Écrire Un défenseur des droits humains privé de son statut de réfugié

Pour AGIR : copiez-collez le modèle de lettre ci-dessous dans le cadre bleu et envoyez-le par e-mail à M. Thanos Plevris, ministre de l’Immigration et de l’Asile : minister@migration.gov.gr, ainsi qu’à l’ambassade de Grèce en Belgique : gremb.bru@mfa.gr.

Vous pouvez aussi personnaliser votre courrier avant de l’envoyer ; cela augmentera la probabilité qu’il parvienne aux destinataires. Veillez à ce que votre courrier soit respectueux et persuasif - n’utilisez pas de langage haineux. Expliquez que vous suivrez de près cette campagne et que vous en parlerez à d’autres personnes.

Pour que nous puissions faire un suivi des actions, merci de mettre action@amnesty.be en copie cachée (Cci) de votre e-mail.

Depuis 20 ans, Javed Aslam est président de la communauté pakistanaise de Grèce et s’est fait connaître en défendant les droits des personnes migrantes et ceux des travailleurs et travailleuses.

Après avoir tenté plusieurs fois de supprimer son statut de réfugié lui permettant de résider en Grèce, les autorités de ce pays y ont mis fin en mars 2026. La décision rendue, qui semble être motivée par l’engagement de Javed Aslam en faveur des droits humains et son travail associatif, n’apporte aucun élément prouvant qu’il ne sera pas en danger au Pakistan et ne tient pas compte de sa présence stable en Grèce.

Les autorités grecques doivent rétablir son statut de réfugié et arrêter toute procédure d’expulsion qui pourrait avoir été engagée à son encontre.

Javed Aslam, âgé 58 ans, vit en Grèce depuis près de 30 ans et occupe les fonctions de président de la communauté pakistanaise dans ce pays depuis deux décennies. Il est connu pour son engagement en faveur des droits du travail et des droits des personnes migrantes.

Les autorités grecques et pakistanaises ont pris Javed Aslam pour cible à plusieurs reprises. En 2007, les autorités pakistanaises ont demandé son extradition et l’ont désigné publiquement comme personne recherchée dans le cadre d’allégations d’immigration illégale et de traite des êtres humains. Cette demande d’extradition a fait suite au soutien qu’il avait apporté à six ressortissants pakistanais en Grèce qui affirmaient avoir été enlevés par des agents des services de renseignement grecs en 2005.

Amnesty International s’est opposée à son extradition en soulignant qu’il encourait un risque réel d’être victime de graves violations des droits humains en cas de retour au Pakistan.

Au cours des années qui ont suivi, les autorités pakistanaises ont continué de citer publiquement Javed Aslam dans le cadre de ces allégations. En 2018, un communiqué de presse publié sur la page Facebook de l’ambassade du Pakistan en Grèce le décrivait comme un « criminel recherché » faisant l’objet d’une notice rouge d’Interpol et mentionnait les efforts déployés pour obtenir son extradition. Le site Internet de l’ambassade a depuis été mis à jour et plus aucun élément à ce sujet n’y figure, mais ce communiqué reste accessible sur sa page Facebook.

Selon l’avocat de Javed Aslam, des informations relatives à sa notice rouge d’Interpol sont restées accessibles sur le site de l’ambassade jusqu’à 2024 au moins.

Javed Aslam a déposé une demande de protection internationale en Grèce en 2019. Celle-ci a d’abord été rejetée en 2020, avant d’être acceptée en 2021 à l’issue d’un recours. Les autorités grecques ont tenté de supprimer ou d’annuler sa protection en 2021 et 2023. En mars 2026, son statut de réfugié a été supprimé, car les autorités grecques ont affirmé que les conditions au Pakistan avaient changé pour lui et qu’il n’avait plus besoin d’être protégé. Cette annulation est accompagnée d’une décision de retour.

Elle repose sur la désignation persistante du Pakistan comme « pays d’origine sûr » par la Grèce, ainsi que sur ce que les autorités considèrent comme des progrès dans la situation du pays en matière de respect des droits humains. Les autorités grecques affirment également que des évolutions positives ont été observées dans le système juridique et judiciaire du Pakistan, en citant notamment des réformes technologiques. Elles invoquent par ailleurs l’absence d’éléments faisant état d’une procédure pénale ou d’un statut de « personne recherchée » persistant à l’encontre de Javed Aslam.

Cependant, leur décision n’apporte pas la preuve que les conditions ayant donné lieu au statut de réfugié de Javed Aslam ont réellement changé ou qu’il pourrait bénéficier d’une protection efficace au Pakistan. Elle ne tient pas compte non plus du fait que Javed Aslam est depuis longtemps la cible d’attaques politiques de la part des autorités pakistanaises en Grèce en raison de ses activités militantes.

