Écrire Une avocate défenseure des droits humains privée de visites en détention

La direction de la prison pour femmes d’al Qanater a privé Hoda Abdelmoniem, une avocate spécialisée dans la défense des droits humains âgée de 61 ans, de la moindre visite et de tout autre type d’échange avec sa famille, depuis son arrestation le 1er novembre 2018.

Ses proches l’ont vue brièvement pour la dernière fois le 18 juillet 2020, à l’occasion d’une audience devant le tribunal.

Le 1er novembre 2018, des membres de l’Agence de sécurité nationale ont fait irruption chez Hoda Abdelmoniem, au Caire, à 1 h 30 du matin, ont mis son domicile à sac, puis ont emmené cette femme, les yeux bandés, chez sa mère. Pendant que les forces de sécurité fouillaient le domicile de sa mère, Hoda Abdelmoniem est restée, les yeux toujours bandés, dans un véhicule de police. Les agents ont confirmé à la fille de Hoda Abdelmoniem leur appartenance à l’Agence de sécurité nationale, mais ils n’ont pas présenté de mandat d’arrêt, ni précisé le motif de l’arrestation ou l’endroit où ils emmenaient sa mère. Hoda Abdelmoniem n’a pu emporter aucun médicament ni effet personnel.

Après avoir été soumise à une disparition forcée pendant près de trois semaines, elle a été conduite devant le parquet suprême de sûreté de l’État, une antenne du ministère public créée en vertu de la législation d’exception et chargée des enquêtes sur les menaces à la sécurité nationale. Le lendemain, le 22 novembre, des membres de sa famille ont pu la voir au parquet suprême de sûreté de l’État. Ils ont indiqué qu’elle portait les mêmes habits que le jour de son arrestation, semblait terrifiée et refusait de parler de sa détention. Elle a ensuite été emmenée dans un lieu tenu secret. Ses proches l’ont vue à nouveau brièvement les 24 et 28 novembre au bureau du parquet suprême de sûreté de l’État. Elle a encore été soumise à une disparition forcée entre le 2 décembre 2018 et le 14 janvier 2019, car les autorités refusaient de révéler où elle se trouvait à ses proches et ses avocat·e·s.

Le 15 janvier 2019, elle a comparu devant les procureurs du parquet suprême, qui ont renouvelé sa détention pour 15 jours supplémentaires. Elle a déclaré à sa fille qu’elle ne savait pas où elle était incarcérée. À l’époque, sa fille a signalé qu’elle avait perdu beaucoup de poids, à cause semble-t-il de la nourriture, en quantité insuffisante et de mauvaise qualité. Après sa comparution, des membres de l’Agence de sécurité nationale l’ont emmenée, les yeux bandés, dans un lieu inconnu. Au bout de deux semaines de disparition forcée supplémentaires, elle a été transférée à la prison pour femmes d’al Qanater, le 31 janvier 2019.

Le 1er novembre 2018, jour où Hoda Abdelmoniem a été appréhendée, les autorités égyptiennes ont ordonné une série de descentes, arrêtant au moins 31 défenseur·e·s des droits humains et avocat.e.s spécialistes de ces droits (10 femmes et 21 hommes). La Coordination égyptienne pour les droits et les libertés (ECRF), qui recueille des informations sur les disparitions forcées et le recours à la peine de mort et apporte une assistance juridique aux victimes de violations des droits humains, a été particulièrement visée par cette répression. Dans une déclaration publiée le 1er novembre 2018 et annonçant la suspension de ses activités en faveur des droits humains, l’ECRF a indiqué que la situation en Égypte était incompatible avec la défense des droits humains et a réclamé l’intervention du Conseil des droits de l’homme des Nations unies.

Hoda Abdelmoniem travaillait bénévolement comme consultante pour l’ECRF, et avait recueilli des informations sur des violations des droits humains, notamment sur des cas de disparition forcée. Elle a été membre du Conseil national des droits humains et du Barreau égyptien. Hoda Abdelmoniem était visée par une interdiction de se rendre à l’étranger depuis fin 2013, sans avoir pourtant été inculpée de la moindre infraction.

Depuis mai 2020 en Égypte, les tribunaux et le parquet ont renouvelé les ordres de détention de milliers de personnes incarcérées dans l’attente de leur procès, sans que les intéressés ne soient présents, ce qui constitue une atteinte flagrante aux droits de la défense, notamment au droit de contester la légalité de leur détention. Si certains accusé·e·s ont été transférés devant des tribunaux pour leurs audiences depuis la mi-juillet, d’autres n’ont pas comparu depuis la reprise de celles-ci le 1er mai 2020. Selon des avocat·e·s, des juges ont par ailleurs refusé d’écouter leurs plaidoiries, notamment sur la question de l’illégalité des décisions de renouvellement en vertu du droit égyptien. Durant l’une de ces audiences, un juge a demandé aux avocat·e·s de nominer cinq d’entre eux pour représenter des centaines d’accusé·e·s.

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