Le 23 janvier 2026, les avocat·e·s spécialistes des droits humains Imaan Mazari-Hazir et Hadi Ali Chatta ont été arrêtés alors qu’ils se rendaient au tribunal où ils devaient comparaître dans le cadre d’une plainte déposée contre eux. Ils ont été interpellés alors qu’ils avaient bénéficié d’une libération sous caution dans l’attente de leur arrestation deux jours plus tôt, le 21 janvier. Selon des témoins oculaires, les forces de l’ordre ont fait un usage excessif de la force lors de leur interpellation. Conduits à la prison d’Adiala, à Rawalpindi, près d’Islamabad, la capitale du Pakistan, ils y sont toujours incarcérés.
Le 24 janvier, un tribunal de district et de grande instance d’Islamabad a condamné Imaan Mazari et Hadi Ali Chattha à 10 et 17 ans de prison en vertu des articles 9 (glorification d’une infraction), 10 (cyberterrorisme) et 26 A (informations fausses ou mensongères) de la Loi relative à la prévention de la cybercriminalité, en raison de leurs messages postés sur X exprimant principalement leur solidarité avec les militant·e·s baloutches et pachtounes et critiquant la politique de l’armée pakistanaise. Hadi Ali Chattha a été inculpé d’avoir partagé les publications d’Imaan Mazari.
Leur procès a été mené avec une hâte inhabituelle et ils ont été privés à plusieurs reprises du droit de procéder au contre-interrogatoire des témoins et de présenter des éléments de preuve contre eux.
Depuis leur incarcération, Imaan et Hadi ont déposé des requêtes faisant appel de leur condamnation et demandant la suspension de leur emprisonnement.
Les tribunaux n’ont pas examiné ces requêtes en raison de manœuvres d’atermoiement, comme par exemple refuser d’inscrire l’affaire à l’ordre du jour. Le 2 mars, la Haute Cour d’Islamabad a dissous la cour chargée d’examiner leur recours.
Après avoir interjeté appel devant la Cour suprême, celle-ci a ordonné à la Haute Cour d’Islamabad le 12 mai de rendre un jugement dans un délai de deux semaines sur les demandes de suspension de peine. Malgré cela, aucune véritable audience consacrée à l’appel n’a eu lieu.
Imaan Mazari et Hadi Ali Chattha ont été soumis à une détention arbitraire et ont fait l’objet de poursuites pénales à de multiples reprises ces dernières années en raison de leur travail en faveur des droits humains. Imaan a été arrêtée pour des accusations de terrorisme après avoir pris la parole lors d’un rassemblement du Mouvement de protection pachtoune (PTM), en août 2023. Elle a été libérée sous caution une semaine plus tard.
En octobre 2024, Imaan et Hadi ont été arrêtés pour des accusations de terrorisme, parce qu’ils avaient retiré des barrages érigés par la police lors d’une visite de l’équipe internationale de cricket à Islamabad. Ils ont été relâchés quelques jours plus tard.
Une plainte a été déposée à leur encontre en août 2025 en vertu de la Loi relative à la prévention de la cybercriminalité, pour des tweets soi-disant « hostiles à l’État » ; des mandats d’arrêt ont alors été décernés à leur encontre. Tous deux se sont vus accorder une libération sous caution dans l’attente de leur arrestation, mais Hadi Ali Chattha a été brièvement arrêté le 29 octobre 2025 dans le cadre de cette affaire.
Le 15 janvier 2026, le tribunal a annulé leur libération sous caution, Imaan ayant présenté une demande d’excuse pour son absence à l’audience, due à une maladie. Le 16 janvier, il a ordonné leur interpellation dans les 24 heures. Ils se sont vus accorder une libération sous caution le 19 janvier, mais d’autres chefs d’inclupation ont été portés à leur encontre par le biais d’un procès-verbal introductif inconnu jusqu’alors, en date de juillet 2025, en lien avec une manifestation organisée par le Comité Baloch Yakjehti (BYC), à Islamabad.
Tous deux sont avocat·e·s spécialistes des droits humains et âgés de 33 ans : Imaan Mazari est originaire d’Islamabad, tandis que Hadi Ali Chattha est originaire de Multan. Ils se sont mariés en 2023. Imaan et Hadi défendent des victimes de la répression étatique depuis des années, en particulier des journalistes ciblés en vertu des lois pakistanaises relatives à la lutte contre le terrorisme et la cybercriminalité, des victimes accusées au titre des lois sur le blasphème et des victimes de disparitions forcées. En juin 2025, Imaan a reçu le prix « Jeune Inspiration » du Forum mondial de l’expression.
Les autorités pakistanaises mènent une vaste répression de la liberté d’expression. Depuis l’adoption de la Loi relative à la prévention de la cybercriminalité en 2016, de très nombreux journalistes, défenseur·e·s des droits humains et membres et sympathisant·e·s de partis d’opposition sont arrêtés et harcelés en vertu de ce texte. En janvier 2025, la Loi a été modifiée afin de restreindre encore davantage la liberté de parole et d’ajouter l’article 26-A, qui prévoit une peine maximale de trois ans d’emprisonnement pour « informations fausses ou mensongères ».
Amnesty International a également recueilli des informations sur un système de surveillance et de censure au Pakistan, qui sert à cibler les journalistes et les avocat·e·s spécialistes des droits humains. Les autorités bloquent et ralentissent de plus en plus fréquemment l’accès à Internet afin d’entraver la tenue de manifestations et la circulation des informations.
Les militant·e·s, en particulier ceux qui appartiennent aux identités ethniques baloutches et pachtounes, sont pris pour cibles par le biais des lois antiterroristes et soumis à des disparitions forcées.