Écrire Graves inquiétudes pour la santé d’une militante emprisonnée

L’éminente défenseure des droits humains et prisonnière d’opinion Cấn Thị Thêu, qui est emprisonnée depuis cinq ans et qui aurait été soumise à la torture et à des conditions de détention inhumaines, a récemment informé sa famille de ses graves problèmes de santé.

Cấn Thị Thêu et ses deux fils ont été arrêtés en 2020 et condamnés à des peines de 8 à 10 ans d’emprisonnement au titre de l’article 117 du Code pénal pour « hostilité à l’égard de l’État de la République socialiste du Viêt-Nam ».

Cấn Thị Thêu et sa famille ont commencé par militer contre les expulsions forcées et ils ont joué un rôle moteur dans le mouvement pour la défense des droits fonciers. Il est fortement à craindre que sa vie ne soit menacée faute d’accès à des soins de santé adéquats.

Cấn Thị Thêu est une prisonnière d’opinion, étant détenue uniquement pour avoir exercé ses droits fondamentaux, et elle doit à ce titre être libérée immédiatement et sans condition.

Cấn Thị Thêu est une militante des droits fonciers et une défenseure des droits humains bien connue au Viêt-Nam. Ses activités militantes ont débuté après la saisie des terres de sa famille par les autorités en 2010. Elle a commencé à dénoncer les expulsions forcées et est devenue une figure de premier plan du mouvement de défense des droits fonciers. Cấn Thị Thêu et ses proches ont soutenu les victimes d’accaparement de terres et de violations des droits humains, et aussi des prisonniers·ères d’opinion.

En réunissant des informations et en signalant ces problèmes sur leurs comptes de réseaux sociaux, qui comptaient plus de 50 000 abonnés, Cấn Thị Thêu et sa famille ont pu toucher un large public. Ils ont intensifié leur travail de plaidoyer en fournissant des rapports sur les droits humains, en particulier sur les droits fonciers et la liberté d’expression, à des communautés internationales.

Au cours de leurs dix années d’activités militantes, Cấn Thị Thêu et ses proches ont été soumis à un harcèlement et à une surveillance intensifs de la part des autorités locales. Cấn Thị Thêu a été emprisonnée à deux reprises : en 2014 (pendant 15 mois) après avoir mené une manifestation contre l’accaparement des terres, puis en 2016 (pendant 20 mois) pour avoir filmé une expulsion forcée. Au total, elle a passé deux ans et neuf mois derrière les barreaux.

Son mari a été accusé des mêmes faits en 2014 et il a passé 18 mois en prison. Après l’emprisonnement de leurs parents en 2014, Trịnh Bá Phương et Trịnh Bá Tư sont eux aussi devenus militants et défenseurs des droits humains. À sa sortie de prison, Cấn Thị Thêu a poursuivi ses activités militantes avec ses fils et son mari.

Les tensions ont atteint leur paroxysme lorsque Cấn Thị Thêu et ses deux fils ont publiquement pris la défense des habitants du village de Đồng Tâm, victimes d’un conflit foncier très médiatisé avec le gouvernement, entre 2017 et 2020. En janvier 2020, la police a mené un raid dans le village de Đồng Tâm, qui a entraîné la mort d’un chef de village âgé de 84 ans et de trois policiers, ainsi que l’arrestation de plusieurs dizaines de villageois·e·s. Malgré la sensibilité de cette affaire et les risques élevés qui y sont liés, et alors que tous les médias d’État étaient censurés, Cấn Thị Thêu, Trịnh Bá Phương et Trịnh Bá Tư ont utilisé les réseaux sociaux pour informer le public de ces faits et des violations des droits humains commises.

En conséquence, le 24 juin 2020, la police a arrêté Cấn Thị Thêu, Trịnh Bá Phương et Trịnh Bá Tư. Au moment de leur arrestation, Trịnh Bá Phương venait d’avoir un fils, qui n’avait alors que quatre jours.

Le 5 mai 2021, Cấn Thị Thêu et Trịnh Bá Tư ont été condamnés à huit ans d’emprisonnement avec trois ans de probation. Sept mois plus tard, le 15 décembre 2021, Trịnh Bá Phương a été condamné à dix ans d’emprisonnement avec cinq ans de probation. Ils ont tous trois été inculpés de « fabrication, stockage ou diffusion d’informations, de matériel ou d’articles hostiles à l’État de la République socialiste du Viêt-Nam » au titre de l’article 117 du Code pénal. Selon certaines informations, depuis 2011, au moins 300 militant·e·s, défenseur·e·s des droits humains et journalistes ont été arrêtés au Viêt-Nam au titre de dispositions du Code pénal.

Il a été signalé à plusieurs reprises que les trois militant·e·s avaient été maltraités et torturés pendant leur détention provisoire. Trịnh Bá Phương aurait été frappé aux parties génitales par la police ; Trịnh Bá Tư aurait également été battu, et les coups reçus auraient provoqué un gonflement du tissu rénal. Il a également mené une grève de la faim pendant 20 jours pour protester contre les mauvais traitements. Cấn Thị Thêu continue de souffrir d’une infection oculaire causée par les mauvaises conditions de détention qu’elle a subies en détention provisoire, dans une cellule sans ventilation adéquate ni accès suffisant à l’eau, par une chaleur extrême.

Une fois en prison, le harcèlement et les coups auraient continué. Comme ces trois personnes ont été transférées dans trois prisons différentes situées loin de leur ville (à environ un millier de kilomètres de là), il est extrêmement difficile et coûteux pour leur famille de leur rendre visite. En fait, ce n’est qu’en mars 2022 qu’ils ont été autorisés à recevoir la visite de leur famille. En septembre 2022, Trịnh Bá Tư a été battu et placé en détention à l’isolement pendant dix jours, les pieds enchaînés. Il avait simplement demandé qu’un autre prisonnier puisse bénéficier de soins médicaux d’urgence.

En 2021, Amnesty International a condamné l’arrestation arbitraire et les procès inéquitables de Cấn Thị Thêu et de ses deux fils, et a fait part de ses graves préoccupations concernant les mauvais traitements qu’ils ont subis en 2022. De même, en juin 2022, des experts des Nations unies se sont dits gravement préoccupés par les violations apparemment systématiques des droits des défenseur·e·s des droits humains au Viêt-Nam – notamment dans les cas de Cấn Thị Thêu, Trịnh Bá Tư et Trịnh Bá Phương – qui sont en butte à des arrestations arbitraires, à l’incarcération, à des procès inéquitables et à des condamnations pénales pour avoir simplement exercé leur droit à la liberté d’expression et d’opinion.

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