Parmi les prisonniers et prisonnières en danger figurent les milliers de personnes, dont des mineur·e·s, récemment arrêtées à la suite des manifestations qui se sont déroulées dans tout le pays entre décembre 2025 et janvier 2026. C’est le cas de nombreux manifestant·e·s, ainsi que de défenseur·e·s des droits humains, d’avocat·e·s, de professionnel·le·s de santé, d’étudiant·e·s et de membres de minorités ethniques et religieuses. Des personnes purgeant de longues peines d’emprisonnement, des personnes condamnées à mort et de nombreuses autres personnes détenues à travers le pays sont aussi en danger dans le contexte de la guerre.
Début mars 2026, selon des sources bien informées, des représentants des autorités ont déclaré à des personnes détenues pour raisons politiques, notamment dans les prisons d’Evin et d’Orumiyeh, qu’elles ne seraient pas libérées tandis que d’autres, telles que celles détenues pour des infractions de droit commun, seraient éligibles à une libération temporaire. La coupure d’Internet imposée depuis le 28 février 2026 restreint fortement l’accès aux informations concernant les prisons, et les sites de détention proches d’endroits où des explosions ont eu lieu sont probablement plus nombreux que ne l’indiquent les sources officielles.
Dans un courrier daté du 3 mars 2026, le défenseur des droits humains Reza Khandan, détenu arbitrairement à la prison d’Evin, s’adresse au responsable du pouvoir judiciaire pour lui faire part des graves inquiétudes concernant les prisonniers et prisonnières dans le contexte des bombardements en cours.
Dans cette lettre, qui a été rendue publique, il cite les frappes aériennes qui ont touché la prison d’Evin le 23 juin 2025, que l’armée israélienne a menées délibérément et sur lesquelles Amnesty International a demandé une enquête pour crime de guerre. Il souligne qu’à ce moment-là, « malgré les nombreux courriers et alertes émanant de [lui]-même et de [ses] codétenus, la libération des prisonniers d’Evin a été empêchée et la catastrophe de la mort de dizaines de prisonniers, de membres du personnel, de membres des familles et d’autres personnes a eu lieu ». Reza Khandan écrit ensuite : « Cela fait maintenant quatre jours que les États-Unis et Israël attaquent l’Iran, et nos alertes et rappels restent sans effet à ce jour [...].
Des milliers de personnes détenues illégalement demeurent piégées dans des prisons sous la menace des bombardements jour et nuit, et de nombreux services essentiels pour les prisonniers ont été interrompus [...]. Si des mesures ne sont pas prises immédiatement pour libérer des prisonniers et que les événements horribles et criminels de la guerre des 12 jours se reproduisent, ou si des événements encore plus graves ont lieu, vous devrez en répondre devant la justice. »
Toujours d’après une source bien informée, une seconde personne détenue à la prison d’Evin a déclaré à sa famille, lors d’un appel téléphonique passé le 3 mars 2026, que, lorsque des frappes avaient atteint plus tôt ce jour-là plusieurs bâtiments de la Radio-télévision de la République islamique d’Iran (IRIB), proche de la prison d’Evin, les bruits des explosions étaient si forts que les prisonniers et prisonnières avaient craint que la prison elle-même ait été touchée.
Une autre source bien informée a révélé à Amnesty International que les cartes électroniques que les personnes détenues doivent recharger pour acheter à manger et à boire en prison ne fonctionnaient plus.
Les attaques directes visant des biens de caractère civil, comme les prisons, sont de graves violations du droit international humanitaire et peuvent constituer des crimes de guerre.
Après les frappes aériennes délibérées de l’armée israélienne qui ont détruit de larges sections de la prison d’Evin le 23 juin 2025, les autorités pénitentiaires iraniennes ont transféré plusieurs centaines de personnes détenues dans cette prison vers d’autres établissements pénitentiaires de la province de Téhéran où les conditions sont cruelles et inhumaines.
Environ 70 prisonnières ont alors été transférées à la prison de Shahr-e Ray (également connue sous le nom de prison de Gharchark), à Varamin. Elles ont été placées dans deux petites pièces et un couloir, avec seulement deux toilettes et deux douches. Quelque 180 hommes détenus à la prison d’Evin ont été transférés à la prison centrale du Grand Téhéran, où ils se sont retrouvés entassés dans quatre pièces d’une capacité totale maximale de 80 places.
Dans la prison centrale du Grand Téhéran, les conditions de détention sont abominables.
Des détenu·e·s ont fait état d’une grave surpopulation, d’une privation de soins médicaux et du refus des autorités de séparer les prisonniers condamnés pour des infractions non violentes et ceux condamnés pour des infractions violentes. Pendant et après les manifestations qui ont débuté le 28 décembre 2025 et se sont étendues à tout le pays, les autorités ont arrêté et détenu arbitrairement des milliers de manifestant·e·s et de dissident·e·s.
Depuis de nombreuses années, Amnesty International rassemble et publie régulièrement des informations faisant état de centaines de manifestant·e·s, de journalistes, d’artistes, d’avocat·e·s, d’écrivain·e·s, d’universitaires, d’étudiant·e·s, de personnes LGBTI, de membres de minorités ethniques ou religieuses et de défenseur·e·s des droits humains qui sont détenus arbitrairement, bien souvent uniquement pour avoir exercé leurs droits fondamentaux. Parmi les autres personnes victimes de détention arbitraire figurent celles qui ont été condamnées à l’issue de procès manifestement iniques.
Amnesty International a en effet relevé des violations systématiques des règles de procédure, notamment la privation du droit à un·e avocat·e dès le moment de l’arrestation, le fait de considérer comme recevables à titre de preuve des « aveux » obtenus sous la torture et les procès sommaires.
Pendant la « guerre des 12 jours » en 2025 et encore maintenant, des défenseur·e·s des droits humains et des prisonniers et prisonnières ont exhorté le responsable du pouvoir judiciaire à appliquer une résolution du Conseil judiciaire suprême autorisant la libération conditionnelle des détenu·e·s en cas d’urgence en temps de guerre.
Le 28 février, les États-Unis et Israël ont lancé une offensive contre l’Iran, dont le bilan au 5 mars s’élevait à 1 230 morts selon des médias liés au régime citant la Fondation des martyrs et des vétérans, et le 4 mars, un fonctionnaire du ministère de la Santé a déclaré qu’au moins 180 mineur·e·s avaient été tués depuis le début de cette offensive.