Zied El Heni, âgé de 62 ans, est un journaliste et commentateur politique de premier plan animant une émission de radio matinale quotidienne sur la station indépendante IFM. Il a fait l’objet de poursuites à plusieurs reprises ces dernières années pour avoir émis des critiques à l’égard de responsables publics et d’institutions de l’État. Il a été convoqué par la police le 28 décembre 2023, peu après avoir critiqué à l’antenne l’action du ministre du Commerce.
Le même jour, le procureur général du tribunal de première instance de Tunis a ordonné sa mise en détention en vertu de l’article 24 du décret-loi n° 54 relatif à la lutte contre les infractions liées aux systèmes d’information et de communication, qui érige en infraction la diffusion en ligne d’informations « fausses » - qualifiées de la sorte de manière imprécise - jugées préjudiciables aux personnes ou à l’intérêt public, et prévoit des peines pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison ainsi que de lourdes amendes. Il a ensuite été inculpé en vertu de l’article 86 du Code des télécommunications et placé en détention provisoire. Le 10 janvier 2024, il a été condamné à une peine de six mois de prison avec sursis et remis en liberté.
Dans une autre affaire, Zied El Heni fait également l’objet d’une enquête pour des allégations liées à son rôle de conseiller municipal à Carthage, dans la banlieue de Tunis. Le 10 juin 2026, un juge d’instruction a ordonné le placement en détention de cinq personnes, dont Zied El Heni, dans l’attente des résultats de l’enquête sur cette affaire.
Le 13 avril 2026, Zied El Heni a déposé un recours devant le tribunal administratif contre la présidence de la République, demandant au tribunal d’ordonner au président Kaïs Saïed d’établir une Cour constitutionnelle, et de rétablir le Conseil supérieur de la magistrature et la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle, une instance indépendante.
Ces institutions jouent un rôle crucial dans la garantie du contrôle constitutionnel, de l’indépendance judiciaire et de la protection de la liberté de la presse en Tunisie.
Les poursuites engagées contre Zied El Heni s’inscrivent dans une répression plus large de la liberté d’expression en Tunisie, depuis la prise de pouvoir du président Kaïs Saïed en juillet 2022.
Des avocat·e·s, des journalistes, des blogueurs et blogueuses, et des militant·e·s politiques ont été interrogés, poursuivis ou condamnés pour des propos publics perçus comme critiques à l’égard des autorités, notamment en vertu du décret-loi n° 2022-54 ou de la loi sur les télécommunications, et dans la plupart des cas à la suite de plaintes déposées par le gouvernement.
Parmi ces personnes figure Sonia Dahmani, qui a passé 18 mois en détention arbitraire et fait toujours l’objet de poursuites en vertu du décret-loi n° 54.
Les journalistes de renom Borhen Bsaies et Mourad Zeghidi ont été condamnés à un an de prison en 2024 en vertu du même décret et, en janvier 2026, ont été condamnés à des peines de prison supplémentaires pour des infractions financières. Les médias indépendants sont également soumis à une pression croissante, comme en témoigne l’interrogatoire de représentants d’IFM, de Diwan FM et de Carthage+ par les autorités judiciaires en mai 2024.
Le décret-loi n° 54, adopté le 13 septembre 2022, a été largement critiqué car il érige l’expression en infraction, par le biais de dispositions ambiguës et trop générales, notamment celles liées à la dissémination de « fausses informations ».
Ce type de restriction est incompatible avec les obligations de la Tunisie en vertu du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, qui prévoient que toute restriction à la liberté d’expression doit respecter les principes de légalité, de nécessité et de proportionnalité.