Écrire Craintes de suicide pour une irano-britannique emprisonnée

Nazanin Zaghari Ratcliffe, une prisonnière d’opinion irano-britannique travaillant pour une organisation caritative et condamnée à cinq ans d’emprisonnement, a écrit une lettre de suicide à son époux et a entamé une grève de la faim le 13 novembre. Amnesty International craint pour sa santé physique et mentale.

La prisonnière d’opinion Nazanin Zaghari Ratcliffe, chef de projet à la fondation Thomson Reuters, une organisation caritative qui œuvre en faveur du progrès socio-économique, du journalisme indépendant et de l’état de droit, songeait au suicide en octobre après avoir été condamnée à cinq ans d’emprisonnement le 6 septembre. Son époux, Richard Ratcliffe, a déclaré à Amnesty International que sa santé physique s’était détériorée et que son moral était si bas qu’en octobre elle lui avait écrit une lettre de suicide. Elle a également entamé une grève de la faim le 13 novembre, en signe de désespoir à l’idée de ne jamais être libérée. Son état était si inquiétant que le 18 novembre les autorités ont organisé la visite en urgence de sa famille. Lors de la visite, sa mère a perdu connaissance en voyant à quel point sa fille avait maigri depuis le début de sa détention. Dans l’intérêt de sa fille de deux ans, Nazanin Zaghari Ratcliffe a accepté de mettre fin à sa grève de la faim le jour de la visite. En prison, elle souffre de palpitations, de troubles de la vue et de douleurs dans les mains, les bras et les épaules. En dépit de deux visites au centre de santé de la prison d’Evin, à Téhéran, elle n’a pas reçu les soins dont elle a besoin.

Au mois de juin, le responsable de l’appareil judiciaire de la province de Kerman a déclaré que son arrestation était liée à son implication auprès d’« un réseau qui avait mené des actions portant atteinte à la sécurité du pays lors de la sédition de 2009 [référence aux soulèvements ayant suivi les élections présidentielles] en créant de nombreux sites Internet et en organisant des campagnes médiatiques ». Le réseau mentionné par le responsable fait référence à un groupe de blogueurs arrêtés en décembre 2013 pour leurs liens avec un média basé à l’étranger et les cours de formation qu’il prodiguait.

Nazanin Zaghari Ratcliffe a été arrêtée le 3 avril à l’aéroport Imam Khomeini de Téhéran par des agents des services de renseignements des pasdaran (gardiens de la révolution) et elle a été détenue à l’isolement durant 45 jours. Malgré les interrogatoires répétés qu’elle a subis, elle n’a pu consulter un avocat que trois jours avant le début de son procès, qui a eu lieu le 14 août devant la 15e chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran. Elle attend actuellement qu’il soit statué sur son appel. En août, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a déclaré que sa détention était arbitraire et a appelé les autorités iraniennes à la libérer immédiatement et à lui accorder un droit contraignant à des réparations.

Venue voir sa famille à Téhéran, Nazanin Zaghari Ratcliffe s’apprêtait à rentrer au Royaume-Uni avec sa fille de 22 mois lorsqu’elle a été arrêtée le 3 avril. Avant d’être placée en détention, elle a pu laisser sa fille à ses parents, qui l’avaient accompagnée à l’aéroport. Les autorités ont confisqué le passeport britannique de l’enfant. Après son arrestation, ses proches sont retournés deux fois à l’aéroport afin de savoir ce qu’il était advenu d’elle, mais les autorités ne leur ont pas indiqué les raisons de son arrestation et de sa détention, ni fourni d’autre information. Les autorités l’ont d’abord placée en détention durant environ une semaine dans un lieu inconnu à Téhéran, avant de la transférer vers un centre de détention inconnu dans la ville de Kerman, à environ 1 000 km de Téhéran, dans le Sud du pays. Nazanin Zaghari Ratcliffe n’a pu appeler sa famille pour la première fois, et ce brièvement, que trois ou quatre jours après son arrestation, mais elle n’a pas été autorisée à donner de détails, notamment à indiquer où elle se trouvait.

