Viol et agression sexuelle de deux jeunes femmes

Deux jeunes filles kurdes, N.C.S., seize ans, et Fatma Deniz Polattas, dix-neuf ans, ont été arrêtées début mras et, semble-t-il, torturées pendant plusieurs jours dans les locaux de la section antiterroriste du siège de la police d’Iskenderun. On leur aurait bandé les yeux et on les aurait contraintes à se mettre nues. N.C.S. aurait été soumise à des violences verbales et sexuelles, et Fatma Deniz Polattas aurait subi un viol anal. Une plainte officielle a été déposée, mais le procureur a décidé de ne pas poursuivre les policiers.

 À quelques jours d’intervalle au début du mois de mars 1999, deux jeunes femmes kurdes, une lycéenne de 16 ans, N.C.S.1 , et une étudiante de 19 ans, Fatma Deniz Polattas, ont été arrêtées par la police et placées en détention à la section antiterroriste du siège de la police à Iskenderun, en Turquie, pendant respectivement sept et cinq jours. 
 Les jeunes femmes affirment avoir été torturées et forcées de faire de faux aveux au cours de leur détention dans les bureaux de la police. Selon le témoignage des jeunes femmes, elles ont subi de nombreux sévices et ont notamment été victimes de viol et d’autres agressions sexuelles.
On leur banda les yeux tout au long de leur détention.
 Pendant les deux premiers jours, N.C.S. fut forcée de rester debout, sans pouvoir dormir ni utiliser les toilettes, et privée de nourriture et de boisson, à l’exception de lait caillé. On l’a contrainte à se déshabiller et à rester nue dans une pièce froide. Au cours de son interrogatoire, elle a reçu des coups sur tout le corps - certains coups visaient directement la tête, les organes génitaux, les fesses et la poitrine - et fut forcée de s’asseoir sur un sol mouillé pendant de longues heures, avant d’être roulée nue dans l’eau. A d’autres reprises, elle fut suspendue par les bras et arrosée d’eau froide sous pression. On menaça de la tuer et de violer sa mère.
 Fatma Deniz Polattas aurait subi les mêmes actes de torture que N.C.S. On la menaça également de violer ses parents sous ses yeux et de faire renvoyer son père de son travail. À un certain moment. Elle reçut des coups de poing au visage, qui lui cassèrent une dent. Plus tard, elle fut également violée : « Un policier m’a dit d’enlever mon pantalon et mes chaussettes. Comme j’étais effrayée, j’ai obéi. Je suis restée debout. Un agent en uniforme m’a ensuite dit de ’me pencher. Il a ensuite introduit quelque chose en moi, par derrière, quelque chose de long et en dents de scie. J’ai commencé à saigner. J’étais entièrement courbée et ils continuaient à me frapper avec leur bâton, en disant « Redresse-toi. ». Après cet événement, un des policiers qui y avait participé lui aurait dit : « Même si tu vas chez un médecin, tu ne pourras rien prouver. ». En effet, au début et à la fin de leur détention, les jeunes femmes ont été auscultées par cinq médecins de l’État, parmi lesquels des gynécologues, les 6,9 et 12 mars. Bien que les médecins aient pratiqué un « test de virginité » - et ce, sans l’accord des jeunes femmes ou de leurs parents - aucun d’entre eux n’a constaté de signes de violence.
 Cela dit, un « test de virginité » (examen de l’hymen) ne peut pas prouver le viol, étant donné qu’il peut y avoir viol sans pénétration ni rupture de l’hymen. Par ailleurs, l’Association médicale turque indépendante a établi, en 1992, que « l’examen de virginité » constitue une forme de violence liée au sexe de la victime et une agression contre l’identité sexuelle de la femme. Cet examen peut avoir des effets traumatisants. Au mois de janvier 1999, le ministre de la justice a pris un décret à l’attention des procureurs du pays, afin qu’ils interdisent la pratique de cet examen de virginité lorsqu’il n’y a pas eu d’accusation d’agression sexuelle. Amnesty International pense que soumettre de force les détenues à ces « tests de virginité » est une grave forme de violence et de torture liée au sexe de la victime, et constitue un traitement cruel, inhumain ou dégradant.
