Écrire Un auteur australo-chinois accusé d’espionnage

Yang Hengjun, détenu au secret depuis le 30 décembre 2019, a enfin pu rencontrer un représentant du consulat australien, ainsi que son avocat, le 31 août et le 3 septembre respectivement.

Yang Hengjun continue à nier toutes les allégations d’espionnage le visant.

Un reportage indique que Yang Hengjun a déjà subi plus de 300 interrogatoires, et on craint qu’il ne soit soumis à la torture ou à d’autres mauvais traitements sans pouvoir bénéficier régulièrement de visites de la part de représentants consulaires ou de son avocat.

Yang Hengjun est un auteur et blogueur connu dont les romans et prises de position sur la vie publique en Chine ont séduit un large public. Cet ancien diplomate chinois a aussi travaillé dans le secteur privé à Hong Kong, avant de s’installer en Australie en 1999, où il a décroché un doctorat à l’Université technologique de Sydney. Yang Hengjun a obtenu la nationalité australienne en 2002 ; juste avant son arrestation, il résidait aux États-Unis en qualité de professeur invité à l’université de Columbia.

Yang Hengjun a été arrêté par la police à son arrivée dans la ville de Guangzhou (sud de la Chine), où il s’était rendu en avion avec sa famille en janvier 2019. Il a dans un premier temps été placé en « résidence surveillée dans un lieu désigné », une mesure qui permet, dans certaines circonstances, aux enquêteurs de maintenir des personnes hors du système de détention officiel pendant une période pouvant aller jusqu’à six mois, et s’apparente à une forme de détention au secret. Les suspect·e·s placés dans cette forme de « résidence surveillée » n’ont pas la possibilité de consulter un avocat de leur choix ni d’entrer en contact avec quiconque, y compris leur famille, et sont exposés à un risque de torture et d’autres mauvais traitements.

Pendant plus de huit mois après son placement en détention, Yang Hengjun a été privé de la possibilité de contacter le consulat australien et n’a pas été autorisé à rencontrer d’avocats de la défense. Il ne lui a été permis de s’entretenir avec des représentants consulaires et des avocats qu’après avoir été officiellement arrêté pour espionnage, en août 2020.

Yang Hengjun a nié être un espion. Selon des informations relayées par les médias, Yang Hengjun a déclaré à son avocat lors de la première visite de celui-ci le 3 septembre, qu’il considère que les charges retenues contre lui relèvent de la persécution politique, et a ajouté qu’il n’« avouera » aucune infraction qu’il n’a pas commise.

Son épouse, Yuan Xiaoliang (résidente permanente en Australie) et leur fils ont été autorisés à se rendre en Chine mais il leur est désormais interdit de quitter le pays. En juillet 2019, Yuan Xiaoliang a essayé de rentrer en Australie en avion mais a été interceptée par un responsable de la sécurité des frontières. Quelques jours après cette tentative, elle a été emmenée par les autorités de l’État et a dû répondre à des questions pendant deux heures. Selon une source proche de cette famille, Yuan Xiaoliang pense qu’elle sera sanctionnée si elle parle aux médias internationaux.

Ce n’est pas la première fois que Yang Hengjun a été arrêté. En 2011, il a disparu pendant une semaine, après avoir été suivi par trois hommes. Cela a amené la communauté internationale à craindre qu’il n’ait été appréhendé. Cependant, lorsqu’il est réapparu une semaine plus tard, il a déclaré à la presse qu’il y avait eu un « malentendu » car il avait été souffrant. Yang Hengjun est depuis lors revenu sur cette déclaration.

L’espionnage est considéré comme une « mise en danger de la sécurité nationale » par le droit pénal chinois. Les personnes accusées d’espionnage sont passibles d’un minimum de trois ans d’emprisonnement, et celles dont il est considéré qu’elle ont compromis la sécurité nationale et « gravement nui au pays et au peuple » encourent la peine de mort.

Dans les procès en rapport avec la sécurité nationale, les suspects se voient régulièrement privés des droits procéduraux dont bénéficient les suspects ordinaires, notamment l’accès à un avocat de leur choix et le droit à une audience en public.

En 2017, Amnesty International a estimé que l’utilisation par la Chine de concepts tels que le « renseignement national » et la « sécurité nationale » étaient trop vagues et avaient une portée excessive.

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