Ekpar Asat est un entrepreneur du secteur des technologies, créateur de médias et philanthrope ouïghour se consacrant à l’aide aux personnes âgées et aux enfants vivant avec un handicap. Il a créé une plateforme de réseau social ayant eu un fort succès, qui présentait des informations sur divers sujets d’actualité et questions culturelles.
Il a disparu en avril 2016, puis a plus tard été déclaré coupable d’« incitation à la haine et à la discrimination ethniques » et semble-t-il condamné à 15 ans d’emprisonnement, sans que l’on ait eu connaissance d’un quelconque procès. Sa famille dit n’avoir pris connaissance de sa condamnation que par le biais de communications entre les autorités chinoises et quelques sénateurs des États-Unis en décembre 2019 et janvier 2020. Il est actuellement détenu dans une prison de la préfecture d’Aksu, dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang.
Ekpar Asat a enfin pu communiquer avec des membres de sa famille en janvier 2021, pour la première fois depuis avril 2016. Après cet échange, sa famille a signalé que sa santé semblait s’être détériorée. Au cours de cet appel vidéo de trois minutes, fin janvier 2021, ses proches ont constaté qu’il avait perdu beaucoup de poids, que son teint était pâle et son visage marqué par des taches noires. Il a dit à sa famille que sa santé physique comme mentale se dégradait. La visite de 2025 à la prison d’Aksu a été un moment important pour cette famille, mais il est à craindre que la distance et le coût du trajet n’empêchent des visites régulières - alors que celles-ci sont en principe garanties par les autorités chinoises.
À propos du Xinjiang / de la région ouïghoure }
Le Xinjiang est l’une des régions chinoises dont la population est la plus diversifiée sur le plan ethnique. Plus de la moitié de ses 22 millions d’habitant·e·s appartiennent à des groupes ethniques principalement turcophones et majoritairement musulmans, parmi lesquels les Ouïghour·e·s (environ 11,3 millions), les Kazakh·e·s (environ 1,6 million) et d’autres populations dont les langues, les cultures et les modes de vie sont très différents de ceux des Hans, qui représentent la grande majorité de la population dans le reste de la Chine.
Depuis 2017, sous prétexte de lutter contre le « terrorisme » et l’« extrémisme religieux », les autorités chinoises commettent des violations systématiques et de grande ampleur contre la population musulmane du Xinjiang. On estime que plus d’un million de personnes ont été placées en détention arbitraire dans des camps d’internement à travers la région depuis 2017, en vertu d’une définition vague de l’extrémisme qui a permis de s’en prendre de façon généralisée aux personnes exprimant leur identité culturelle de manière pacifique.
En 2021, Amnesty International a déterminé que la Chine a fait subir au minimum des actes de torture, des emprisonnements et des persécutions, constituant par leur ampleur des crimes contre l’humanité, aux Ouïghour·e·s et autres musulman·e·s turcophones, ainsi que d’autres graves violations des droits humains.
En août 2022, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) a publié un rapport attendu de longue date appuyant ces conclusions, selon lesquelles la détention et le traitement arbitraires et discriminatoires de Ouïghour·e·s, de Kazakh·e·s et de membres d’autres groupes à prédominance musulmane au Xinjiang pourraient constituer des crimes de droit international, en particulier des crimes contre l’humanité. En août 2024, à l’occasion du deuxième anniversaire de ce rapport, le HCDH a publié un communiqué de presse soulignant que de nombreuses lois et politiques problématiques demeuraient en place en Chine, malgré ses motifs de préoccupation clairs et ses recommandations concrètes.
Plus récemment, dans le cadre d’un compte rendu oral au Conseil des droits de l’homme, en février 2026, le haut-commissaire des Nations unies a demandé aux autorités chinoises de « cesser d’invoquer des dispositions pénales, administratives et de sécurité nationale vagues afin de restreindre l’exercice pacifique de droits fondamentaux [...] et de libérer toutes les personnes détenues arbitrairement. » Il a ajouté qu’il « déplore l’absence de suivi par les autorités sur des recommandations précédentes et en matière d’obligation de rendre des comptes, ayant pour but de protéger les droits des Ouïghour·e·s et d’autres minorités musulmanes au Xinjiang, ainsi que des Tibétain·e·s dans leurs régions. »