Écrire Une figure antiraciste condamnée à huit ans de prison

Pour AGIR : copiez-collez le modèle de lettre ci-dessous dans le cadre bleu et envoyez-le par email au président de la République Kaïs Saïed : contact@carthage.tn ainsi qu’à l’ambassade de la République tunisienne en Belgique : at.belgique@diplomatie.gov.tn

Vous pouvez aussi personnaliser votre courrier avant de l’envoyer, cela augmentera la probabilité qu’il parvienne aux destinataires. Veillez à ce que votre courrier soit respectueux et persuasif - n’utilisez pas de langage haineux. Expliquez que vous suivrez de près cette campagne et que vous en parlerez à d’autres personnes.

Pour que nous puissions faire un suivi des actions, merci de mettre action@amnesty.be en copie cachée (Cci) de votre mail.

Le 19 mars 2026, un tribunal de Tunis a condamné Saadia Mosbah, défenseure des droits humains tunisienne noire et présidente de l’association antiraciste Mnemty (« Mon rêve »), à huit ans d’emprisonnement après presque deux ans de détention provisoire arbitraire.

Le tribunal a prononcé des peines allant d’un à trois ans de prison contre cinq autres membres du personnel ou soutiens de Mnemty. Saadia Mosbah et ses collègues ont été poursuivis sur la base d’accusations infondées de malversations financières en raison de leur travail en faveur des droits humains, dans le contexte d’une répression généralisée de la société civile accompagnée d’une rhétorique raciste de la part des pouvoirs publics.

Elle dit avoir subi des violences racistes en détention, y compris une agression physique.

Les autorités tunisiennes doivent annuler les condamnations de ces personnes et libérer immédiatement Saadia Mosbah.

En mai 2024, six défenseur·e·s des droits humains et membres d’ONG ont été arrêtés et détenus arbitrairement lorsque les autorités tunisiennes ont lancé une campagne répressive contre les organisations de la société civile travaillant sur les questions migratoires et luttant contre les discriminations. Cinq de ces personnes ont été condamnées par la suite à des peines d’emprisonnement, tandis que la répression s’est étendue à un éventail plus large d’organisations.

Une campagne de dénigrement xénophobe et raciste menée par des comptes de réseaux sociaux progouvernementaux a précédé ces arrestations, principalement à l’encontre de l’association antiraciste Mnemty et de sa fondatrice Saadia Mosbah. Parallèlement, le président Kaïs Saïed a qualifié les organisations travaillant sur les questions migratoires de « traîtres » et d’« agents de l’étranger ». Il a accusé à plusieurs reprises la société civile de financer la corruption et de s’associer avec des entités étrangères pour calomnier la Tunisie.

Le 7 mai 2024, la police de Tunis a arrêté Saadia Mosbah après l’avoir interrogée avec le chef de projet de Mnemty au sujet du travail de leur ONG, des financements qu’ils avaient reçus et de leurs prises de position publiques sur le racisme et l’immigration. Le 16 mai 2024, un juge d’instruction du tribunal de première instance de Tunis a ouvert une enquête pénale contre Saadia Mosbah et huit autres membres du personnel et soutiens de Mnemty, dont la propriétaire de leur bureau à Tunis, et placé Saadia Mosbah en détention provisoire sans tenir d’audience.

Les autorités ont engagé des poursuites contre ces personnes pour « enrichissement illicite » (article 37 de la Loi n° 2018-46 relative à la déclaration de patrimoine et d’intérêts, et à la lutte contre l’enrichissement illicite et les conflits d’intérêts) et blanchiment d’argent (articles 92 à 97 de la Loi n° 2015-26 relative à la lutte contre le terrorisme et à la répression du blanchiment d’argent), ainsi que pour absence de tenue d’une comptabilité conforme à la législation fiscale (article 97 du Code des droits et procédures fiscaux), une infraction passible d’une amende. Le juge a renouvelé la détention de Saadia Mosbah en novembre 2024, puis en mars 2025, et a refusé toutes ses demandes de libération provisoire.

