Oqba Hashad est maintenu en détention arbitraire depuis près de sept ans sans jugement, uniquement en raison de ses liens familiaux, en particulier des actions menées en faveur des droits humains par son frère Amr Hashad, militant qui a quitté l’Égypte en 2019.
Les autorités carcérales avaient interrogé Oqba Hashad à de multiples reprises, par exemple en octobre 2023, au sujet du travail de son frère en faveur des droits humains et de ses contacts avec sa famille en Égypte. Elles voulaient également savoir s’il avait partagé avec son frère des informations au sujet de ses conditions de détention. Son frère Amr Hashad avait été appréhendé en 2014 en raison de son militantisme au sein du syndicat étudiant de l’Université d’Assiout. Par la suite, il a été condamné à trois ans de prison après avoir été reconnu coupable d’avoir rejoint une organisation terroriste, tenté de renverser le gouvernement et incité à la contestation.
Depuis l’exil, Amr Hashad a continué de dénoncer les violations des droits humains en Égypte, notamment les disparitions forcées et les conditions de détention cruelles et inhumaines. La mère d’Oqba Hashad a été détenue et interrogée pendant neuf heures lors d’une visite à la prison de Shebin Al Kom, où Oqba Hashad était alors incarcéré, en lien avec un message Facebook publié par Amr Hashad en décembre 2020 au sujet de l’interdiction faite à son frère de recevoir sa prothèse de jambe et des injustices subies par leur famille.
En violation de l’interdiction absolue de la torture et des mauvais traitements, les autorités carcérales le privent d’accès à des soins adéquats et à la prothèse pour sa jambe depuis plus de trois ans, ce qui lui cause de graves douleurs et souffrances physiques et psychologiques, et le rendent dépendant des autres prisonniers pour répondre à ses besoins les plus élémentaires. Oqba Hashad a été amputé de la jambe droite au-dessus du genou à la suite d’un accident survenu dans son enfance, ce qui fait qu’il avait beaucoup de mal à se déplacer et avait besoin de toute urgence d’une prothèse bien ajustée.
Le 9 janvier 2024, il a été transféré au tribunal sans fauteuil roulant, en claudiquant sur une jambe, et a été contraint de s’assoir par terre devant le juge. Les autorités pénitentiaires refusent également de lui permettre de bénéficier de soins médicaux spécialisés, qui ne sont pas dispensés en prison, ce qui fait craindre des lésions permanentes et irréversibles à sa colonne vertébrale, selon des médecins indépendants consultés par ses proches.
Le 7 août 2022, des proches de son compagnon de cellule, qui s’étaient rendus à la prison de Wadi al Natroun, ont appelé sa famille pour l’informer que sa prothèse de jambe s’était cassée. Sa famille s’est précipitée à la prison pour la récupérer et l’emmener pour réparation dans une clinique spécialisée, où un médecin et un ingénieur leur ont dit qu’il fallait la remplacer. La famille n’en ayant pas les moyens financiers, elle a cherché à la faire malgré tout réparer.
Le 9 août 2022, lorsque ses proches sont revenus à la prison avec la prothèse, les autorités pénitentiaires ont insisté pour procéder à une inspection approfondie, ont tenté de la démonter et les ont prévenus qu’il y aurait d’autres inspections. Par ailleurs, Oqba Hashad souffre de vives douleurs au dos, car il est contraint de dormir par terre dans sa cellule à la prison de Wadi El Natroun.
En mars 2024, après avoir comparu devant le service du procureur général de la sûreté de l’État pour être interrogé dans le cadre d’une nouvelle affaire n° 3391/2023, il a été transféré à la prison du Dixième jour de ramadan (aile n° 2), où il est toujours incarcéré. Lors d’une visite, il a dit à sa famille que les conditions dans l’aile n° 2 de cette prison sont meilleures qu’à Wadi El Natroun, sans rien préciser de plus.
Amnesty International a déjà fait état des conditions cruelles et inhumaines qui prévalent dans cette prison (aile n° 6). Selon des avocats et des proches de prisonniers, tous les détenus sont privés de lumière du jour car ils n’ont le droit de faire de l’exercice quotidien qu’à l’intérieur.
En mai 2019, des agents de l’Agence de sécurité nationale ont fait irruption dans la résidence étudiante d’Oqba Hashad, à l’Université de la ville de Sadat, dans le gouvernorat de Menoufia, et ont arrêté tout le monde sans mandat. Tous les autres étudiants ont été libérés les jours suivants, sauf Oqba Hashad.
Au lendemain de son arrestation arbitraire, il a été soumis à une disparition forcée pendant 77 jours aux mains des forces de sécurité, qui l’ont torturé et lui ont infligé des mauvais traitements : elles l’ont notamment suspendu par les bras au plafond et lui ont administré des décharges électriques sur les parties génitales et le moignon de sa jambe. Le 1er août 2019, un procureur a ordonné son placement en détention provisoire dans l’attente d’investigations sur les accusations portées à son encontre : avoir « rejoint une organisation formée contre l’état de droit » et « participé à des manifestations visant à renverser le régime ».
Depuis lors, sa détention provisoire, qui dépasse largement la limite de deux ans fixée par la loi égyptienne, a été prolongée.
En tant qu’État partie à la Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées, l’Égypte doit s’acquitter de son obligation de veiller à ce que les personnes porteuses de handicaps, lorsqu’elles sont privées de leur liberté, aient droit, sur la base de l’égalité avec les autres, aux garanties prévues par le droit international relatif aux droits humains, en bénéficiant d’aménagements raisonnables et de services de santé adaptés (article 14 de la Convention).