Écrire Des défenseurs des droits humains à nouveau attaqués

Des membres du Conseil civique d’organisations indigènes et populaires du Honduras (COPINH) et d’autres organisations nationales et internationales ont été la cible d’attaques par des individus armés non identifiés, lors d’un rassemblement international commémorant la vie de la défenseure des droits humains et responsable du COPINH, Berta Cáceres, qui a été assassinée.

Le 15 avril, un groupe d’environ 30 personnes munies de machettes et de pierres a agressé verbalement et physiquement des membres du Conseil civique d’organisations indigènes et populaires du Honduras (Consejo Cívico de Organizaciones Populares e Indígenas de Honduras, COPINH) ainsi que des membres d’autres ONG internationales et honduriennes. Les membres du COPINH et d’autres organisations étaient réunis pour le rassemblement international « Berta Cáceres Vive », qui commémorait la vie de la militante. Au moins huit participants du rassemblement ont été blessés pendant l’attaque.

Les individus armés ont attaqué des membres du COPINH et d’autres participants du rassemblement alors qu’ils rentraient à Tegucigalpa après la cérémonie en hommage à Berta Cáceres qui avait eu lieu à la rivière Gualcarque dans les départements d’Intibucá et de Santa Bárbara. Un témoin a déclaré à Amnesty International que les policiers présents sur place n’avaient rien fait pour empêcher l’attaque ou y mettre fin. Les policiers ont finalement accompagné les membres du COPINH hors de la zone lorsque des participants internationaux les ont convaincus d’intervenir. Depuis plusieurs années, Berta Cáceres et le COPINH faisaient activement campagne contre la construction du barrage d’Agua Zarca, sur la rivière Gualcarque.

Cette attaque est la dernière d’une série d’agressions qui ont eu lieu depuis le meurtre de Berta Cáceres et qui visent ses proches et d’autres membres du COPINH. Pour Amnesty International, ces attaques s’inscrivent dans une campagne de harcèlement qui met les membres du COPINH et les proches de Berta Cáceres en danger.

Des membres du COPINH et des proches de Berta Cáceres sont la cible d’actes de harcèlement et d’agressions depuis que Berta Cáceres, responsable et cofondatrice du COPINH, a été abattue le 3 mars à son domicile, dans la ville de La Esperanza (province d’Intibucá, dans l’ouest du Honduras).

Le bureau du procureur général a convoqué à plusieurs reprises huit des neuf coordinateurs du COPINH pour qu’ils témoignent dans le cadre de l’affaire du meurtre de Berta Cáceres. Certains de ces interrogatoires ont duré 12 heures, voire plus. Les autorités ont arrêté Aureliano Molina, l’un des responsables de l’organisation, avant de le libérer 48 heures plus tard sans inculpation. Le 8 mars, à San Francisco de Lempira (sud-ouest du pays), quatre hommes armés en civil à bord de deux véhicules sans plaques d’immatriculation se sont garés près des locaux d’une radio locale et ont pris des photos des personnes arrivant et quittant les lieux. L’un des employés de la radio a été menacé avec une arme à feu par l’un des hommes armés qui a saisi son téléphone et supprimé les photos qu’il avait prises pour garder une trace des évènements. La même semaine, des membres de la communauté ont vu d’autres hommes conduisant des voitures sans plaques d’immatriculation aux alentours du domicile d’Aureliano Molina et tentant, sans succès, d’y pénétrer. Le 11 mars, des membres du COPINH ont déclaré avoir vu des hommes non identifiés en train de surveiller la Casa de Sanación y Justicia du COPINH (un centre d’accueil pour les femmes) et le Centre Utopia (un centre social) à La Esperanza (sud-ouest du pays). Une voiture est restée garée devant l’entrée du Centre Utopia pendant plusieurs minutes tard dans la nuit. Le 11 mars, des policiers ont pris des photos des participants à des manifestations publiques organisées dans plusieurs villes du Honduras pour exiger que justice soit faite pour le meurtre de Berta Cáceres. L’une des filles de Berta Cáceres a été suivie par un homme armé en civil dans un centre commercial de Tegucigalpa, la même semaine.

Le COPINH se bat depuis plus de 20 ans pour les droits des communautés indigènes lencas. Depuis 2011, des membres du COPINH militent en faveur de leur droit de donner leur consentement préalable, libre et éclairé dans le cadre d’un projet de construction d’une centrale hydroélectrique qui pourrait les forcer à quitter leurs terres ancestrales. Les membres de l’organisation continuent d’être la cible de menaces et d’actes de harcèlement depuis des années en raison de leur travail.

En dépit des menaces et du harcèlement dont elle était victime depuis des années en raison de son travail de défense des droits humains, et pour lesquels la Commission interaméricaine des droits de l’homme lui avait accordé des mesures conservatoires, l’enquête sur le meurtre de Berta Cáceres semble jusque-là minimiser tout lien entre le crime et son travail de défenseure des droits humains.

Les informations fournies par les responsables locaux de l’application des lois avaient dans un premier temps laissé entendre que le meurtre était survenu à la suite d’un cambriolage ou qu’il s’agissait d’un « crime passionnel ». Au début de l’enquête, les enquêteurs avaient demandé uniquement à des membres du COPINH et au militant mexicain Gustavo Castro, seul témoin du meurtre qui a également été blessé lors de l’attaque, de témoigner. Les autorités honduriennes avaient par ailleurs temporairement interdit à Gustavo Castro de quitter le pays, en dépit des craintes pour sa sécurité. Le 31 mars, le bureau du procureur général a indiqué que les locaux de Desarrollos Energéticos S.A (DESA), l’entreprise en charge du projet Agua Zarca, avaient été inspectés et que les témoignages des employés de l’entreprise avaient été recueillis.

Le 7 mars, la Commission interaméricaine des droits de l’homme a prononcé de nouvelles mesures conservatoires pour tous les membres du COPINH et la famille de Berta Cáceres en raison des risques liés à leur travail de défense des droits humains, de l’environnement et des ressources naturelles et de la situation de plus en plus vulnérable dans laquelle ils se trouvent depuis le meurtre de Berta Cáceres.

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