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Monsieur le Procureur général,
Je vous écris afin de vous faire part de ma vive préoccupation concernant les accusations portées contre le pharmacien Ahmed Abdalla Khedir Nasir (alias Ahmed Shifaa) en raison de l’exercice pacifique de ses opinions.
Le 19 novembre 2025, il a été inculpé en vertu des articles 62 et 69 du Code pénal soudanais (1991) devant la cour pénale de Dongla. Ces chefs d’inculpation, qui portent sur « l’incitation à des sentiments d’agitation parmi les forces de l’ordre » et « l’atteinte à l’ordre public », découlent d’accusations formulées par la Brigade Baraa ibn Malik, une milice alliée à l’armée soudanaise, selon lesquelles Ahmed Shifaa aurait insulté ses membres.
Ahmed Shifaa réfute catégoriquement ces allégations, soulignant qu’en fait ce jour-là, il a eu une conversation avec une personne dans sa pharmacie, au cours de laquelle il a simplement exprimé son opinion sur la perte tragique de jeunes vies dans le contexte du conflit qui ravage le Soudan, critiquant le recrutement de civils par cette milice. Une deuxième personne qui se trouvait dans la pharmacie et a entendu la conversation l’a probablement dénoncé aux autorités.
Le 18 juillet 2025, des informations concernant un mandat d’arrêt décerné à l’encontre d’Ahmed Shifaa, comprenant son nom complet et l’immatriculation de son véhicule, ont été diffusées sur diverses plateformes de réseaux sociaux, appelant les forces de sécurité à procéder à son arrestation, ce qui a plongé Ahmed Shifaa dans une grande angoisse quant à sa sécurité et à son bien-être. Le lendemain, le 19 juillet, il a été interpellé dans sa pharmacie et placé en détention pendant cinq heures environ, avant d’être relâché sous caution personnelle.
Ahmed Shifaa a depuis comparu à de multiples reprises devant les tribunaux, pour incitation à l’agitation sociale et trouble à l’ordre public. Au cours des audiences, des membres armés des forces de sécurité ont encerclé la salle, clairement en vue de l’intimider. Le tribunal doit prononcer son jugement le 15 avril, date qui coïncide avec le troisième anniversaire du conflit qui sévit au Soudan. S’il est déclaré coupable, il encourt jusqu’à six ans d’emprisonnement et une amende.
À la lumière de cette situation, je vous prie de prendre des mesures immédiates en vue d’abandonner toutes les accusations portées contre Ahmed Abdalla Khidr Nasir, car elles sont motivées par des considérations politiques et piétinent son droit fondamental à la liberté d’expression.
Enfin, je vous demande d’assurer la protection de ses droits, de sa sécurité et de sa dignité contre tout acte de harcèlement et d’intimidation, et contre toute autre action illégale de la part de la Brigade Baraa ibn Malik ou de groupes associés.
Veuillez agréer, Monsieur le Procureur général, l’expression de ma très haute considération.
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