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Monsieur le Premier ministre
Je souhaite exprimer ma profonde inquiétude concernant la détention prolongée de la défenseure des droits humains et blogueuse Saida El Alami. D’après des documents judiciaires consultés par Amnesty International, les chefs d’accusation retenus contre elle découlent de dizaines de publications et de vidéos sur Facebook dans lesquelles elle critiquait des cas présumés de corruption, dénonçait les détentions arbitraires, plaidait en faveur de la libération de personnes détenues pour des motifs politiques, commentait les conditions carcérales et les violations des droits humains, et remettait en cause l’indépendance du pouvoir judiciaire.
Les autorités ont retenu ces publications à titre de preuves pour la condamner pour « outrage à un organisme réglementé par la loi », « outrage à des fonctionnaires publics dans l’exercice de leurs fonctions » et « diffusion et propagation d’allégations fausses sans consentement », en vertu des articles 263, 265 et 2-447 du Code pénal marocain.
Ces accusations et sa condamnation vont à l’encontre du droit international relatif aux droits humains, qui protège le droit de critiquer les fonctionnaires, les institutions de l’État et les acteurs judiciaires.
D’après ses proches, Saida El Alami a été soumise à des actes de harcèlement et à des mauvais traitements tout au long de sa détention. Lorsqu’elle se trouvait à la prison d’Oukacha en décembre 2025, des codétenues l’ont insultée et ont déchiré ses vêtements, et des gardiennes l’ont aspergée avec un tuyau d’arrosage.
Après son transfert à la prison de Dar el Beïda en janvier 2026, le harcèlement a perduré : des codétenues l’ont menacée et elle a été placée à l’isolement pendant de longues périodes, pendant lesquelles elle n’était pas autorisée à sortir dans la cour de la prison, parfois pendant trois semaines d’affilée.
Selon des membres de sa famille, les conditions de détention sont éprouvantes, en raison des températures excessivement élevées dans les cellules et des conditions d’hygiène déplorables. Depuis son incarcération, l’état de santé de Saida El Alami s’est considérablement dégradé. Selon sa famille, elle souffre désormais de diabète et d’hypertension, a perdu plus de 20 kilos et marche péniblement.
En avril 2026, à la suite d’une grève de la faim, sa famille n’a pas pu communiquer avec elle pendant deux semaines et ne l’a revue qu’après avoir déclaré publiquement s’inquiéter de ne pas savoir où elle se trouvait. Lorsqu’ils ont enfin pu lui rendre visite, ils l’ont trouvée dans un fauteuil roulant, visiblement très affaiblie, le teint pâle et les lèvres ensanglantées du fait de la déshydratation aigüe. Selon des proches, sa santé physique et mentale demeure très préoccupante et elle ne bénéficie pas d’un accès adéquat à des soins de santé ni à des médicaments.
Je vous prie de libérer Saida El Alami immédiatement et sans condition et d’annuler sa condamnation, qui découle uniquement de l’exercice de ses droits fondamentaux.
Dans l’attente de sa libération, je vous demande de faire le nécessaire pour qu’elle ait accès à des soins de santé appropriés, dispensés conformément à l’éthique médicale, puisse communiquer régulièrement avec sa famille et ses avocats, et soit détenue dans des conditions respectant les normes internationales.
Veuillez agréer, Monsieur le Premier ministre, l’expression de ma haute considération.
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