Guantanamo — Accueillir des détenus en Belgique

Lettre ouverte aux membres de la Commission des relations extérieures

«  Madame, Monsieur,

Amnesty International prend contact avec vous suite aux déclarations du Ministre des Affaires étrangères et du Premier Ministre sur l’éventualité d’accueillir en Belgique des personnes détenues à Guantánamo.
Au vu de certaines réactions dont les médias se sont fait l’écho, il nous semble important d’apporter quelques précisions.
Avec d’autres organisations de défense des droits humains, Amnesty International a depuis des années fait campagne pour la fermeture de Guantánamo. Nous avons salué la décision du président Obama de fermer ce centre de détention au plus tard en janvier 2010.
Notre organisation est d’avis que la responsabilité de trouver des solutions pour les 240 personnes qui sont encore détenues à Guantánamo incombe en premier lieu aux Etats-Unis. Les états européens doivent cependant les y aider.
Chacun des 240 détenus doit soit bénéficier d’un procès équitable devant une Cour fédérale des Etats-Unis soit être libéré. Comme vous le savez, certains détenus ne peuvent pas être rapatriés vers leur pays d’origine car ils pourraient y être victimes de traitements cruels, inhumains ou dégradants et par ailleurs certains d’entre eux sont apatrides. Ces personnes ne sont plus suspectées de crimes par les Etats-Unis. Elles n’ont pas été poursuivies devant les tribunaux car aucune charge n’a été retenue contre elles. Elles sont détenues depuis des années sans inculpation.
Ces prisonniers étaient déjà pour la plupart considérés comme « libérables » par le gouvernement du président G.W. Bush.
Les Etats-Unis devraient autoriser ces personnes à entrer sur le territoire américain. En pratique, ceci n’est cependant pas une solution pour beaucoup d’entre eux. A côté de l’évident refus de certains détenus de vivre sur le sol américain, on peut aussi craindre que ces hommes ne soient harcelés et menacés vu la stigmatisation des « combattants ennemis » et des « terroristes ».
Les autorités européennes ont une tradition d’accueil des personnes vulnérables et de respect des droits humains . Il faut rappeler que plusieurs pays européens dont la Belgique ont demandé la fermeture de Guantanamo en insistant sur le fait que la lutte contre le terrorisme doit se faire dans le respect du droit national et international.
Par ailleurs, certains Etats membres portent une responsabilité écrasante pour avoir contribué aux « restitutions » et aux détentions illégales sur leur propre territoire.
Les Etats européens doivent prendre leurs responsabilités en offrant une protection internationale à ces personnes qui, pour un certain nombre d’entre elles, sont emprisonnées depuis 7 ans. Amnesty International les engage à faire ce geste.
L’Union européenne dispose ainsi d’une occasion unique de mettre fin aux violations des droits fondamentaux dont le centre de détention de Guantanamo est devenu le symbole.
A plusieurs reprises, la section belge d’Amnesty International s’est adressée aux différents ministères concernés par cette question. La semaine passée, la France a donné le bon exemple en accueillant l’ex-détenu, Lakhdar Boumediene. Il n’y a pas de raison pour que la Belgique ne suive pas l’exemple français.
En conclusion, Amnesty International se réjouit de l’engagement du Ministre des Affaires étrangères et du gouvernement et suivra ce dossier de très près. »

Juin 2009

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