Zimbabwe : pas de logement, pas de travail, pas de justice.

Entre mai et juillet 2005, environ 700000 personnes ont perdu leur maison ou leurs moyens de subsistance, et parfois même les deux, lorsque le gouvernement du Zimbabwe les a expulsées et a démoli leurs logements et leurs commerces au cours de l’opération Murambatsvina (Restaurer l’ordre).

Les opérations d’expulsion et de démolition ont été menées sans avertissement préalable et sans respect de la légalité et des garanties juridiques. Les victimes n’ont pas obtenu réparation ni bénéficié de mesures de relogement satisfaisantes. Dans certains cas, des décisions de justice n’ont pas été appliquées. En outre, la police a fait un usage excessif de la force : des biens ont été détruits et des personnes battues.

Une femme se tient sur les décombres de sa maison qui a été détruite par la police (Porta Farm, région de Norton)
Une femme se tient sur les décombres de sa maison qui a été détruite par la police (Porta Farm, région de Norton)
© AP GraphicsBank

La grande majorité des victimes n’a reçu aucune aide du gouvernement. Elles ont dû se débrouiller seules pour trouver un abri au beau milieu de l’hiver. Un grand nombre d’entre elles vivent à présent dans des logements surpeuplés, souvent dans des conditions sordides, et des milliers sont toujours à la rue, dans des abris de fortune.


700000 sans-abris, seulement 3325 nouveaux logements construits et peu de relogements

Cinq semaines après le début de ces expulsions massives, le gouvernement a lancé l’opération Garikai/Hlalani Kuhle (Une vie meilleure). Les autorités du Zimbabwe ont à plusieurs reprises indiqué que ce programme consistait en la construction de logements pour les victimes des expulsions massives.

Les recherches menées par Amnesty International montrent cependant que ce programme ne constitue en rien une solution puisqu’il n’a pratiquement apporté aucune aide aux victimes de l’opération Murambatsvina. Quelques maisons ont certes été construites mais elles sont très chères et les victimes n’ont pas les moyens d’y habiter.

La plupart des logements dits « construits » n’ont pas été achevés ; ils ne sont pas raccordés à des réseaux d’eau potable et d’assainissement appropriés et ne sont pas habités. Au moins 20 p. cent des maisons qui ont été bâties sont officiellement destinées aux agents de l’administration, aux policiers et aux soldats. En réalité, beaucoup plus de 20 p. cent de ces constructions ont été attribuées à des personnes qui n’avaient pas perdu leur logement au cours de l’opération Murambatsvina.


Maison construite dans le cadre de l’opération Garikai/Hlalani Kuhle, manifestement non achevée et inhabitée (Whitecliffe, région de Harare).
Abris de fortune à Harare (mai 2006). Des personnes vivent dans ces conditions depuis que leur maison de brique a été démolie, il y a plus d’un an.


Alors qu’il a détruit une grande partie de leurs moyens de subsistance au cours des expulsions, le gouvernement exige des personnes qui souhaitent un relogement des preuves de leurs revenus afin que leur demande soit prise en compte. Un grand nombre de commerçants et de petits vendeurs clandestins qui subvenaient à leurs propres besoins et à ceux de leur famille avant l’opération Murambatsvina ont perdu leur seule source de revenus et ils ne pourraient fournir aucune preuve de leurs revenus même si on leur offrait la possibilité d’acheter une maison.

Des terrains à bâtir situés dans des zones résidentielles mais sans accès au réseau d’approvisionnement en eau ou d’assainissement ont été alloués à certaines victimes. Aucune aide n’est cependant prévue pour la construction d’un logement. Les gens qui ont tout perdu pendant l’opération Murambatsvina doivent d’une manière ou d’une autre trouver des matériaux de construction pour se bâtir une maison.

L’opération Garikai/Hlalani Kuhle représente la seule réponse apportée par le gouvernement pour faire face aux violations flagrantes des droits humains qui ont été commises dans le cadre de l’opération Murambatsvina. Les centaines de milliers de victimes n’ont reçu aucune autre forme d’aide ou de réparation de sa part. L’opération Garikai/Hlalani Kuhle est totalement insuffisante et la majorité des victimes de l’opération Murambatsvina n’y ont pas eu accès.

Lire le rapport : Zimbabwe : No justice for the victims of forced evictions (à paraître en français)

Passez à l’action !

Demandez justice pour les victimes de l’opération Murambatsvina !

Écrivez une lettre à la présidente de la Commission sur le gouvernement local du Parlement du Zimbabwe.

Madame,

Je m’adresse à vous en votre qualité de présidente de la Commission sur le gouvernement local du Parlement du Zimbabwe. Amnesty International a récemment publié un rapport indiquant que l’opération Garikai/Hlalani Kuhle n’a pas permis de faire face aux graves violations des droits humains qui ont été commises au cours de l’opération Murambatsvina.

Dans ce rapport, Amnesty International signale clairement qu’un très petit nombre de maisons ont été construites dans le cadre de l’opération Garikai/Hlalani Kuhle en comparaison du nombre de logements détruits. Une grande partie des logements dits « construits » n’ont pas été achevés ; ils ne sont pas raccordés à des réseaux d’eau potable et d’assainissement appropriés et ne sont pas habités. De plus, des logements ont été attribués à des personnes qui n’avaient pas perdu leur maison au cours de l’opération Murambatsvina.

Je vous demande instamment, en votre qualité de membre de la Commission sur le gouvernement local, d’exhorter le gouvernement du Zimbabwe à se conformer à son obligation de respecter, protéger et faire appliquer le droit à un logement convenable qui est reconnu par la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples et garanti par le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, auquel le Zimbabwe est partie.

Votre commission devrait en particulier appeler le ministère du Gouvernement local à reconsidérer l’opération Garikai/Hlalani Kuhle afin de la mettre en conformité avec l’Observation générale 4 relative au droit à un logement suffisant élaborée par le Comité des droits économiques, sociaux et culturels, qui prévoit notamment :

 la sécurité de l’occupation ;
 la nécessité d’accorder une priorité en matière de logement aux plus démunis ;
 des dispositions spécifiques destinées à répondre aux besoins en matière de logement des personnes les plus démunies qui n’ont pas les moyens de payer des matériaux de construction ;
 un accès suffisant à l’eau potable et au réseau d’assainissement pour tous les logements.

Je vous remercie de l’attention que vous porterez à cette question et vous prie d’agréer, Madame, l’expression de ma haute considération.

Présidente de la Commission sur le gouvernement local du Parlement
Hon. Zinyemba, MP
Chairperson Portifolio Committee on Local Government
Parliament of Zimbabwe
P. O. Box CY298
Causeway
Harare
Zimbabwe

Fax : +263 4 252935