Le 6 juillet 2026, plus de 200 policiers sont arrivés dans le village de la communauté garifuna de San Juan, dans la municipalité de Tela (département d’Atlántida) pour procéder à une expulsion. Selon des témoignages, lors de cette opération, les forces de sécurité ont fait usage de gaz lacrymogène et de tirs à balles réelles. Les autorités ont en outre arrêté cinq défenseur·e·s des droits humains, qui ont été libérés au bout de quelques heures.
Ces personnes continuent toutefois de faire l’objet de poursuites pénales pour « usurpation aggravée » de leurs propres terres ancestrales, infraction passible d’emprisonnement.
L’OFRANEH a indiqué avoir subi plusieurs campagnes de stigmatisation et de discrimination raciale en raison de son travail de plaidoyer et de ses demandes dans cette affaire, dont la légitimité a été remise en question.
L’expulsion du 6 juillet est la deuxième qui a eu lieu depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle Loi pour le renforcement et la protection du secteur agroindustriel, des projets énergétiques, du tourisme, de l’élevage et des petits producteurs agroindustriels au Honduras, adoptée par le Congrès en mai 2026.
Entre autres dispositions, cette loi interdit les manifestations et les grèves dans un grand nombre de territoires et autorise les expulsions sans contrôle judiciaire ni procédure équitable, ce qui menace les droits à l’alimentation, au logement, à la liberté de réunion pacifique et à la liberté d’expression. Elle augmente également le risque de répression des paysan·ne·s, des populations indigènes et des personnes afrodescendantes. En septembre 2026, plusieurs procédures spéciales et expert·e·s des droits humains de l’ONU ont exprimé leurs préoccupations au sujet de cette loi.
Auparavant, des organes de défense des droits humains, tels que la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH), et des organisations de la société civile avaient déjà souligné leurs inquiétudes relatives à la définition ambiguë du délit d’usurpation dans le Code pénal, qui pouvait donner lieu à une utilisation discrétionnaire et arbitraire de cette infraction pénale pouvant entraîner une répression accrue des défenseur·e·s des droits humains.
Pour les Garifunas, leurs terres constituent le fondement de leur identité collective, de leur culture, de leur spiritualité, de leur mode de vie, de leur souveraineté alimentaire et de leur survie même en tant au peuple.
Entre 2015 et 2026, la Cour interaméricaine des droits de l’homme a rendu quatre arrêts condamnant le Honduras pour des violations des droits de quatre communautés garifunas du nord du pays relatives à leurs terres ancestrales et à d’autres droits : celle de Punta Piedra (2015), celle de Triunfo de la Cruz (2015), celle de San Juan (2023) et celle de Cayos Cochinos (2026). Ces dernières années, l’OFRANEH a dénoncé à plusieurs reprises le non-respect par les autorités honduriennes des mesures ordonnées par la Cour interaméricaine des droits de l’homme, qui sont pourtant juridiquement contraignantes au regard du droit international.
Depuis le 10 août 2026, l’OFRANEH tient un camp de protestation pacifique devant la Cour suprême de justice à Tegucigalpa, la capitale, pour demander que cesse cette répression, que les quatre arrêts de la Cour interaméricaine des droits de l’homme soient appliqués et qu’il soit mis fin aux campagnes de stigmatisation et de discrimination raciale qui la ciblent.