Écrire Il faut cesser de bafouer les droits humains des demandeurs·euses d’asile haïtiens

Des milliers de Haïtien·ne·s se rendent à la frontière entre le Mexique et les États-Unis en vue de demander l’asile aux États-Unis. Le gouvernement américain réagit à cette situation à coups de violations des droits humains, y compris en expulsant des milliers d’entre eux vers Haïti et le Mexique. Ces expulsions les exposent au risque de subir les violences des bandes criminelles, de se retrouver sans logement, voire de perdre la vie, Haïti étant actuellement plongée dans une crise politique, économique et environnementale.

Au cours des derniers mois, la situation n’a fait qu’empirer. Nous appelons les autorités américaines à cesser les expulsions et à respecter le droit fondamental de solliciter l’asile.

Le gouvernement du président Joseph Biden poursuit de manière éhontée la politique dangereuse du précédent gouvernement de Donald Trump – notamment les expulsions en vertu du Titre 42, les Protocoles de protection des migrants (trompeusement nommés) ou politique de « Restez au Mexique », et le recours à la détention arbitraire et massive de personnes migrantes.

Il utilise à mauvais escient le Titre 42 du Code américain de santé publique pour expulser les personnes à la frontière entre les États-Unis et le Mexique vers leurs pays d’origine, sans accès au système d’asile et sans vérifier leurs besoins en matière de protection. Mis en place par le gouvernement de Donald Trump en invoquant des motifs fallacieux de santé publique et le prétexte du COVID-19, le gouvernement de Joseph Biden continue d’utiliser le Titre 42, en dépit des objections formulées par des responsables du Centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC), des experts de santé publique et de hauts fonctionnaires. Entre mars 2020 et novembre 2021, plus de 1 400 000 personnes ont été expulsées en vertu du Titre 42, et soumises à de graves violences et à des conditions dangereuses.

Après la mise en place des Protocoles de protection des migrants (MPP) par le gouvernement de Donald Trump en 2019, près de 70 000 personnes à la frontière entre le Mexique et les États-Unis ont été contraintes de retourner au Mexique et d’y rester pendant le traitement de leur demande d’asile, qui peut durer des mois, voire des années. Ils vivaient dans des conditions dangereuses dans le nord du Mexique, exposés au risque de violences, d’enlèvement et de se retrouver sans-abri. Le gouvernement de Joseph Biden a mis fin aux Protocoles de protection des migrants, mais un tribunal fédéral a ordonné en août 2021 de les rétablir pour des raisons de procédure juridique administrative. Alors qu’il a déclaré que ces Protocoles comportaient « des lacunes endémiques, imposant des coûts humains injustifiables », le Ministère américain de la Sécurité intérieure a rétabli et étendu le programme en décembre 2021 pour inclure les ressortissants d’Haïti et d’autres pays caribéens.

Dans l’intervalle, le nombre moyen de personnes détenues par les services américains de l’immigration a grimpé de plus de 50 %, pour atteindre plus de 22 000 personnes sous le gouvernement de Joseph Biden – alors que le président s’était engagé à mettre fin à la détention à but lucratif et tandis que l’épidémie de COVID-19 fait rage dans les centres de détention avec les variants Delta et Omicron. Au 19 janvier 2022, plus de 10 % des détenus avaient contracté le virus dans les prisons américaines – une augmentation de 680 % du nombre de cas depuis le 3 janvier.

Tout cela n’était absolument pas nécessaire et bafoue les obligations des États-Unis de respecter le droit de demander l’asile, de détenir les personnes en dernier recours, et de ne pas renvoyer de force des personnes vers des territoires où elles risquent de subir de graves atteintes aux droits humains. Rétablir l’état de droit et l’accès à l’asile nécessite de respecter la procédure régulière. Il faut autoriser les demandeurs et demandeuses d’asile à vivre librement dans le pays, ne pas les expulser ni les placer en détention. Ils pourront ainsi attendre les résultats de leurs demandes d’asile dans des communautés soutenues par des associations locales.

En 2021, les médias ont montré des images d’agents américains fonçant à cheval sur des migrants haïtiens – les dispersant avec violence, se moquant d’eux et les forçant à faire demi-tour. Cette escalade de la violence va de pair avec l’augmentation des opérations de reconduite par avion vers Haïti, alors que le pays est toujours en proie à des violences généralisées, à l’instabilité politique et à une catastrophe humanitaire – depuis les terribles séismes de 2013 et de 2021 jusqu’à l’assassinat du président haïtien en 2021. Depuis le 19 septembre 2021, les États-Unis ont expulsé plus de 15 000 Haïtien·ne·s, la plupart du temps sans leur fournir d’accès au système d’asile ni vérifier leurs besoins en matière de protection. Amnesty a coécrit Partout en danger. Et Faire cesser les expulsions et les violations des droits humains que font subir les États-Unis aux personnes haïtiennes en mouvement avec Haitian Bridge Alliance et d’autres partenaires afin de recenser les préjudices subis par les Haïtien·ne·s dans leur quête de sécurité aux États-Unis et à travers les Amériques.

Les récents événements à la frontière s’inscrivent dans la lignée des atteintes aux droits humains subies au cours de l’histoire par les immigrants noirs aux États-Unis, et rappellent avec force la xénophobie, la haine et le racisme au cœur de nombreuses politiques américaines d’immigration, qui continuent de causer préjudice et d’opprimer des millions de personnes aujourd’hui.

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