Écrire Disparition forcée du frère d’une militante

Dad Shah, frère de Fozia Baloch, défenseure des droits humains de renom, a été soumis par des fonctionnaires, travaillant semble-t-il pour les services de lutte contre le terrorisme, à une disparition forcée alors qu’il se trouvait à son domicile à Karachi, dans la province du Sind, le 21 avril.

Malgré la présence de nombreux témoins lorsqu’il a été emmené, la police n’a pas effectué d’enquête approfondie sur cette affaire, et des membres de sa famille ont depuis été harcelés et soumis à des arrestations arbitraires par les forces de l’ordre pour avoir parlé de sa disparition.

La disparition de Dad Shah, dont la sœur milite pour les droits humains au Baloutchistan, s’inscrit manifestement dans le cadre d’une répression plus large à l’égard du militantisme baloutche.

Amnesty International demande aux autorités de révéler immédiatement ce qui est arrivé à Dad Shah et où il se trouve, de le libérer et de mettre fin au harcèlement dont lui et sa famille font l’objet.

Dad Shah, un homme de 38 ans appartenant à l’ethnie baloutche, résidant à Karachi (province du Sind), travaillait avec son frère dans un magasin familial. Il s’intéresse vivement à la poésie et à la traduction d’œuvres littéraires en langue baloutche, et partageait souvent son travail sur les réseaux sociaux. Sa sœur, Fozia Baloch, est une défenseure des droits humains bien connue du Baloutchistan, affiliée au Comité de solidarité baloutche (BYC). Elle milite activement pour les droits des familles à la recherche de leurs proches soumis à une disparition et soutient les familles demandant justice pour les victimes d’exécutions extrajudiciaires.

Le BYC est un mouvement populaire pacifique de défense des droits civiques qui milite pour les droits humains au Baloutchistan. Cette organisation a été visée par des opérations de répression ces dernières années, ses dirigeants, parmi lesquels figurent les militants Mahrang Baloch, Bebarg Zehri, Beebow Baloch, Shah Jee Sibghat Ullah et Gulzadi Baloch, étant placés en détention provisoire illégale dans le cadre d’un procès secret depuis plus d’un an, sur la base de fausses accusations de terrorisme. Les militant·e·s, les avocat·e·s et les journalistes critiquant cette répression sont également pris pour cible.

En janvier 2026, Imaan Mazari et Hadi Ali Chatta, avocat·e·s spécialisés dans les droits humains, qui ont par ailleurs défendu Mahrang Baloch dans plusieurs affaires à Islamabad, ont été condamnés à 10 ans d’emprisonnement pour des publications sur les réseaux sociaux dans lesquelles ils ont exprimé leur solidarité avec les militant·e·s baloutches, en particulier Mahrang Baloch.

Le journaliste Sohrab Barkat a également été arrêté en décembre 2025 pour des publications à propos du Baloutchistan sur les réseaux sociaux. En octobre 2025, des dizaines de militant·e·s baloutches ont été placés sur une « liste de surveillance antiterroriste » au titre de la section 11 EE de la Loi antiterroriste, qui restreint fortement leur droit à la liberté et leur droit de se déplacer.

Les autorités locales de la province du Sind ont récemment interdit aux membres du BYC de participer à la marche annuelle des femmes à Karachi, l’Aurat March Karachi, prévue pour le 10 mai, affirmant que l’organisation était une « organisation interdite » en vertu de la loi antiterroriste de 1997, bien qu’aucune désignation en ce sens n’ait été prononcée en vertu de cette loi.

Après la disparition forcée de Dad Shah lors d’une descente au domicile familial à Karachi, sa famille s’est rendue au poste de police local pour déposer une plainte concernant son enlèvement, mais la police a refusé d’enregistrer un procès-verbal introductif (FIR). Finalement, lorsque le rapport a été enregistré quatre jours plus tard, il visait des « personnes inconnues », bien que la famille ait insisté pour que les fonctionnaires en question soient nommés.

Sa sœur, Fozia Baloch, et leur mère ont décidé d’organiser une conférence de presse au Club de la presse de Karachi le 25 avril au sujet de la disparition de Dad. À leur arrivée au Club de la presse, la police avait déjà bouclé les lieux et les a empêchées de parler aux médias. Sur le chemin du retour, Fozia Baloch et sa mère ont été interpellées par la police, ont été maltraitées, arrêtées, puis inculpées dans le cadre d’une affaire pénale. Elles ont été libérées peu après, et l’affaire a été classée sans suite après un recours devant les tribunaux.

