Rapport cinglant sur les droits de l’homme en Colombie

Une coalition d’ONG vient de finaliser un rapport très sévère sur les droits de l’Homme en Colombie évoquant une « aggravation » de la situation sous le mandat du président Alvaro Uribe, et accusant l’Etat, qui s’en défend, de continuer à protéger les paramilitaires.

La diffusion du rapport transmis lundi à l’AFP, intervient à la veille de plusieurs rendez-vous de la Colombie à l’ONU au cours desquels ce dossier sera évoqué.
Mardi, Alvaro Uribe doit rencontrer le Haut secrétaire pour les droits de l’Homme Navanethem Pillay et en décembre le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, destinataire de l’étude, doit examiner le cas de Colombie.
Les violations (depuis 2002, ndlr) de droits de l’Homme « massives et systématiques », « se sont aggravées », affirme la coalition de plusieurs centaines d’ONG rassemblant notamment l’Assemblée permanente de la société civile pour la paix, et la Plateforme colombienne de droits de l’Homme.

Selon ce rapport, réalisé à partir de données officielles et non gouvernementales, entre juin 2002 et décembre 2007 au moins 13.634 personnes ont été tuées, hors combat, en raison de la violence politique.
Or, l’Etat était, selon l’étude « responsable » directement ou non de leur mort dans 75 % des cas où l’auteur a été identifié.
Dans six affaires sur dix, l’Etat a « toléré » ou « soutenu » les crimes des paramilitaires, accuse-t-il tandis que dans 24,5 % des cas, les violations étaient le fait des guérillas.
Les « exécutions extrajudiciaires, la torture, les détentions arbitraires et le déplacement forcé (de populations) ont augmenté de manière drastique ».
Les milices d’extrême droite fondées il y a trente ans pour défendre les propriétaires terriens contre les guérillas, compteraient encore 9.000 membres et garderaient des liens avec les forces de l’ordre, en dépit d’un programme de démobilisation concernant plus de 31.000 combattants.

En outre, accusent les auteurs, le gouvernement entrave le travail des juges qui tentent d’enquêter sur les liens présumés entre politiques et paramilitaires, alors que plus de 60 membres du Congrès sont visés par des enquêtes en ce sens.
« Ce qui est inquiétant et montre un retour en arrière, c’est la plus grande participation de membres des forces de l’ordre et d’organismes d’Etat » à la violence, a déclaré à l’AFP l’un des auteurs du rapport, Alvaro Villarraga, porte-parole de l’Assemblée pour la paix.
La société colombienne reste pourtant assez sourde aux plaintes des ONG, selon lui, car le niveau général d’insécurité a baissé et le gouvernement, qui consacre 6 % du PIB aux dépenses militaires a « très habilement créé un monstre » avec la guérilla marxiste des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), empêchant selon lui de voir « l’holocauste provoqué par les paramilitaires » : « des milliers de victimes et des millions de déplacés ».
« Les éléments structurels de la violence et des violations de droits de l’Homme, comme la pauvreté, la discrimination sociale, restent là », a aussi estimé Ivan Cepeda, qui dirige le Mouvement des victimes des crimes d’Etat.

Dans un rapport également destiné à l’ONU dont l’AFP a obtenu une copie, le gouvernement évoque un bilan bien plus positif. Il note la baisse du nombre d’homicides, presque divisé par deux entre 2002 et 2007 (17.198 contre 27.837), des plaintes contre les forces de l’ordre très rares (3,1 % du total reçu par le Défenseur du peuple) et la mise en place d’organismes et programmes consacrés à la lutte contre l’impunité et à la recherche de la vérité.

Il admet cependant avoir des efforts à faire concernant les quatre millions de personnes déplacées par les conflits internes, ce qui place la Colombie au deuxième rang des pays comptant le plus de déplacés.
Le sujet a été évoqué lundi par Alvaro Uribe et le secrétaire général de l’ONU Ban ki-Moon. « Nous sommes très en retard pour le logement de ces personnes », a admis déclaré le président, cité dans un communiqué de la présidence.

(Source : AFP, 23 septembre 2008)

Marathon 2017 : SIGNEZ POUR LES DÉFENSEURS DES DROITS HUMAINS

Cette année, les 10 individus en danger du Marathon des lettres sont des défenseurs des droits humains. Ils ont tous besoin de votre aide. Nous vous proposons de signer pour eux, en un seul clic.