 Le 12 mars, les deux jeunes femmes furent remises en détention par la Cour de Sûreté de l’État d’Adana, accusées de faire partie du groupe armé d’opposition, le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), et d’être impliquées dans une attaque au cocktail Molotov lors d’une manifestation. Le 2 novembre 1999, Fatma Deniz Polattas fut condamnée à une peine de 18 ans d’emprisonnement. N.C.S. fut quant à elle condamnée à 12 ans d’emprisonnement, une condamnation moins lourde en raison de son jeune âge. Les deux jeunes femmes affirment que leur condamnation se base sur des déclarations extorquées sous la torture, mais malgré cela elles restent en prison, en attendant la décision de la Cour d’appel.
 En juillet 1999, quatre médecins de l’Association médicale turque (AMT) purent voir les jeunes femmes en prison. Ils furent autorisés à les interroger, mais pas à procéder à un examen physique. Selon leur rapport, les symptômes médicaux décrits par les jeunes femmes corroborent les témoignages détaillés de torture. L’AMT a établi que tous les rapports médicaux officiels publiés par les médecins de l’État ne sont pas conformes aux normes du ministère turc de la Santé et de l’AMT pour les expertises médico-légales. L’AMT a souligné l’importance de procéder à des examens médicaux appropriés, parmi lesquels l’examen psychiatrique, à l’aide de preuves sur les accusations de torture. L’association a demandé que de tels examens soient pratiqués avec l’accord des deux jeunes femmes soutenant avoir été torturées. Les avocats des deux jeunes femmes ont également demandé qu’elles soient transférées dans un servicepsychiatrique spécialisé pour évaluer tout éventuel traumatisme à long terme et s’assurer qu’elles reçoivent les soins médicaux nécessaires, mais jusqu’à ce jour les jeunes femmes n’ont toujours pas eu accès àces soins médicaux et psychiatriques vitaux. Des plaintes ont également été déposées contre les médecins de l’État pour avoir publié des rapports niant la torture.
 Suite à une vague d’indignation de la part de la population et un plainte officielle déposée par les avocats chargés de la défense des deux jeunes femmes le 9 novembre, le ministère public a ouvert une enquête sur les accusations contre les policiers impliqués dans les actes de torture. Bien que quatre médecins de l’Institut Légal d’Adana aient examinés les deux jeunes femmes le 27 novembre et certifié que ces dernières avaient été torturées, le rapport ne fut pas pris en compte par le procureur général d’Iskenderun,. Il décida de ne pas engager des poursuites contre les agents de police.
 Au cours de ces dernières années, Amnesty International a recueilli des informations sur plusieurs cas de viol et d’agressions sexuelles perpétrés par les membres des forces de sécurité en Turquie. Les cas de N.C.S. et de Fatma Deniz Polattas témoignent de la vulnérabilité des enfants et des femmes dans les bureaux de police et les prisons turques. Pendant leur détention en secret dans les bureaux de la police ou de la gendarmerie, hommes et femmes sont fréquemment déshabillés entièrement. Parmi les actes de torture rapportés à maintes reprises à Amnesty, on compte les électrochocs et les coups directement portés aux organes génitaux et à la poitrine des femmes, les agressions sexuelles comme le viol ou les menaces de viol. 
 Depuis la mi-1997, un service d’aide juridique, visant à poursuivre en justice les coupables de tels actes, a été mis sur pied à Istanbul. Il vient en aide aux femmes violées par les agents de l’État et soumises à d’autres formes de torture sexuelle. Une centaine de femmes, parmi lesquelles plus de 80 Kurdes, ont fait appel à ce service. Près de 40 d’entre elles ont signalé des viols, 65 autres ont mentionné d’autres agressions sexuelles. Les coupables présumés sont pour la plupart des agents de police, d’autres sont des gendarmes, des soldats ou des gardes dans les villages. Ils sont rarement tenus responsables de ces violations présumées. En 1999 Amnesty International a établi l’existence d’un climat général d’impunité pour les coupables d’actes de torture.
 

 Photo : Fatma Deniz Polattas (19) (à droite) 
 et N.C.S. (16) en prison. ©
 Özgür Bak-

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