Communiqué de presse

Brésil. Les meurtriers d’un responsable communautaire doivent être traduits en justice

Le quatrième anniversaire du meurtre d’un responsable communautaire connu pour son franc parler dans l’État de Maranhão doit inciter le gouvernement brésilien à combattre de toute urgence les violences croissantes dans la région, a déclaré Amnesty International.

Flaviano Pinto Neto, responsable de la communauté de Charco, dans le nord-est du Brésil, a été abattu le 30 octobre 2010. En avril 2011, quatre personnes ont été inculpées pour son homicide mais n’ont toujours pas été jugées.

« Ce cas choquant est représentatif des injustices auxquelles les défenseurs des droits humains sont confrontés au Brésil. En s’abstenant d’enquêter sur l’homicide de Flaviano Pinto Neto de manière approfondie et impartiale dans les meilleurs délais, le gouvernement brésilien prive sa famille de justice et donne essentiellement son feu vert au meurtre d’autres militants », a déclaré Renata Neder, conseillère en matière de droits humains à Amnesty International Brésil.

L’État de Maranhão est gangrené par les conflits liés à la terre et les violences visant les travailleurs agricoles. Cinq responsables communautaires ont été tués dans le cadre de litiges fonciers depuis le début de l’année.

Ces meurtres restent très fréquemment impunis. Selon des chiffres officiels, sur 1 600 cas d’homicides en relation avec des questions foncières commis entre 1985 en 2009, seuls 5 % environ ont débouché sur un procès.

Flaviano Pinto Neto a été abattu de sept balles. Dirigeant de la communauté de Charco, il était également président de l’Association locale des petits producteurs ruraux.

Il avait pris part à un combat visant à obtenir pour sa communauté le statut de quilombo - un groupe d’Afro-brésiliens installés dans une zone rurale bénéficiant de certaines protections aux termes de la constitution brésilienne, notamment de l’accès à des titres de propriété. Un titre foncier pourrait aider à protéger le groupe contre de puissants fermiers locaux.

En 2012, l’Institut national de la colonisation et de la réforme agraire a officiellement reconnu que la communauté de Charco était un quilombo. Les dispositions administratives nécessaires pour faire enregistrer cette reconnaissance n’ont cependant pas encore été prises.

« Tandis que des agences gouvernementales procèdent avec lenteur aux démarches requises, cette communauté de l’État de Maranhão continue à être menacée et attaquée. Cela doit cesser. En ce jeudi 30 octobre, triste date anniversaire de la mort de Flaviano Pinto Neto, nous demandons au gouvernement brésilien de se montrer à la hauteur de ce défi et de combattre les violences dont sont victimes les défenseurs des droits humains à Maranhão », a déclaré Renata Neder.

Complément d’information
À la fin du XVIe siècle, des esclaves d’origine africaine en fuite ou libérés refusant l’esclavage se sont regroupés et ont établi des communautés dans des régions rurales reculées du Brésil. Les sites sur lesquels ils se sont installés sont désignés par le terme quilombo.

Les articles 215 et 216 de la Constitution brésilienne de 1988 reconnaissent le droit des descendants de ces communautés afro-brésiliennes de posséder les terres ainsi occupées par leurs ancêtres. Plus particulièrement, l’article 68 des Dispositions transitoires prévoit : « La propriété définitive de leurs terres doit être garantie aux descendants des membres de quilombos résidant encore sur place et l’État doit leur délivrer les titres de propriété correspondants. » Plusieurs lois fédérales et étatiques ont été adoptées pour réglementer l’identification des terres où des quilombos ont été établis et l’accord des titres de propriété aux communautés encore existantes.

L’État de Maranhão compte plus de 1 000 communautés établies sur des quilombos. Des centaines de procédures administratives ont été engagées devant l’Institut national de la colonisation et de la réforme agraire mais pour l’instant, aucune n’a reçu de titre foncier.

Charco compte plus de 90 familles, qui luttent depuis plus de 60 ans pour obtenir des droits fonciers. Elles ont déjà reçu plusieurs avis d’expulsion. Elles ont engagé en 2009 la procédure permettant de faire reconnaître que les terres sur lesquelles elles sont installées sont une partie du territoire d’un quilombo autrefois plus étendu.

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