Le 3 juillet 2025, le juge d’instruction a conclu son enquête et maintenu les poursuites pour « enrichissement illicite » et absence de tenue d’une comptabilité contre Saadia Mosbah, mais abandonné toutes les charges retenues contre les huit autres personnes pour insuffisance de preuves. Le 15 juillet 2025, une chambre d’accusation a annulé la décision du juge et inculpé les neuf personnes poursuivies des trois chefs d’accusation initialement retenus.

Le 22 décembre 2025, en violation de la procédure pénale tunisienne, leur procès s’est ouvert devant le tribunal de première instance de Tunis avant que la Cour de cassation ait statué sur les recours formés par les prévenus et par le parquet contre l’acte d’inculpation. Par conséquent, l’examen du dossier a été reporté à trois reprises, jusqu’à ce que la Cour de cassation rejette les recours le 10 mars 2026.

Selon la Loi n° 2015-26, l’infraction de blanchiment d’argent doit être « prouvée par l’existence de présomptions et de preuves suffisantes sur l’origine illégale des biens objet de blanchiment ». La Loi n° 2018-46 définit l’« enrichissement illicite » comme « toute augmentation substantielle du patrimoine de la personne [...] ou une augmentation significative dans ses dépenses, qui sont disproportionnées par rapport à ses revenus et qu’elle ne peut justifier la légitimité de son origine ». Ces dispositions manquent de clarté et n’exigent pas que l’origine illégale des fonds soient prouvée, faisant porter la charge de la preuve à la personne mise en cause, qui doit démontrer qu’ils ont été acquis « légitimement ».

En vertu du droit international relatif aux droits humains et des normes connexes – notamment l’article 7 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, l’article 14-2 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques ainsi que les Directives et principes sur le droit à un procès équitable et à l’assistance judiciaire en Afrique – il incombe aux autorités de prouver la culpabilité hors de tout doute raisonnable.

L’analyse de certaines pièces du dossier, telles que l’expertise financière ordonnée par le tribunal, révèle que les accusations d’« enrichissement illicite » et de blanchiment d’argent sont sans fondement. L’enquête n’a pas établi la preuve d’une infraction initiale qui aurait été couverte par de l’argent blanchi, ni du moindre « enrichissement » visé par la législation tunisienne.

En revanche, elle s’est appuyée sur une interprétation abusive du terme « légitimité ». Le juge d’instruction a considéré que le non-respect présumé des obligations fiscales par le personnel de Mnemty, d’une part, et les conclusions erronées des experts financiers selon lesquelles les postes et les salaires de certains membres du personnel ne correspondaient pas à leurs qualifications, d’autre part, prouvaient que l’origine de leurs fonds n’était pas « légitime ».

Il a aussi relevé des virements bancaires injustifiés entre l’association et son personnel. Les personnes mises en cause ont expliqué que ces virements étaient des remboursements de dépenses de voyage ou d’autres paiements avancés par des membres du personnel à titre exceptionnel, lorsque la trésorière de l’association se trouvait à l’étranger ou que le chéquier de l’association avait été perdu.

Par ailleurs, des propos racistes tenus au cours de l’enquête par les experts financiers mandatés par le tribunal, qui ont accusé deux personnes noires poursuivies de « contribuer aux [injures racistes visant les personnes noires] » et promis de les « mettre en prison pour ça », ajoutés au refus de ces experts d’examiner des documents comptables saisis par la police lors de la perquisition des locaux de Mnemty à Tunis, ont mis à mal l’intégrité de l’enquête et le droit des prévenus à un procès équitable.

Un agent de police présent au tribunal de première instance de Tunis a en outre systématiquement empêché l’accès d’un des prévenus noirs sans justification, ce qui évoque une possible discrimination raciale.

Saadia Mosbah, 66 ans, est incarcérée à la prison de Belli (située à 50 km au sud-est de Tunis). À la fin du mois de mars, elle aura passé plus de 22 mois en détention provisoire, bien plus que la limite légale de 14 mois. Elle souffre d’hypertension, de goutte et d’autres problèmes de santé et de mobilité. Elle affirme qu’une surveillante pénitentiaire l’a soumise à des insultes et des moqueries racistes à plusieurs reprises, a bloqué l’un de ses rendez-vous médicaux et l’a agressée physiquement en février 2026.

