Zanuta est l’un des 121 villages palestiniens à majorité bédouine et pastorale en Cisjordanie occupée qui ont connu un déplacement total ou partiel à cause d’attaques de colons et des restrictions d’accès qui en ont découlé entre janvier 2023 et avril 2026, selon le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA). Il fait également partie des 46 villages dont la population a été entièrement déplacée au cours de la même période.
Entre le 27 octobre et le 1er novembre 2023, tous les habitant·e·s de Zanuta ont rassemblé leurs affaires et fui le village à la suite d’attaques violentes et récurrentes de colons installés sur un avant-poste voisin baptisé « ferme de Meitarim », qui se sont nettement intensifiées après le 7 octobre 2023.
Avant leur expulsion, la population palestinienne de Zanuta s’élevait à environ 250 personnes dont une centaine d’enfants et habitait le village depuis le XIXe siècle, vivant du pastoralisme, de la production de lait et de l’agriculture. Leur unique mode de vie, entièrement dépendant de la terre, était déjà privé de sécurité et de stabilité depuis plusieurs décennies en raison du système d’apartheid imposé par Israël et de la violence des colons soutenue par l’État.
En plus des ordres de démolition visant les habitations du village depuis 2011, leur souffrance quotidienne est devenue encore plus lourde lorsque des colons ont installé des avant-postes autour de Zanuta à partir de 2021, à commencer par celui de la ferme de Meitarim. Cette installation a marqué le début d’une longue vague d’attaques de plus en plus graves commises par des colons contre les Palestinien·ne·s de Zanuta.
L’ampleur de ces attaques et le rôle moteur joué par Yinon Levi, fondateur de la ferme de Meitarim, ont conduit le Royaume-Uni et les États-Unis à prononcer des sanctions contre cet homme, notamment un gel de ses avoirs et une interdiction de séjour, ainsi que contre l’avant-poste lui-même. Cependant, ces sanctions se sont avérées totalement insuffisantes pour empêcher les attaques, qui se sont au contraire intensifiées.
Après le 7 octobre 2023, la fréquence et la gravité des attaques commises par Yinon Levi et d’autres colons ont augmenté de façon spectaculaire, à un rythme quasi quotidien. Selon des habitant·e·s, des colons ont incendié leurs biens, notamment des tentes et des salles de classe de l’école de Zanuta, se sont introduits chez eux, ont frappé leurs enfants avec des fusils et ont délibérément déversé des eaux usées sur leurs terres agricoles, tandis que leurs appels à la police pour demander de l’aide sont restés sans réponse.
Au 1er novembre 2023, l’ensemble de la population du village avait fui par peur pour sa sécurité et s’était réfugiée dans une localité voisine, Al Dhahiriya, où la plupart réside encore malgré de multiples tentatives pour revenir à Zanuta.
La Cour suprême a rendu des décisions en faveur des habitant·e·s palestiniens de Zanuta à deux reprises, en 2024 et 2025, en réaffirmant leur droit de revenir dans leur village et sur leurs terres et en ordonnant à la police israélienne d’organiser leur retour et de les protéger pendant ce processus. Néanmoins, les autorités ont sciemment ignoré ces décisions de justice.
Les habitant·e·s de Zanuta ont tenté plusieurs fois de revenir dans leur village, individuellement et en groupe, mais ont systématiquement été confrontés à la violence de colons, avec le soutien de l’armée.
Le cas de Zanuta illustre la politique de nettoyage ethnique menée par le gouvernement israélien actuel, qu’Amnesty International a dénoncée dans son récent rapport sur le déplacement forcé des communautés pastorales et bédouines par Israël dans la zone C de la Cisjordanie occupée.
Alors que cela fait deux ans que la Cour internationale de justice a rendu un avis consultatif concluant que la présence de l’armée israélienne sur le territoire palestinien, son annexion et son régime discriminatoire constituaient des violations du droit international et demandant à Israël de mettre fin à son occupation illégale et de démanteler les colonies illégales, les tentatives des habitant·e·s palestiniens de Zanuta pour revenir dans leur village doivent être soutenues.
Parallèlement, il ne faut pas oublier les nombreux autres Palestinien·ne·s qui ont été déplacés de leur village ou risquent encore d’être déplacés d’un moment à l’autre ; tous ont besoin de notre soutien et de notre travail de campagne. Les Palestinien·ne·s ne doivent pas être effacés.