Écrire Une femme de 70 ans soumise à des pressions pour accepter son expulsion forcée

Phumzile Dlamini, une femme de 70 ans, subit des pressions permanentes pour quitter son logement afin de laisser place à un programme d’extension de plantations de l’entreprise de foresterie Montigny Investment à Mhlambanyatsi, en Eswatini.

Le 21 mai, des policiers se sont présentés chez elle et lui ont demandé avec insistance de signer un document de « relocalisation volontaire » rédigé par l’entreprise, ce qu’elle a refusé, comme elle refuse de le faire depuis le début de la procédure, en mars 2026.

Ces visites répétées suscitent de vives craintes d’intimidation et d’expulsion forcée, en violation du droit international relatif aux droits humains et des normes connexes, qui interdisent les expulsions forcées et requièrent que toute relocalisation concernant le logement d’une personne soit véritablement volontaire et repose sur son consentement libre et éclairé, ou dans le cas contraire, que cette relocalisation respecte des garanties exigeantes et puisse faire l’objet d’un recours effectif.

Les pressions exercées par Montigny Investments pour obtenir le départ des habitant·e·s s’inscrivent dans un contexte d’extension des plantations forestières en cours depuis longtemps dans la région de Mhlambanyatsi et une approche structurée de la « relocalisation volontaire » qui repose sur des documents à signer et un cadre relatif aux personnes résidant sur des terrains agricoles.

Les autorités se servent de la Loi de 1982 sur le contrôle des habitants des zones agricoles, réglementant l’occupation de terrains privés agricoles, pour requalifier les ménages établis de longue date sur ces terres en « habitants de zones agricoles », une appellation qui limite leurs possibilités de recours et facilite les « accords de relocalisation volontaire ».

Les documents de relocalisation volontaire visent à formaliser l’accord d’un·e habitant·e pour son déplacement et les conditions d’indemnisation pour son départ. S’ils sont signés, ils peuvent être utilisés comme preuve du « consentement » à la relocalisation et de l’acceptation des conditions d’indemnisation, y compris des clauses d’exclusion concernant les frais de réinstallation et de réaménagement ainsi que certaines pertes de moyens de subsistance.

Début 2026, la situation se serait aggravée : outre les pressions exercées pour faire signer ces documents, des terres voisines des habitations ont été converties, notamment par la plantation d’arbres sur des zones utilisées pour le pâturage du bétail.

Un habitant ayant protesté contre ces plantations aurait été arrêté et poursuivi, ce qui laisse craindre une criminalisation des protestations et le risque d’intimidation des villageois qui refusent leur relocalisation.

Selon certaines informations, des ménages ont déjà signé les documents de relocalisation et/ou accepté l’indemnisation de base de 150 000 lilangenis (environ 9 075 dollars des États-Unis) – un montant qui ne semble pas acceptable, surtout en tenant compte des clauses d’exclusion.

En Eswatini et dans l’ensemble de l’Afrique australe, les populations confrontées à des déplacements liés à l’utilisation des terres se voient souvent présenter des documents de « relocalisation volontaire » ou d’« indemnisation » dans des conditions qui ne permettent pas d’envisager un refus.

Amnesty International a déjà dénoncé les préjudices liés aux expulsions forcées et le manque de protection contre celles-ci en Eswatini, notamment dans son rapport de 2018 intitulé “They Don’t See Us As People.” et dans la synthèse de celui-ci.

J'agis

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Monsieur le Ministre

Je vous écris pour vous faire part de ma vive inquiétude pour Phumzile Dlamini, une femme de 70 ans qui habite à Mambazo, un village de Mhlambanyatsi (district de Hhohho), qui subit un harcèlement persistant lié à une procédure de relocalisation dans le cadre de l’extension d’une plantation forestière.

En 2014, l’entreprise de foresterie Montigny Investments a acheté à Usutu Forest Products Company Limited (une entreprise du groupe Sappi) les forêts entourant la zone où vit Phumzile Dlamini. Au cours des deux dernières années, elle a engagé une procédure d’expulsion afin de chasser les habitant·e·s – dont la plupart considèrent cette zone comme leur terre ancestrale – pour laisser place à l’extension d’une plantation forestière.

Amnesty International estime que les documents de relocalisation/indemnisation et les réunions liées s’inscrivent dans un processus plus vaste concernant de nombreuses familles à Maplazini et Mambazo, et que les habitant·e·s sont soumis à des pressions pour signer des documents présentés comme un accord de « relocalisation volontaire ».

Phumzile Dlamini a subi des pressions et des tentatives répétées depuis avril 2024 au moins, dans le but d’obtenir sa signature. Le 21 mai, des policiers se sont présentés chez elle et lui ont demandé avec insistance de signer un document de « relocalisation volontaire » rédigé par l’entreprise, ce qu’elle a refusé. Cet épisode suscite de sérieuses craintes d’intimidation et de pression visant à se procurer un consentement soi-disant « volontaire » sur une question concernant le logement et les moyens de subsistance d’une personne.

Les normes internationales en matière de droits humains interdisent les expulsions forcées et exigent que toute relocalisation de personnes ou de populations fasse suite à l’application de plusieurs garanties juridiques et procédurales contre les expulsions forcées, notamment un processus de consultation en bonne et due forme des personnes concernées, un délai raisonnable et une indemnisation juste et suffisante.

Les États doivent veiller à ce qu’aucune personne ne se retrouve sans abri à la suite d’une expulsion. Tenter d’obtenir une signature en ayant recours à de l’intimidation par le biais de la police est contraire aux garanties internationales contre les expulsions forcées.

Je vous appelle à prendre sans délai des mesures pour faire cesser l’ingérence et l’intimidation de la police à l’encontre de Phumzile Dlamini, pour que les policiers et autres fonctionnaires arrêtent immédiatement de la contacter afin qu’elle signe les documents de relocalisation, et pour la protéger du harcèlement, de l’intimidation et des représailles.

Je vous demande en outre d’instaurer des garanties contre les expulsions forcées et de vous assurer qu’aucune relocalisation/expulsion touchant Phumzile Dlamini et son entourage n’ait lieu si elle ne respecte pas pleinement les garanties internationales relatives aux droits humains qui empêchent les expulsions forcées, y compris la protection contre la privation de logement et d’autres atteintes aux droits fondamentaux.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma très haute considération.

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