Les autorités ne l’ont pas encore informée de l’ouverture d’une enquête sur ses allégations, alors que l’administration pénitentiaire en a été avisée. D’après ses proches, les autorités ne lui ont pas non plus fourni les médicaments et les soins dont elle a besoin.

J'agis

PASSEZ À L’ACTION : ENVOYEZ UN APPEL EN UTILISANT VOS PROPRES MOTS OU EN VOUS INSPIRANT DU MODÈLE DE LETTRE CI-DESSOUS

Monsieur le Président,

Je vous écris pour vous prier de veiller à la libération immédiate et sans condition de Saadia Mosbah, défenseure des droits humains détenue arbitrairement depuis mai 2024. Cette femme est présidente de l’association antiraciste Mnemty (« Mon rêve »), fondée en 2013.
Le 19 mars 2026, le tribunal de première instance de Tunis a condamné Saadia Mosbah à huit ans d’emprisonnement et une amende de plus de 120 000 dinars tunisiens (environ 36 000 euros). Elle a été poursuivie aux côtés de huit autres membres du personnel et soutiens de Mnemty pour des accusations infondées de malversations financières, liées à leur travail en faveur des droits humains.

Cinq de ces personnes ont été condamnées à des peines allant d’un à trois ans d’emprisonnement et risquent d’être placées en détention si leur condamnation est confirmée en appel. Les condamnations pénales et peines de prison prononcées contre Saadia Mosbah et ses cinq collègues doivent être annulées immédiatement.

Les personnes jugées dans cette affaire ont été déclarées coupables de blanchiment d’argent et d’« enrichissement illicite » sans la moindre preuve. L’enquête n’a révélé aucune source illégale de financement et s’est appuyée sur une interprétation abusive des dispositions relatives à l’« enrichissement illicite », qui manquent de clarté. Selon le droit international relatif aux droits humains et les normes connexes, afin de protéger la présomption d’innocence, il incombe aux autorités de prouver une infraction pénale hors de tout doute raisonnable.

Avant l’ouverture de l’enquête, Mnemty a fait l’objet d’une campagne de dénigrement menée par des comptes de réseaux sociaux progouvernementaux, sur fond de multiplication des discours anti-Noirs et xénophobes de la part de responsables politiques qui ont provoqué des violences racistes. Ce contexte met en lumière les motivations racistes du ciblage de Saadia Mosbah et de Mnemty, dont les principales figures sont des personnes noires.

Cette affaire s’inscrit également dans un climat de répression généralisée des organisations de défense des droits humains et de stigmatisation des militant·e·s antiracistes et des organisations de la société civile travaillant sur les questions migratoires, qui ont été accusées de trahison et de corruption par les autorités tunisiennes. Cette répression a un effet paralysant sur les défenseur·e·s des droits humains, car elle menace leur sécurité et leur droit à la liberté d’expression et d’association.

En prison, Saadia Mosbah a indiqué avoir été victime de discrimination raciale, notamment d’une agression physique raciste commise par une surveillante s’apparentant à des mauvais traitements, voire à de la torture, et ne pas avoir bénéficié des soins médicaux dont elle avait besoin. Les autres personnes poursuivies ont également subi de la discrimination raciale au cours de l’enquête, en violation de leur droit à un procès équitable et à une protection contre la discrimination.

Je vous appelle à faire le nécessaire pour que Saadia Mosbah soit libérée immédiatement et que les peines prononcées contre elle et les cinq autres membres du personnel de Mnemty soient annulées.

Je vous demande également de veiller à ce qu’une enquête approfondie, indépendante, impartiale, transparente et efficace soit menée sur les allégations faisant état de mauvais traitements à caractère raciste commis contre Saadia Mosbah, qui pourraient être constitutifs de torture.

Enfin, je vous prie instamment de mettre fin à l’utilisation de la justice pénale contre des défenseur·e·s des droits humains et de respecter le droit à la liberté d’expression et d’association.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma très haute considération.

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