En outre, les autorités grecques n’ont pas démontré qu’il ne ferait pas l’objet de poursuites pénales ou d’autres conséquences néfastes s’il était renvoyé au Pakistan.

Par ailleurs, elles ferment les yeux sur les préoccupations persistantes en matière de droits humains au Pakistan.

D’une année sur l’autre, Amnesty International rend compte de violations commises dans le pays, notamment de disparitions forcées, d’actes de torture et d’autres mauvais traitements en détention, de restrictions du droit à un procès équitable et de pressions permanentes sur les défenseur·e·s et militant·e·s des droits humains.

Les défenseur·e·s des droits humains continuent de faire face à des actes d’intimidation, de la surveillance, des détentions arbitraires et des poursuites en vertu de lois relatives à la sécurité et à la cybercriminalité dont les dispositions sont trop vagues, ainsi qu’à une fragilisation de l’indépendance de la justice, qui contribuent à un contexte plus large de restrictions de l’espace civique et de risques encourus par les personnes qui défendent les droits fondamentaux et l’ensemble des acteurs de la société civile.

Ces conditions difficiles s’inscrivent dans un environnement où les personnes engagées dans la défense des droits humains sont de manière générale plus susceptibles de subir des préjudices juridiques et physiques que le reste de la population.

Enfin, Javed Aslam a construit sa vie privée et familiale en Grèce depuis près de trois décennies. Son épouse et sa fille résident en situation régulière dans ce pays. La décision de mettre fin à son statut de réfugié constitue une grave atteinte à ses droits à une vie familiale et aux liens qu’il a tissés de longue date en Grèce. Toute mesure qui entraînerait une séparation, notamment l’expulsion de Javed Aslam, nécessite donc un examen approfondi des autorités grecques.

Indépendamment de la décision d’annuler le statut de réfugié de Javed Aslam, la Grèce est tenue de respecter ses obligations découlant du principe de « non-refoulement », qui interdit de renvoyer quiconque vers un lieu où existe un risque réel d’atteintes aux droits humains.

J'agis

PASSEZ À L’ACTION : ENVOYEZ UN APPEL EN UTILISANT VOS PROPRES MOTS OU EN VOUS INSPIRANT DU MODÈLE DE LETTRE CI-DESSOUS

Monsieur le Ministre,

Je vous écris pour vous faire part de ma vive préoccupation face à la suppression du statut de réfugié du défenseur des droits humains Javed Aslam, président de la communauté pakistanaise de Grèce.

Javed Aslam vit en Grèce depuis près de 30 ans et s’est fait connaître en défendant activement les droits du travail et les droits des personnes migrantes. Il a tissé des liens sociaux et familiaux solides dans ce pays. Depuis 2007, il est pris pour cible par les autorités pakistanaises. Les autorités grecques ont tenté à plusieurs reprises de mettre fin à son statut, ce qui l’exposait au risque d’être renvoyé au Pakistan. Malgré ces tentatives, Javed Aslam a fini par obtenir le statut de réfugié en Grèce en 2021.

En mars 2026, la protection qui lui avait été accordée a été supprimée, car les autorités grecques ont affirmé que les conditions au Pakistan avaient changé pour lui et qu’il n’avait plus besoin d’être protégé. La situation de Javed Aslam s’inscrit dans un contexte plus large de politiques migratoires de plus en plus hostiles en Grèce, depuis que votre ministère a déclaré son intention de revenir sur de nombreuses décisions de protection.

Je crains que la décision de mettre fin au statut de réfugié de Javed Aslam ne soit liée à son travail légitime de défense des droits humains et son engagement associatif en Grèce. Les autorités grecques n’ont pas apporté la preuve que ses besoins de protection ont cessé, en particulier au vu des attaques qu’il subit depuis plusieurs années de la part des autorités pakistanaises.

Cette décision ne prend pas non plus en considération les préoccupations relatives au respect des droits humains au Pakistan, notamment pour les défenseur·e·s de ces droits. Par ailleurs, elle arracherait Javed Aslam à ses activités de militantisme politique et porterait atteinte à sa vie familiale, ce qui nuirait à ses droits.

Nous vous appelons donc à rétablir son statut de réfugié ou à lui accorder un autre statut de protection et à arrêter toute procédure d’expulsion qui le viserait.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma très haute considération.

VOS APPELS : grec, anglais. Vous pouvez également écrire dans votre propre langue.


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