Écrire Les autorités reconnaissent détenir un militant disparu

Le 16 juin 2020, après plus de sept mois de travail de campagne intensif, Amnesty International a enfin obtenu des informations sur le cas du militant et père de famille disparu Muhammad Idris Khattak. Les autorités ont annoncé qu’il était détenu entre leurs mains et qu’elles allaient l’inculper au titre de la Loi de 1923 relative aux secrets d’État.

C’est un soulagement d’apprendre que Muhammad Idris Khattak est vivant, mais on ignore toujours où il se trouve et, s’il était condamné en vertu de cette loi, il encourrait une lourde peine d’emprisonnement ou même la peine de mort.

La santé de cet homme, qui souffre de diabète et a besoin de prendre des médicaments quotidiennement, est encore plus menacée en cette période de pandémie de COVID-19, tandis que ses conditions de détention restent inconnues et qu’il risque toujours de subir des actes de torture ou d’autres mauvais traitements.

Dans la soirée du 16 juin 2020, le ministère de la Défense a enfin reconnu la détention de Muhammad Idris Khattak. Cette information a été confirmée lors d’une audition organisée par l’Équipe d’enquête conjointe le lendemain. On ignore encore la nature exacte des charges retenues contre lui et la procédure judiciaire à venir. Le lieu où il se trouve n’a pas été révélé et il n’a toujours pas été autorisé à contacter son avocat et ses proches.

Muhammad Idris Khattak a été consultant pour Amnesty International et d’autres ONG internationales de défense des droits humains. Depuis des années, il recueille des informations sur un large éventail de violations des droits humains et de crises humanitaires dans la province de Khyber Pakhtunkhwa et les anciennes zones tribales sous administration fédérale.
Il rentrait d’Islamabad lorsque sa voiture de location a été interceptée près de l’échangeur de Swabi, dans la province de Khyber Pakhtunkhwa. La seule autre personne qui se trouvait dans le véhicule était le chauffeur, avec lequel il avait déjà effectué de nombreux trajets. Le chauffeur a également été emmené avec lui le 13 novembre 2019. La famille de Muhammad Idris Khattak n’a appris sa disparition qu’une fois que son chauffeur a été relâché, le 15 novembre 2019 dans la soirée.

Selon les déclarations faites par ses proches quand ils ont signalé la disparition à la police, quatre hommes en civil ont placé un sac noir sur sa tête et celle de son chauffeur avant de les emmener dans un lieu inconnu.
Les personnes soumises à une disparition forcée risquent d’être torturées et même tuées. Si toutefois elles sont relâchées, elles gardent des séquelles physiques et psychologiques. La disparition forcée est un instrument de terreur qui frappe non seulement des personnes et des familles mais aussi des sociétés entières. C’est pour cette raison qu’elle est un crime de droit international et que, si elle s’inscrit dans le cadre d’attaques généralisées ou systématiques, elle constitue alors un crime contre l’humanité.

Au Pakistan, la disparition forcée sert à museler la dissidence et les critiques qui s’opposent aux politiques militaires. Les personnes visées collectivement ou individuellement par les disparitions forcées sont notamment des membres des groupes ethniques sindhi, baloutche et pachtoune et de la communauté chiite, des militant·e·s politiques, des défenseur·e·s des droits humains, des membres et sympathisant·e·s de groupes religieux et nationalistes, ainsi que des membres présumés de groupes armés ou encore d’organisations religieuses ou politiques interdites au Pakistan.

Amnesty International a reçu des informations faisant état de disparitions forcées et de détentions arbitraires de dissident·e·s, d’étudiant·e·s et d’autres personnes dans le pays tout au long de l’année 2019.

En janvier 2019, le dissident politique Ahmad Mustafa Kanju a été victime d’une disparition forcée à son domicile, à Rahim Yar Khan (province du Pendjab). En octobre 2019, Suleman Farooq Chaudhry, un étudiant de troisième cycle en ingénierie qui critiquait le gouvernement sur les réseaux sociaux a été emmené alors qu’il se trouvait dans la banlieue d’Islamabad. Les familles de ces deux hommes ignorent toujours où ils sont.

Selon la Convention internationale sur la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, on entend par disparition forcée « l’arrestation, la détention, l’enlèvement ou toute autre forme de privation de liberté par des agents de l’État ou par des personnes ou des groupes de personnes qui agissent avec l’autorisation, l’appui ou l’acquiescement de l’État, suivi du déni de la reconnaissance de la privation de liberté ou de la dissimulation du sort réservé à la personne disparue ou du lieu où elle se trouve, la soustrayant à la protection de la loi ».

Le gouvernement actuel, dirigé par Imran Khan, a promis d’ériger en infraction les disparitions forcées, mais aucun projet de loi en ce sens n’a été ne serait-ce que présenté au Parlement. Shireen Mazari, ministre des Droits humains, a également déclaré que le gouvernement voulait signer la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées. Cependant, aucun progrès n’a été enregistré à cet égard. La pratique de la disparition forcée perdure en toute impunité dans le pays.

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