La Colombie sans colombe Guerre. Narcos, Farc, corruption… Plongée dans un pays exsangue.

« Vous êtes la mère du corps qui est ici ? » La question est posée d’une voix paisible. Les yeux rivés sur chaque pelletée de boue rougeâtre jetée hors de la fosse censée contenir les restes de victimes des groupes paramilitaires, Elvira acquiesce. A 300 kilomètres à l’est de Bogotá, dans la région de Los Llanos comme sur tout le territoire colombien, les escadrons de la mort à la solde des narcotrafiquants, de l’armée ou des politiques - parfois même des trois - assassinent les paysans soupçonnés d’aider les guérilleros des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), torturent les cocaleros (cultivateurs de feuilles de coca) et terrorisent villageois et Indiens. « Dans la capitale, les gens ne se rendent pas compte de ce qui se passe sur le terrain », explique l’anthropologue qui assiste à toutes les exhumations de tombes clandestines. La caméra reste pudique, refuse le voyeurisme et rend compte de l’horreur en la suggérant plus qu’en la montrant. Le réalisateur helvético-colombien Juan José Lozano a décidé de témoigner par un documentaire de la guerre sale qui crucifie son pays depuis plusieurs décennies.

Tortionnaires. La Colombie, pourtant ancrée en démocratie quand ses voisins courbaient encore l’échine sous le joug de régimes militaires, est toujours le refuge des sicaires, tueurs à la petite semaine, militaires d’extrême droite, fonctionnaires corrompus et milices organisées. Alors que la plupart des chaînes de télévisions locales ont renoncé à envoyer leurs reporters dans les zones à risque, le journaliste Hollman Morris traque les tortionnaires et leurs commanditaires depuis dix ans. L’émission qu’il produit, Contravia (« A contre courant »), est diffusée sur la chaîne publique Canal Uno, lorsqu’il trouve les fonds - essentiellement en provenance d’organisations de défense des droits de l’homme - pour financer la location d’espace à la chaîne.

Comptes. Lozano a filmé la vie quotidienne de ce franc-tireur, entre reportages dans les zones « chaudes » et vie familiale rythmée par l’arrivée de ses gardes du corps, la voiture blindée pour amener les enfants à l’école et le questionnement de son épouse, qui craque dans l’espoir d’une « vie normale ». « Je suis préoccupé que notre société ne veuille pas voir la réalité du pays dans lequel elle vit, soupire Morris. Pour connaître la vérité, il faut une volonté politique qui n’existe pas, encore moins avec le président Alvaro Uribe, qui fait porter la violence sur le seul dos des Farc. Mais un jour, c’est à nous, journalistes, qu’on demandera des comptes. » 20 000 disparus, 4 millions de déplacés, 70 journalistes assassinés en trente ans…

GÉRARD THOMAS

Source : Libération, 15/04/2009

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