient entrés dans la réserve d’Awá, à La Vega Changüí Chimbuza, dans la municipalité de Ricaurte (département de Nariño), à la recherche d’Alonso Rosero Moreno, de John Sotelo Rosero et de Paulino Fajardo Marín, dont les noms figuraient sur une liste dont ces hommes armés disposaient. Ils ont emmené ces trois hommes, dont les cadavres ont été retrouvés par la suite. Ils avaient été abattus.

Les défenseurs des droits humains et les syndicalistes

Le 17 avril 2008, le corps de Jesús Heberto Caballero Ariza, l’un des responsables du Syndicat des employés publics du Service national d’apprentissage (SINDESENA), a été retrouvé dans la municipalité de Sabanalarga, dans le département d’Atlántico. Son corps présentait des marques de torture. Il avait été abattu et agressé à l’aide d’une arme semblable à une machette. Son crâne était fracturé et son visage présentait de multiples contusions. Avant sa mort, il avait reçu des menaces de mort de la part du groupe paramilitaire Bloc central des Aigles noirs. Il a été assassiné quelques jours avant que les Aigles noirs ne fassent circuler par courrier électronique, le 21 avril 2008, dans le département d’Atlántico, une menace de mort ciblant les défenseurs des droits humains et les syndicalistes. Selon certaines informations, Jesús Heberto Caballero avait dénoncé des pratiques de corruption en vigueur au sein du Service national d’apprentissage.

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