On recense de nombreux signalements de disparitions forcées dans la province du Baloutchistan et dont les victimes sont des personnes appartenant à la communauté baloutche. La Commission d’enquête gouvernementale sur les disparitions forcées a indiqué qu’au mois de novembre 2025, elle avait enquêté sur 10 718 cas dans tout le pays.

L’organisation Defence of Human Rights (DHR) a recensé 3 140 cas depuis 2006, dont 1 362 victimes continuent à manquer à l’appel. Elle a recensé 60 cas supplémentaires en 2025. Le Pakistan n’est pas signataire de la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, et ne dispose d’aucune loi érigeant les disparitions forcées en infraction pénale.

Amnesty International a déjà signalé que les familles des personnes disparues sont souvent victimes de harcèlement, de détentions illégales et de surveillance de la part de l’État, en particulier lorsqu’elles s’expriment et agissent pour le retour de leurs proches.

J'agis

PASSEZ À L’ACTION : ENVOYEZ UN APPEL EN UTILISANT VOS PROPRES MOTS OU EN VOUS INSPIRANT DU MODÈLE DE LETTRE CI-DESSOUS

Monsieur le Premier ministre,

Je vous écris pour vous faire part de ma profonde inquiétude concernant la disparition forcée de Dad Shah, un Baloutche de 38 ans originaire de Karachi, et le harcèlement et les actes d’intimidation dont sa famille a été victime par la suite. Alors qu’il se trouvait à son domicile, le 21 avril, Dad Shah a été emmené par des fonctionnaires qui seraient issus des services de lutte contre le terrorisme, accompagnés d’individus en civil. On ignore depuis lors où il se trouve, et les autorités n’ont divulgué aucune information concernant le sort qui lui a été réservé ou le lieu où il se trouve.

La famille de Dad Shah s’est d’abord heurtée à la réticence de la police à mener une véritable enquête sur sa disparition, et les forces de l’ordre n’ont pas désigné les autorités publiques dans le rapport d’enquête qui a finalement été établi. Le 25 avril, la sœur de Dad Shah, la défenseure des droits humains Fozia Baloch, et sa mère ont été empêchées de tenir une conférence de presse, ont subi des mauvais traitements et ont été arbitrairement placées en détention par la police. De tels actes semblent constituer des représailles contre des membres de la famille au seul motif de la défense des droits d‘un proche, et constituent une atteinte à leur droit à la liberté d’expression.

Ce n’est pas la première fois que Dad Shah est victime d’une disparition forcée. Il en avait déjà subi une en août 2023 et aurait fait l’objet de pressions pendant sa détention dans le but de faire cesser le travail de plaidoyer de sa sœur en faveur des droits humains au Baloutchistan. Il souffre de diverses allergies et sa famille s’inquiète pour sa santé alors qu’il continue à manquer à l’appel. Ces antécédents renforcent les inquiétudes quant à sa sécurité et au risque de torture et d’autres mauvais traitements.

En conséquence, je vous exhorte à :
• Révéler immédiatement où se trouve Dad Shah, veiller à ce qu’il soit protégé contre la torture et d’autres formes de mauvais traitements, et à ce qu’il ait accès à des soins de santé adéquats ;
• Faire en sorte qu’il soit libéré immédiatement et ne soit pas visé par des accusations forgées de toutes pièces dans le seul but de le réduire au silence et de mettre fin au militantisme de sa famille ;
• Mener dans les meilleurs délais une enquête indépendante et impartiale sur sa disparition forcée, notamment sur l’implication présumée de membres des services de lutte contre le terrorisme, et traduire en justice les responsables présumés dans le cadre de procédures équitables ;
• Mettre fin à toute forme de harcèlement, d’intimidation ou de représailles à l’encontre de la famille de Dad Shah.

J’espère que votre engagement en faveur de la justice et des droits humains guidera vos actions en vue de répondre de toute urgence à ces graves préoccupations.

Veuillez agréer, Monsieur le Premier ministre, l’expression de ma haute considération.

LANGUE À PRIVILÉGIER POUR LA RÉDACTION DE VOS APPELS : Anglais, ourdou


Toutes les infos
Toutes les actions
2026 - Amnesty International Belgique N° BCE 0418 308 144 - Crédits - Charte vie privée
Made by Spade + Nursit