Écrire Disparition forcée au sein de la communauté Mapuche

Les forces de sécurité nationales ont violemment réprimé la communauté mapuche de Pu Lof en Resistencia, dans la province de Chubut, en Argentine, et un homme de 28 ans a été soumis à une disparition forcée.

Dans la matinée du 1er août 2017, une centaine de membres de la Gendarmerie nationale argentine (GNA, force militaire gouvernementale) sont entrés de façon irrégulière et violente sur le territoire de la communauté mapuche de Pu Lof en Resistencia, dans le département de Cushamen (province de Chubut), en Argentine.

Selon cette communauté, la GNA a tiré avec des balles en plomb et en caoutchouc, et mis le feu à de nombreux biens de ces familles. De plus, Santiago Maldonado, militant âgé de 28 ans qui était arrivé la veille afin d’aider la communauté pour l’action en justice visant à récupérer des terres tribales, a disparu depuis le début de l’opération des forces de sécurité. Il a été vu pour la dernière fois le 1er août, alors qu’il s’enfuyait pour échapper à l’attaque menée par la GNA.

Selon les récits de témoins, une trentaine de membres en uniforme de la GNA sont entrés dans la communauté et ont commencé à tirer, et les personnes présentes ont couru vers le fleuve tout proche pour se mettre en sécurité. Certaines d’entre elles ont réussi à le traverser et à échapper à cette attaque. Des témoins disent avoir vu Santiago Maldonado courir pour échapper aux balles, avant de traverser le fleuve. Les personnes qui avaient réussi à gagner l’autre rive l’ont vu s’accroupir pour se cacher et ont entendu deux gendarmes crier « On en a un » et « On t’arrête ». Une autre personne dit avoir vu un groupe de gendarmes en train de frapper un jeune homme ligoté. Un autre témoin encore dit avoir vu entre six et huit soldats se mettre en rang pour bloquer la vue alors que quelque chose était chargé à l’arrière d’un fourgon de la GNA. Aucun des témoins n’a pu identifier précisément la personne chargée dans le fourgon, mais la communauté a signalé qu’une autre personne également présente ce jour-là a elle aussi disparu.

La communauté a à plusieurs reprises tenté de savoir où se trouve Santiago Maldonado, et plusieurs requêtes en habeas corpus ont été déposées auprès du juge fédéral d’Esquel, Guido Otranto, demandant à l’État de prendre sans délai toutes les mesures nécessaires pour retrouver Santiago Maldonado, mais les autorités n’ont livré aucune information quant au lieu où il se trouve ou aux mesures qu’elles auraient prises pour le retrouver. Le Comité des Nations unies contre les disparitions forcées a lancé une action urgente, demandant des informations au sujet du lieu où se trouve Santiago Maldonado, et qu’une enquête sérieuse soit ouverte sur ces faits.

En 2017, Amnesty International a lancé une action urgente (AU 8/17, AMR 13/5477/2017, Argentine) pour les actes de répression et de violence commis contre la communauté mapuche de Lof Cushamen, dans la province de Chubut, les 10 et 11 janvier de cette année. Dans les deux cas, la communauté dit que ses membres ont reçu des coups et qu’on a tiré les cheveux des femmes et harcelé les enfants.

La communauté a engagé une action en justice, pour récupérer des terres, contre l’entreprise Compañía de Tierras del Sur Argentino, détenue par la famille Benetton, qui possède un million d’hectares en Patagonie argentine. Le 13 mars 2015, un groupe d’indigènes a récupéré des terres situées dans le département de Cushamen, non loin de la ville d’Esquel, dans la province de Chubut ; la famille Benetton a, à la suite de cela, porté plainte auprès des autorités judiciaires locales, pour qu’une enquête soit ouverte sur cette usurpation de biens présumée.

En 2016, Amnesty International et d’autres organisations ont dénoncé la stigmatisation et les persécutions croissantes dont les Mapuches étaient victimes, l’État qualifiant leurs communautés de « menaces pour la paix sociale » dans plusieurs rapports (https://amnistia.org.ar/la-lucha-indigena-no-es-delito-estigmatizacion-y-persecucion-al-pueblo-mapuche/).

L’installation des Mapuches est antérieure à la création de la République argentine, comme le reconnaît l’article 75 (section 17) de la Constitution. En réalité, ce sont les entreprises pétrolières et minières et les grands ranchs qui se sont implantés, souvent de force, en territoire mapuche et en ont dépossédé les communautés autochtones. Par sa Constitution, d’autres lois nationales, la ratification de plusieurs instruments internationaux fondamentaux – notamment la Convention n° 169 de l’Organisation internationale du travail (OIT) – et l’adoption de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, l’Argentine a reconnu les droits humains des peuples autochtones, à savoir le droit au territoire et aux ressources naturelles, le droit à l’autodétermination, le droit de choisir eux-mêmes leurs priorités en matière de développement et le droit au respect de leurs coutumes. Pourtant, dans la pratique, les peuples autochtones continuent de se heurter à des obstacles lorsqu’ils entendent faire valoir leurs droits, en particulier pour ce qui est du contrôle de leurs territoires et des ressources naturelles qui s’y trouvent.

La gendarmerie nationale est un corps des forces de sécurité ayant un statut militaire. Placée sous l’autorité du gouvernement fédéral, elle accomplit des missions liées à la sécurité intérieure et à la défense nationale et prête un appui à l’international. Or, le droit international dispose que les États sont tenus, dans leur système juridique national, d’établir clairement la distinction entre la défense nationale, qui incombe aux forces armées, et la sécurité des citoyens, qui relève de la responsabilité de la police. Les fonctions relatives à la prévention, à la dissuasion et à la lutte dans un cadre légal en matière de violence et de criminalité doivent donc être remplies par la police, sous la supervision des autorités légitimes d’un gouvernement démocratique.

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