Le 11 avril, sa famille a reçu un appel d’un responsable qui s’est juste présenté comme étant le directeur d’un centre de détention à Kerman et qui leur a déclaré que Nazanin Zaghari Ratcliffe allait « bien ». Le responsable n’a donné aucun détail supplémentaire, notamment sur le lieu où elle se trouvait. Le 27 avril, sa famille a reçu un nouvel appel, apparemment d’un agent des services de renseignements des pasdaran, qui leur a dit qu’elle était détenue pour des « raisons liées à la sécurité nationale », et qu’elle serait probablement incarcérée deux ou trois mois supplémentaires aux fins de l’enquête. Il a demandé à sa famille de préparer des vêtements et de l’argent à lui remettre. Pendant un certain temps après son arrestation, elle a été autorisée par intermittence à téléphoner à sa famille, mais pas à son époux. Cela a changé et elle est désormais autorisée à appeler ce dernier. Il semblerait également que les appels téléphoniques aient été des « récompenses », accordées à la discrétion de son interrogateur, qui assistait à toutes les conversations téléphoniques.

Nazanin Zaghari Ratcliffe a été autorisée à voir sa famille, notamment sa fille, pour la première fois le 11 mai, lorsqu’elle a été emmenée dans une chambre d’hôtel de Kerman et autorisée à recevoir une visite de sa famille sous étroite surveillance. Elle n’a pas été autorisée à discuter des détails de son affaire. D’après sa famille, elle était clairement en mauvaise santé : elle avait perdu du poids et était si faible qu’elle ne pouvait pas se lever de sa chaise et n’était pas capable de porter sa fille. Elle n’a pas été autorisée à consulter un avocat, malgré les interrogatoires répétés qu’elle a subi et la déclaration qu’on l’a forcée à signer. Le 18 mai, elle a été amenée dans le quartier des femmes de la prison de Kerman, puis environ un mois plus tard, à la mi-juin, elle a été transférée vers la prison d’Evin, où elle est détenue dans la Section 2-A, sous le contrôle des pasdaran, dans une cellule qu’elle partage avec d’autres prisonniers.

Dans une déclaration publiée le 15 juin, l’unité des pasdaran de Sarollah de la ville de Kerman a indiqué que Nazanin Zaghari Ratcliffe avait « participé à l’élaboration et à l’exécution de projets numériques et médiatiques visant au renversement du gouvernement sans violence ». Selon eux, elle « est l’un des chefs de file d’institutions malveillantes, et elle a mené, au cours des dernières années, des activités criminelles sous la supervision des médias et des services de renseignements de gouvernements étrangers, et avec leur soutien ». Toujours au mois de juin, le responsable de l’appareil judiciaire de la province de Kerman, Yadollah Movahed, a déclaré qu’entre 2014 et 2015, les autorités avaient identifié puis arrêté « l’un des réseaux qui avaient mené des actions portant atteinte à la sécurité du pays lors de la sédition de 2009 [référence aux manifestations ayant suivi les élections présidentielles] en créant de nombreux sites Internet et en organisant des campagnes dans les médias ». Il a déclaré que certains membres de ce groupe se trouvaient à l’étranger, notamment au Royaume-Uni, et a accusé Nazanin Zaghari Ratcliffe d’être l’un d’entre eux.

Le 6 septembre, à l’issue d’un procès inique qui s’était déroulé le 14 août, le juge chargé de la 15e chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran a annoncé à l’avocat de Nazanin Zaghari Ratcliffe qu’elle avait été condamnée à cinq ans d’emprisonnement.
Les autorités iraniennes n’ont toujours pas autorisé Nazanin Zaghari Ratcliffe à recevoir de visites de représentants du consulat britannique.

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