À la mi-octobre 2019, le Chili est entré dans une période de changement profond caractérisée par des manifestations de grande ampleur et une grave intensification du recours excessif à la force contre les manifestant·e·s. Ce qui avait commencé par des manifestations étudiantes s’est rapidement étendu à tout le pays, alimenté par des revendications en faveur d’une égalité accrue au sein de la société et d’une meilleure protection des droits sociaux et économiques.
Loin de calmer la situation, la réponse des autorités a exacerbé les troubles sociaux. Au lieu de favoriser des rassemblements pacifiques et de répondre de manière proportionnée à des violences isolées - ainsi que le prévoit le droit international - les forces de sécurité ont agi de manière disproportionnée et blessé des milliers de personnes, grièvement pour un grand nombre d’entre elles.
Amnesty International a recueilli des informations sur des violations de grande ampleur du droit à l’intégrité physique, perpétrées par des carabineros entre le 18 octobre et le 30 novembre 2019, concluant qu’il ne s’agissait pas d’incidents isolés mais qu’elles s’inscrivaient dans des pratiques institutionnelles établies devant donner lieu à de profondes réformes structurelles et à la responsabilisation de la hiérarchie.
Des années plus tard, les victimes n’ont toujours pas reçu des réparations complètes, les réformes structurelles n’ont toujours pas été menées, et l’impunité persiste. Au mois de mars 2026, seuls 2 % des plus de 12 000 cas signalés de violations présumées des droits humains, constituant des crimes au regard du droit national et/ou international, commises par des représentants de l’État durant des manifestations ont débouché sur des condamnations. Ils sont accusés de coercition illégale, de torture et de graves blessures, entre autres.
En vertu du droit international relatif aux droits humains, les autorités chiliennes sont tenues de mener des enquêtes rigoureuses sur l’ensemble des crimes de droit international et de violations des droits humains, et – lorsqu’il existe suffisamment d’éléments recevables à titre de preuve -, de poursuivre les responsables présumés dans le cadre de procès équitables devant des tribunaux civils. Lorsque des condamnations sont prononcées, les sanctions doivent être proportionnées.
Si l’octroi de grâces est une mesure discrétionnaire, dans ce cas spécifique, gracier d’anciens policiers reconnus coupables fragiliserait le principe d’obligation de rendre des comptes et la justice pour les violations graves des droits humains et les crimes de droit international.