Imaan Mazari et Hadi Ali Chattha ont été soumis à une détention arbitraire et ont fait l’objet de poursuites pénales à de multiples reprises ces dernières années en raison de leur travail en faveur des droits humains. Imaan a été arrêtée pour des accusations de terrorisme après avoir pris la parole lors d’un rassemblement du Mouvement de protection pachtoune (PTM), en août 2023. Elle a été libérée sous caution une semaine plus tard.
En octobre 2024, Imaan et Hadi ont été arrêtés pour des accusations de terrorisme, pour avoir enlevé des barrages érigés par la police lors d’une visite de l’équipe internationale de cricket à Islamabad. Ils ont été relâchés quelques jours plus tard. Une plainte a été déposée à leur encontre en août 2025 en vertu de la Loi relative à la prévention de la cybercriminalité, pour des tweets soi-disant « hostiles à l’État » ; des mandats d’arrêt ont alors été décernés à leur encontre.
Tous deux se sont vus accorder une libération sous caution dans l’attente de leur arrestation, mais Hadi Ali Chattha a été brièvement arrêté le 29 octobre 2025 dans le cadre de cette affaire. Le 15 janvier 2026, le tribunal a annulé la libération sous caution d’Imaan et de Hadi, Imaan ayant présenté une demande d’excuse pour son absence à l’audience, due à une maladie.
Le 16 janvier, il a ordonné leur interpellation dans les 24 heures. Ils se sont vus accorder une libération sous caution le 19 janvier, mais d’autres chefs d’inclupation ont été portés à leur encontre par le biais d’un procès-verbal introductif inconnu jusqu’alors, en date de juillet 2025, en lien avec une manifestation organisée par le Comité Baloch Yakjehti (BYC), à Islamabad. Ils ont bénéficié d’une liberté sous caution avant leur arrestation le 21 janvier. Cependant, ils ont été arrêtés alors qu’ils se rendaient au tribunal le 23 janvier pour une affaire liée à une manifestation d’avocats en septembre 2025.
Juste avant leur condamnation le 24 janvier, Imaan a informé le tribunal par visioconférence qu’elle était privée de nourriture et d’eau, et avait boycotté les audiences en raison des mauvais traitements subis en détention.
Imaan Mazari et Hadi Ali Chattha ont été condamnés à cinq ans de prison pour « glorification d’une infraction », 10 ans pour « cyberterrorisme » et deux ans pour diffusion d’« informations fausses et mensongères » en vertu de la Loi relative à la prévention de la cybercriminalité.
Tous deux sont avocats spécialistes des droits humains : Imaan Mazari a 32 ans et est originaire d’Islamabad, tandis que Hadi Ali Chattha a 33 ans et est originaire de Multan. Ils se sont mariés en 2023. Imaan et Hadi défendent des victimes de la répression étatique depuis des années, en particulier des journalistes ciblés en vertu des lois pakistanaises relatives à la lutte contre le terrorisme et la cybercriminalité, des victimes accusées au titre des lois sur le blasphème et des victimes de disparitions forcées. En juin 2025, Imaan a reçu le prix « Jeune Inspiration » du Forum mondial de l’expression.
Les autorités pakistanaises mènent une vaste répression de la liberté d’expression. Depuis l’adoption de la Loi relative à la prévention de la cybercriminalité en 2016, de très nombreux journalistes, défenseur·e·s des droits humains et membres et sympathisant·e·s de partis d’opposition sont arrêtés et harcelés en vertu de ce texte de loi. En janvier 2025, il a été modifié afin de restreindre encore davantage la liberté de parole et d’ajouter l’article 26-A, qui prévoit une peine maximale de trois ans d’emprisonnement pour « informations fausses ou mensongères ».
Ces derniers mois, Amnesty International a également recueilli des informations sur un système de surveillance et de censure au Pakistan, qui sert à cibler les journalistes et les avocat·e·s spécialistes des droits humains. Les autorités bloquent et ralentissent de plus en plus fréquemment l’accès à Internet afin d’entraver la tenue de manifestations et la circulation des informations. Les militant·e·s, en particulier ceux qui appartiennent aux identités ethniques baloutches et pachtounes, sont pris pour cibles par le biais des lois antiterroristes et soumis à des disparitions forcées.