Écrire Des défenseurs des droits risquent de subir de nouvelles attaques

Les membres du Groupe mobile conjoint (JMG) ont été menacés à plusieurs reprises par les autorités tchétchènes et ont fait l’objet de violences qui s’intensifient. Ils poursuivent leur travail dans la région du Caucase du Nord, en Russie, mais du fait de l’impunité des auteurs des violences, ils risquent de subir de nouvelles attaques et leurs vies sont en danger.

Le 9 mars, deux membres du Groupe mobile conjoint (JMG), six journalistes de médias russe, norvégien et suédois, ainsi que leur chauffeur, ont été attaqués alors qu’ils se rendaient en Tchétchénie depuis l’Ossétie du Nord. Vers 19 heures, leur minibus a été bloqué par quatre voitures non loin du poste de contrôle à la frontière entre l’Ingouchie et la Tchétchénie.

Une vingtaine d’hommes masqués sont sortis des voitures, armés de battes de baseball et de matraques, puis ils ont fait sortir de force du minibus ses passagers, ont violemment frappé ces personnes et ont mis le feu au véhicule. Les agresseurs ont crié des insultes et des menaces, traitant les défenseurs des droits humains et les journalistes de « défenseurs des terroristes ». Deux heures plus tard, le bureau du JMG en Ingouchie a été saccagé. Les caméras de surveillance ont montré que deux hommes masqués et armés ont tenté de briser la porte d’entrée et se sont finalement introduits dans les locaux en passant par une fenêtre. Ils ont volé des ordinateurs portables, des appareils photo et d’autres équipements, et ont saccagé les locaux.

Le 16 mars, le responsable du JMG, Igor Kaliapine, s’est rendu à Grozny, la capitale tchétchène, pour donner une conférence de presse au sujet de ces attaques et de précédentes agressions commises contre des membres du JMG et des journalistes. Quarante minutes après son arrivée à l’hôtel, le directeur de cet établissement lui a demandé de partir. Il a dit à Igor Kaliapine qu’il devait partir parce qu’il « n’aime pas » le dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov. Quand il est sorti de l’hôtel, Igor Kaliapine s’est retrouvé en face d’une foule violente. Il a été frappé à coups de poing et des gens ont lancé sur lui des œufs et des gâteaux et déversé sur lui de la farine et un liquide vert clair.

Il s’agit des derniers épisodes en date d’une longue série d’agressions de plus en plus violentes commises contre Igor Kaliapine et des membres du JMG, et de menaces voilées et explicites émanant de hauts responsables tchétchènes et d’individus non identifiés. Par le passé, de telles menaces ont été suivies de violences. La journaliste Anna Politkovskaya et la défenseure des droits humains Natalia Estemirova font partie des personnes qui ont été ainsi menacées et ensuite assassinées. Les autorités russes se sont systématiquement abstenues de mener des enquêtes efficaces sur ces menaces et ces attaques, et ceux qui en sont responsables restent impunis.

Le JMG a été créé dans le but précis de mener un travail de défense des droits humains en première ligne en Tchétchénie à la suite de l’assassinat de Natalia Estemirova, et ses membres sont déterminés à poursuivre cette mission. Leurs vies sont probablement en danger.

Le Groupe mobile conjoint (JMG) a été créé conjointement par plusieurs ONG de défense des droits humains. Il a été créé en 2009, peu après l’enlèvement et l’assassinat de la courageuse défenseure tchétchène des droits humains Natalia Estemirova, afin d’assurer une présence continue de défenseurs des droits humains en Tchétchénie dans un contexte où des personnes se retrouvaient personnellement en danger parce qu’elles avaient interpellé les autorités tchétchènes au sujet des graves violations des droits humains commises dans la région. Le JMG se compose généralement de trois avocats spécialistes des droits humains issus de différentes régions russes qui se rendent par roulement en Tchétchénie pour une période de plusieurs semaines à chaque fois. Ces personnes s’occupent de cas des disparitions forcées, de détention illégale, de torture et d’autres violations des droits humains, représentent des victimes à toutes les étapes de la procédure judiciaire et au tribunal, et surveillent l’avancée de ces affaires dans le cadre du système pénal russe.

Ce groupe a été à maintes reprises la cible de violences et de menaces. Ses locaux à Grozny ont été détruits à deux reprises, en décembre 2014 et en juin 2015 (voir l’AU 315/14 et l’AU 125/15). Des individus se sont introduits par effraction dans son bureau à Grozny en mars 2016. Les médias sous le contrôle des autorités tchétchènes ont à de nombreuses reprises publié des articles calomnieux, contenant souvent des menaces voilées, mettant en cause ce groupe et aussi Igor Kaliapine à titre personnel. Des menaces similaires ont aussi été lancées contre des journalistes ayant écrit des articles au sujet des atteintes aux droits humains commises Tchétchénie, notamment, tout récemment, contre Elena Milachina de Novaya Gazeta.

Les autorités ont officiellement ouvert une enquête pénale sur ces attaques, mais elles se sont systématiquement abstenues de prendre des mesures efficaces pour identifier et poursuivre en justice ceux qui y ont participé et qui les ont organisées. Certaines de ces attaques ont eu lieu en plein jour, et il existe des photos ainsi que des documents vidéo et d’autres éléments de preuve qui devraient permettre aux autorités de faire progresser ces enquêtes. Les menaces plus ou moins voilées qui ont été lancées contre des membres du JMG et contre d’autres militants par de hauts responsables tchétchènes n’ont pas davantage suscité de réaction de la part des autorités fédérales russes, alors même que certains assassinats de défenseurs des droits humains de premier plan commis par le passé avaient été précédés de telles menaces.

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