Le Magdalena Medio est une vaste vallée située entre les chaînes de montagnes colombiennes et traversée par le principal fleuve de Colombie, le Magdalena. Le pétrole est l’une des principales sources d’activité économique de la région, et la plus grande raffinerie du pays est située dans la ville de Barrancabermeja, dans le département de Santander, au cœur du Magdalena Medio. La région est également engagée dans l’agro-industrie, l’exploitation minière et l’élevage, entre autres activités économiques.
Du fait de son emplacement géographique et de l’abondance de ressources à la valeur élevée, telles que le pétrole et l’eau, la région est considérée comme stratégique et a fait l’objet de conflits continus entre l’État et des groupes armés présents dans le pays. Le Magdalena Medio est par ailleurs également le théâtre de processus soutenus de mobilisation populaire et de défense des droits humains depuis des décennies.
L’association de syndicats, de mouvements féministes et populaires, et de la défense des droits humains a créé des récits d’affirmation et de résistance particulièrement puissants. Cette situation, conjuguée à la lutte pour le contrôle territorial, politique et économique de la région par des groupes d’intérêt et des factions armées, a créé un terrain propice à la violence contre les défenseur·e·s des droits humains, qui perdure depuis au moins les années 1980.
Ces dernières années, des chiffres alarmants ont été enregistrés dans le Magdalena Medio en matière de violences perpétrées contre la population civile, en particulier des homicides.
Tout cela a pour toile de fond le conflit entre plusieurs groupes armés présents dans la région, allant de groupes de guérilla tels que l’Armée de libération nationale, à des groupes formés après la démobilisation des Forces armées révolutionnaires de Colombie-Armée du peuple (FARC-EP) en 2016 (connus désormais comme des dissidents FARC), en passant par des organisations armées créées après la démobilisation d’anciens groupes paramilitaires au milieu des années 2000, ce qui inclut l’Armée gaïtaniste de Colombie (EGC), aussi connue sous le nom d’AGC ou de Clan du Golfe ; et plus récemment, les Forces d’autodéfense conquérantes de la Sierra Nevada (ACSN), du nord de la Colombie, mais qui auraient dernièrement commencé à avancer vers le sud jusqu’au Magdalena Medio.
Le Comité régional de défense des droits humains (CREDHOS), établi dans la ville de Barrancabermeja, a été fondé en 1987 et Amnesty International effectue un suivi de sa situation depuis plusieurs années. En 2000, la Commission interaméricaine des droits de l’homme a pris des mesures de précaution en faveur du CREDHOS en raison de menaces émanant de groupes paramilitaires. En 2016, l’Unité des victimes, instance du gouvernement colombien, a reconnu que le CREDHOS pouvait prétendre à des réparations collectives après avoir subi, en tant qu’organisation, de graves violations des droits fondamentaux.
Le rapport Amnesty International intitulé Hope at risk, publié en 2023, a fait état du travail accompli par le CREDHOS pour défendre les droits humanis, ainsi que des risques et menaces pesant sur cette organisation en raison de son action.
Le CREDHOS a attiré l’attention sur de récentes opérations de la police colombienne et du parquet général contre l’EGC, par exemple, la capture en septembre 2024 de « Bernabé », accusé d’être responsable du meurtre de Filadelfo Anzola, un défenseur des droits humains membre du CREDHOS. L’analyse du CREDHOS souligne cependant l’implication de membres actuels et retraités des forces militaires au sein du groupe armé EGC. Par exemple, en septembre 2024, une opération de police contre l’EGC a débouché sur l’homicide de « Zeus », retraité de l’armée de Colombie, qui jusqu’au mois d’août avait pu témoigner devant le tribunal de justice de transition (la Juridiction spéciale pour la paix - JEP) et qui avait précédemment été dénoncé par le CREDHOS en sa qualité de commandant de l’EGC dans la région du Magdalena Medio.
Un autre événement a été la capture par la police de José Alejandro Castro Cadavid, colonel à la retraite de l’armée colombienne, qui était actif au sein de celle-ci jusqu’en 2022, et est accusé par le parquet général d’être un commandant de l’EGC dans le sud du département de Bolivar, une zone qui fait partie de la région du Magdalena Medio.
Amnesty International a confirmé que les menaces et les attaques ayant visé des membres du CREDHOS en tant que collectif ont persisté ces dernières années, dans le contexte de la présence de groupes armées sur le territoire où il travaille.
Amnesty International a alerté au sujet de ce type de menaces, lançant des Actions urgentes à ce sujet depuis au moins 2015, tandis que d’autres faits inquiétants ont été signalés en 2021, 2023, 2024 et 2025, impliquant des menaces et des attaques de la part de différents groupes armés.