Dad Shah, un homme de 38 ans appartenant à l’ethnie baloutche, résidant à Karachi (province du Sind), travaillait avec son frère dans un magasin familial. Il s’intéresse vivement à la poésie et à la traduction d’œuvres littéraires en langue baloutche, et partageait souvent son travail sur les réseaux sociaux. Sa sœur, Fozia Baloch, est une défenseure des droits humains bien connue du Baloutchistan, affiliée au Comité de solidarité baloutche (BYC). Elle milite activement pour les droits des familles à la recherche de leurs proches soumis à une disparition et soutient les familles demandant justice pour les victimes d’exécutions extrajudiciaires.
Le BYC est un mouvement populaire pacifique de défense des droits civiques qui milite pour les droits humains au Baloutchistan. Cette organisation a été visée par des opérations de répression ces dernières années, ses dirigeants, parmi lesquels figurent les militants Mahrang Baloch, Bebarg Zehri, Beebow Baloch, Shah Jee Sibghat Ullah et Gulzadi Baloch, étant placés en détention provisoire illégale dans le cadre d’un procès secret depuis plus d’un an, sur la base de fausses accusations de terrorisme. Les militant·e·s, les avocat·e·s et les journalistes critiquant cette répression sont également pris pour cible.
En janvier 2026, Imaan Mazari et Hadi Ali Chatta, avocat·e·s spécialisés dans les droits humains, qui ont par ailleurs défendu Mahrang Baloch dans plusieurs affaires à Islamabad, ont été condamnés à 10 ans d’emprisonnement pour des publications sur les réseaux sociaux dans lesquelles ils ont exprimé leur solidarité avec les militant·e·s baloutches, en particulier Mahrang Baloch.
Le journaliste Sohrab Barkat a également été arrêté en décembre 2025 pour des publications à propos du Baloutchistan sur les réseaux sociaux. En octobre 2025, des dizaines de militant·e·s baloutches ont été placés sur une « liste de surveillance antiterroriste » au titre de la section 11 EE de la Loi antiterroriste, qui restreint fortement leur droit à la liberté et leur droit de se déplacer.
Les autorités locales de la province du Sind ont récemment interdit aux membres du BYC de participer à la marche annuelle des femmes à Karachi, l’Aurat March Karachi, prévue pour le 10 mai, affirmant que l’organisation était une « organisation interdite » en vertu de la loi antiterroriste de 1997, bien qu’aucune désignation en ce sens n’ait été prononcée en vertu de cette loi.
Après la disparition forcée de Dad Shah lors d’une descente au domicile familial à Karachi, sa famille s’est rendue au poste de police local pour déposer une plainte concernant son enlèvement, mais la police a refusé d’enregistrer un procès-verbal introductif (FIR). Finalement, lorsque le rapport a été enregistré quatre jours plus tard, il visait des « personnes inconnues », bien que la famille ait insisté pour que les fonctionnaires en question soient nommés.
Sa sœur, Fozia Baloch, et leur mère ont décidé d’organiser une conférence de presse au Club de la presse de Karachi le 25 avril au sujet de la disparition de Dad. À leur arrivée au Club de la presse, la police avait déjà bouclé les lieux et les a empêchées de parler aux médias. Sur le chemin du retour, Fozia Baloch et sa mère ont été interpellées par la police, ont été maltraitées, arrêtées, puis inculpées dans le cadre d’une affaire pénale. Elles ont été libérées peu après, et l’affaire a été classée sans suite après un recours devant les tribunaux.
On recense de nombreux signalements de disparitions forcées dans la province du Baloutchistan et dont les victimes sont des personnes appartenant à la communauté baloutche. La Commission d’enquête gouvernementale sur les disparitions forcées a indiqué qu’au mois de novembre 2025, elle avait enquêté sur 10 718 cas dans tout le pays.
L’organisation Defence of Human Rights (DHR) a recensé 3 140 cas depuis 2006, dont 1 362 victimes continuent à manquer à l’appel. Elle a recensé 60 cas supplémentaires en 2025. Le Pakistan n’est pas signataire de la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, et ne dispose d’aucune loi érigeant les disparitions forcées en infraction pénale.
Amnesty International a déjà signalé que les familles des personnes disparues sont souvent victimes de harcèlement, de détentions illégales et de surveillance de la part de l’État, en particulier lorsqu’elles s’expriment et agissent pour le retour de leurs proches.