Javed Aslam, âgé 58 ans, vit en Grèce depuis près de 30 ans et occupe les fonctions de président de la communauté pakistanaise dans ce pays depuis deux décennies. Il est connu pour son engagement en faveur des droits du travail et des droits des personnes migrantes.
Les autorités grecques et pakistanaises ont pris Javed Aslam pour cible à plusieurs reprises. En 2007, les autorités pakistanaises ont demandé son extradition et l’ont désigné publiquement comme personne recherchée dans le cadre d’allégations d’immigration illégale et de traite des êtres humains. Cette demande d’extradition a fait suite au soutien qu’il avait apporté à six ressortissants pakistanais en Grèce qui affirmaient avoir été enlevés par des agents des services de renseignement grecs en 2005.
Amnesty International s’est opposée à son extradition en soulignant qu’il encourait un risque réel d’être victime de graves violations des droits humains en cas de retour au Pakistan.
Au cours des années qui ont suivi, les autorités pakistanaises ont continué de citer publiquement Javed Aslam dans le cadre de ces allégations. En 2018, un communiqué de presse publié sur la page Facebook de l’ambassade du Pakistan en Grèce le décrivait comme un « criminel recherché » faisant l’objet d’une notice rouge d’Interpol et mentionnait les efforts déployés pour obtenir son extradition. Le site Internet de l’ambassade a depuis été mis à jour et plus aucun élément à ce sujet n’y figure, mais ce communiqué reste accessible sur sa page Facebook.
Selon l’avocat de Javed Aslam, des informations relatives à sa notice rouge d’Interpol sont restées accessibles sur le site de l’ambassade jusqu’à 2024 au moins.
Javed Aslam a déposé une demande de protection internationale en Grèce en 2019. Celle-ci a d’abord été rejetée en 2020, avant d’être acceptée en 2021 à l’issue d’un recours. Les autorités grecques ont tenté de supprimer ou d’annuler sa protection en 2021 et 2023. En mars 2026, son statut de réfugié a été supprimé, car les autorités grecques ont affirmé que les conditions au Pakistan avaient changé pour lui et qu’il n’avait plus besoin d’être protégé. Cette annulation est accompagnée d’une décision de retour.
Elle repose sur la désignation persistante du Pakistan comme « pays d’origine sûr » par la Grèce, ainsi que sur ce que les autorités considèrent comme des progrès dans la situation du pays en matière de respect des droits humains. Les autorités grecques affirment également que des évolutions positives ont été observées dans le système juridique et judiciaire du Pakistan, en citant notamment des réformes technologiques. Elles invoquent par ailleurs l’absence d’éléments faisant état d’une procédure pénale ou d’un statut de « personne recherchée » persistant à l’encontre de Javed Aslam.
Cependant, leur décision n’apporte pas la preuve que les conditions ayant donné lieu au statut de réfugié de Javed Aslam ont réellement changé ou qu’il pourrait bénéficier d’une protection efficace au Pakistan. Elle ne tient pas compte non plus du fait que Javed Aslam est depuis longtemps la cible d’attaques politiques de la part des autorités pakistanaises en Grèce en raison de ses activités militantes.
En outre, les autorités grecques n’ont pas démontré qu’il ne ferait pas l’objet de poursuites pénales ou d’autres conséquences néfastes s’il était renvoyé au Pakistan.
Par ailleurs, elles ferment les yeux sur les préoccupations persistantes en matière de droits humains au Pakistan.
D’une année sur l’autre, Amnesty International rend compte de violations commises dans le pays, notamment de disparitions forcées, d’actes de torture et d’autres mauvais traitements en détention, de restrictions du droit à un procès équitable et de pressions permanentes sur les défenseur·e·s et militant·e·s des droits humains.
Les défenseur·e·s des droits humains continuent de faire face à des actes d’intimidation, de la surveillance, des détentions arbitraires et des poursuites en vertu de lois relatives à la sécurité et à la cybercriminalité dont les dispositions sont trop vagues, ainsi qu’à une fragilisation de l’indépendance de la justice, qui contribuent à un contexte plus large de restrictions de l’espace civique et de risques encourus par les personnes qui défendent les droits fondamentaux et l’ensemble des acteurs de la société civile.
Ces conditions difficiles s’inscrivent dans un environnement où les personnes engagées dans la défense des droits humains sont de manière générale plus susceptibles de subir des préjudices juridiques et physiques que le reste de la population.
Enfin, Javed Aslam a construit sa vie privée et familiale en Grèce depuis près de trois décennies. Son épouse et sa fille résident en situation régulière dans ce pays. La décision de mettre fin à son statut de réfugié constitue une grave atteinte à ses droits à une vie familiale et aux liens qu’il a tissés de longue date en Grèce. Toute mesure qui entraînerait une séparation, notamment l’expulsion de Javed Aslam, nécessite donc un examen approfondi des autorités grecques.
Indépendamment de la décision d’annuler le statut de réfugié de Javed Aslam, la Grèce est tenue de respecter ses obligations découlant du principe de « non-refoulement », qui interdit de renvoyer quiconque vers un lieu où existe un risque réel d’atteintes aux droits humains.