Denis Cabrera Rodríguez, 33 ans, est un artiste et militant cubain en faveur des droits humains, lié à des courants artistiques tels que les mouvements San Isidro et 27N. À Cuba, il a été victime de censure, placé en détention arbitraire, torturé et soumis à une disparition forcée pour son travail et son action militante. Il est arrivé aux États-Unis en 2022 et a déposé une demande d’asile. Cette demande n’a pas encore été examinée. Le 26 novembre 2025, il a été arrêté par le Service de contrôle de l’immigration et des douanes (ICE) des États-Unis.
Atteint de diabète, il a été diagnostiqué lorsqu’il avait 10 ans. Selon sa famille, avant sa détention, il devait se servir d’une pompe à insuline pour gérer sa glycémie et administrer de l’insuline lorsqu’il en avait besoin. Depuis son transfert à Krome, Denis Cabrera Rodríguez ne bénéficie pas de contrôles de glycémie, d’injections d’insuline ni de l’alimentation qu’il lui faudrait, ce qui a eu d’énormes conséquences sur son état de santé. L’ICE ne lui permet pas d’avoir sa pompe à insuline en détention. Sa santé se détériore chaque jour et l’ICE a rejeté ses demandes de transfert vers un hôpital.
Le centre de traitement des services de Krome Nord, en Floride, est un lieu de détention de l’ICE dans le comté de Miami-Dade, dans la ville de Miami, aux abords des Everglades. Le fonctionnement quotidien du centre est actuellement confié à Akima Global Services, LLC, qui gère l’établissement depuis plus de 10 ans. Krome est l’un des plus anciens et plus larges centres de détention de l’ICE aux États-Unis. Depuis des décennies, des organisations, des avocats et des prestataires de services directs dénoncent les conditions de détention à Krome, de la surpopulation sévère au manque chronique d’accès à des soins médicaux de qualité liés à plusieurs morts en détention, en passant par des traitements dégradants et abusifs, et des manquements aux procédures compromettant le droit de personnes à une représentation juridique et à une procédure régulière.
En 2025, le centre a fait l’objet d’une attention accrue après que la grave surpopulation et plusieurs décès ont été relayés. Des sources indépendantes et des enquêtes sur la situation des droits humains ont mis en évidence des manquements systémiques en matière de procédures d’admission, de soins médicaux, de ségrégation, et de pratiques en termes d’hébergement, ainsi que des conditions susceptibles de s’apparenter à des traitements cruels, inhumains ou dégradants ou des actes de torture en vertu du droit international. Ces défaillances ont pour toile de fond l’expansion rapide des populations carcérales et la réduction des mesures de surveillance indépendante.
Des recherches effectuées par Amnesty International ont permis de déterminer que les personnes détenues à Krome sont confrontées à de graves obstacles à l’accès à des soins médicaux adéquats, notamment l’absence de traitement, et des retards dans l’examen et la prise en charge de problèmes de santé. Depuis octobre 2025, au moins quatre personnes sont mortes en détention à Krome - Ramesh Amechand, Genry Ruiz Guillen, Maxym Tcherniak et Isidro Pérez –, ce qui suscite de fortes craintes en matière d’accès à des soins de santé de qualité dans ce centre.
Sous l’administration Trump, le recours à la détention liée à l’immigration aux États-Unis a fortement augmenté. Le 16 novembre 2025, on recensait 65 135 personnes placées en détention par le Service de contrôle de l’immigration et des douanes, ce qui est largement considéré comme une sous-estimation parce que cela n’inclut pas les milliers de personnes se trouvant dans des centres de traitement de l’ICE de courte durée, des bureaux de terrain de l’ICE, en détention provisoire dans le système fédéral, ou dans d’autres établissements. Cela représente une augmentation de 64 % du nombre de personnes en détention par rapport à janvier 2025.
Le nombre de personnes placées en détention par l’ICE en Floride a connu un bond de 47 % entre janvier et septembre 2025. Au moins 25 personnes sous la garde de l’ICE sont mortes depuis le mois d’octobre 2024 (22 après le 20 janvier 2025), contre 12 entre octobre 2023 et 2024.
À l’heure où l’administration Trump étend la capacité d’hébergement des centres de détention de l’ICE, les conditions de détention se détériorent très fortement. L’ICE a adopté des lignes directrices selon lesquelles les personnes entrées aux États-Unis de manière irrégulière ne peuvent prétendre au droit d’obtenir une libération sous caution. Cela signifie qu’elles sont forcées de rester en détention pendant toute la durée de leur procédure d’expulsion. Cela inclut des personnes ayant déposé une demande d’asile, qui sont désormais détenues jusqu’à ce que leur dossier soit traité.
En vertu du droit international, les personnes en quête d’asile ne doivent pas être pénalisées pour la manière dont elles sont arrivées dans un pays. Elles ne doivent par ailleurs pas être expulsées avant que leur demande d’asile ne soit correctement examinée par le biais d’une procédure de détermination du statut de réfugié.
L’adoption, en juillet dernier, de la loi budgétaire de 2025, baptisée « One Big Beautiful Bill » par Donald Trump, a fait passer le budget de l’ICE à 150 milliards de dollars, afin que ce service mène à bien son plan de détentions et d’expulsions à grande échelle, dont 45 milliards de dollars pour l’extension de la détention.
Il est essentiel de veiller à ce que les établissements où les droits humains sont bafoués rendent des comptes, et que les personnes en détention reçoivent les soins médicaux dont elles ont besoin pour survivre.