Après l’arrestation de Peyvand Naimi, sa famille s’est adressée à divers organismes officiels de la province de Kerman pour obtenir des informations sur son sort ou le lieu où il se trouvait, mais les autorités ont systématiquement rejeté ces demandes et nié le détenir.
Au bout de trois jours, la famille a reçu un appel de 30 secondes de Peyvand Naimi, au cours duquel il n’a pas précisé où il était détenu. Il a pu passer un autre appel de 30 secondes à sa famille 19 jours après son interpellation et leur a dit qu’il n’avait pas été inculpé, mais qu’il était entre les mains de l’Organisation du renseignement du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), sans préciser le lieu. Lorsque la famille a pris contact avec le bureau du procureur, un responsable leur a indiqué que sa détention n’était pas liée à un problème grave et qu’ils ne devaient pas s’inquiéter ni s’alarmer. Lors des appels téléphoniques qui ont suivi, il semblait en grande détresse.
Le 1er février 2026, les autorités ont diffusé une vidéo de propagande au sujet d’arrestations en lien avec un prétendu « réseau baha’i », en marge des manifestations de janvier 2026 dans la province de Kerman ; on peut voir plusieurs personnes au visage flouté « avouer » leur implication présumée dans des groupes organisés en ligne et des actes de violence orchestrés par des puissances étrangères. Peyvand Naimi, identifié grâce à sa voix, apparaît brièvement dans cette vidéo, pour déclarer que les participant·e·s de son groupe en ligne avaient accepté de se rencontrer dans le parc de la ville et de « se joindre aux manifestant·e·s ». Ensuite, il a passé un autre bref appel téléphonique à sa famille, au cours duquel il semblait bouleversé et leur a dit qu’il n’avait rien fait de mal.
Peyvand Naimi a par la suite été transféré du centre de détention du CGRI à la prison de Kerman. Cependant, le premier jour des attaques des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, le 28 février 2026, il a été pris dans la cour de la prison et ramené au centre du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) pendant 10 jours. D’après une source bien informée, au cours de cette période, il a subi des actes de torture et d‘autres formes de mauvais traitements afin de l’obliger une nouvelle fois à faire de faux « aveux ». Les deux premiers jours, des agents l’ont suspendu par les mains et les pieds, roué de coups et privé de nourriture. Ils lui ont dit que, comme c’était une période de jeûne pour les baha’is, il « ne devrait pas manger », ce qui s’apparente à une discrimination visant son identité religieuse.
Pendant les trois jours suivants, ils l’ont frappé maintes fois. Ils l’ont également soumis à deux simulacres d’exécution en mimant une pendaison. Ils l’ont accusé d’avoir participé au meurtre de trois agents des bataillons de bassidjis du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) lors des manifestations à Kerman le 8 janvier 2026. Ils l’ont également accusé d’avoir « célébré », alors qu’il était en prison, la mort de feu le Guide suprême Ali Khamenei, lors des attaques des États-Unis et d’Israël du 28 février.
D’après une source bien informée, des agents lui ont infligé des actes de torture et des mauvais traitements afin de l’obliger à accepter ces accusations, mais il a refusé et tout nié en bloc. Son état de santé s’est détérioré en détention : il souffre désormais de troubles gastro-intestinaux et d’un tic oculaire, deux problèmes apparus pendant sa détention. Il a été renvoyé à la prison de Kerman au bout de 10 jours et est aujourd’hui incarcéré à l’isolement. Aucun acte d’inculpation écrit ni autre document officiel n’a été remis à sa famille.
Au lendemain de son arrestation le 1er mars 2026, Borna Naimi a été emmené dans un centre contrôlé par l’Organisation du renseignement du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) où, d’après une source bien informée, il a été soumis à des simulacres d’exécution et à des décharges électriques lui causant des blessures sur les pieds et les jambes, et roué de coups, notamment sur les côtes et dans le dos. Après avoir subi pendant plusieurs jours des actes de torture et des mauvais traitements, ainsi que des menaces à l’encontre de sa femme et de son enfant, il a été contraint de signer de faux « aveux » rédigés à l’avance, dans lesquels il s’accusait, ainsi que Peyvand Naimi, de l’homicide de membres des bassidjis le 8 janvier 2026.
D’après les informations recueillies par Amnesty International, aucun élément de preuve n’a été présenté quant à l’implication des deux cousins dans des infractions dûment reconnues par le droit international. Borna Naimi a par la suite été transféré à la prison de Kerman, où il est toujours incarcéré.
Le 17 janvier 2026, le ministère du Renseignement a annoncé qu’un « réseau d’espionnage comprenant 32 membres liés à la secte baha’ie, qui avait pris part aux émeutes et à des actes de vandalisme, avait été identifié », signalant 12 interpellations et 13 convocations. Il accusait ces individus, sur la base de « renseignements et d’aveux », d’avoir mis en place un « réseau d’espionnage » dans plusieurs provinces, notamment celle de Kerman, et affirmait qu’ils avaient participé à « des attaques contre des bâtiments gouvernementaux, et incité et encouragé les émeutiers à attaquer des postes de police et de l’armée » lors des manifestations de janvier 2026.
Le CGRI a également publié une déclaration le 20 janvier, assurant « avoir identifié et démantelé un réseau d’éléments appartenant à la secte déviante baha’ie à Kerman ». Ces déclarations n’ont aucunement laissé entendre que l’un d’entre eux avait été arrêté en lien avec les meurtres d’agents bassidjis.
Depuis quelques années, les autorités iraniennes intensifient la persécution de la minorité religieuse baha’ie. Depuis la « guerre de 12 jours » qui a eu lieu en juin 2025, elles profitent du climat sécuritaire pour durcir les persécutions, notamment par le biais d’une campagne de propagande coordonnée de l’État, incitant à l’hostilité, à la violence, à la discrimination et à la désinformation, en accusant à tort les baha’is d’être des espions et des collaborateurs d’Israël.