En décembre 2025, le département de la Sécurité intérieure (DHS) a lancé l’opération « Metro Surge » dans le Minnesota. Plus de 4 000 agents fédéraux ont été envoyés sur place pour s’en prendre aux habitant·e·s d’origine somalienne et à d’autres populations immigrées racisées. Auparavant, le président Donald Trump avait qualifié les personnes d’origine somalienne de « déchets » qui « prennent complètement le contrôle du Minnesota, qui était un État formidable ». Cette opération a donné lieu à de nombreuses violations des droits humains, notamment un profilage racial généralisé, des détentions arbitraires, une surveillance illégale, la répression des manifestations et un recours excessif à la force, y compris à une force meurtrière contre trois personnes.
Des vidéos montrant des agents de l’immigration se livrant à des interactions violentes et fatales ont été largement diffusées et partagées dans les médias. Outré par les actions du gouvernement, un habitant de l’État de New York, David Streever, a adressé à un courriel le 26 janvier au directeur par intérim de l’ICE à l’époque, Todd Lyons, pour lui faire part de son indignation. Dans son message, intitulé « Quelle est la prochaine étape ? », il comparait Todd Lyons à un criminel de guerre nazi et affirmait que la protection qu’il avait apportée aux personnes ayant tué Renee Good et Alex Pretti lui donnerait un sentiment de « honte » qui le « tourmenterait jusqu’à son dernier jour sur terre ».
Cinq mois après, des agents du Bureau d’enquête sur la sécurité intérieure (HSI) se sont présentés au domicile de David Streever, qui se trouvait alors à l’étranger. Ils ont remis à son épouse un document à son intention, indiquant qu’il « pourrait avoir commis une infraction au droit fédéral » en raison du courriel qu’il avait envoyé. Cet avertissement faisait allusion à son courriel, présenté comme menaçant, et soulignait qu’il était « illégal » de se livrer à des « tentatives d’entrave, d’intimidation et/ou d’ingérence à l’égard d’un responsable fédéral [...] en raison de l’exercice de ses fonctions ».
Lorsque David Streever est rentré aux États-Unis, des agents fédéraux ont suivi ses déplacements jusqu’à un hôtel de New York où il a passé une nuit en arrivant à l’aéroport. Un agent a laissé sa carte de visite à la réception de l’hôtel ainsi que des consignes pour qu’il le rappelle. Depuis qu’il a reçu l’avertissement, David Streever a peur de critiquer le gouvernement, par crainte d’une escalade des représailles.
Son cas s’inscrit dans une pratique récurrente du DHS visant à étouffer les voix discordantes, notamment en émettant des requêtes administratives auprès d’entreprises technologiques, notamment de réseaux sociaux et de messagerie électronique. Ces requêtes administratives consistent à demander des informations sur les activités en ligne et des éléments biographiques d’utilisateurs et utilisatrices ayant critiqué les actions et les méthodes du gouvernement en matière d’application des lois sur l’immigration.
Le recours du gouvernement des États-Unis à des requêtes administratives et des avertissements suscite de vives inquiétudes quant au risque d’atteinte au droit à la liberté d’expression par leur effet d’intimidation et au droit au respect de la vie privée tel que défini par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, que les États-Unis ont signé et ratifié.
Amnesty International craint que ces mises en demeure ne visent à intimider et réduire au silence des personnes qui ne font qu’exercer leur droit d’exprimer librement leurs préoccupations relatives aux violations des droits humains commises lors des opérations de l’ICE.