Écrire Inculpé, un détenu affirme avoir été torturé

Le 30 novembre, Ali Isa al Tajer a été déféré au parquet et inculpé. Il a nié toutes les accusations prononcées contre lui et a déclaré qu’on l’avait torturé dans le but de lui extorquer des « aveux ».

Le 30 novembre, Ali Isa al Tajer a été présenté devant le parquet pour être interrogé, après 25 jours sans le moindre contact avec ses avocats et sa famille. Le ministère public a prévenu Mohamed al Tajer, un de ses avocats qui est également son frère, de cet interrogatoire moins de 30 minutes avant que celui-ci ne commence. Ali Isa al Tajer est accusé d’avoir « rejoint une organisation terroriste illégale dans le but de renverser le gouvernement par la force » et « formé des personnes à l’utilisation d’armes à des fins terroristes ». Il a nié toutes ces accusations et a déclaré au représentant du ministère public qu’il avait été torturé et contraint de signer des « aveux » qu’il n’avait pas pu lire car il avait les yeux bandés. Selon ses avocats, les chefs d’inculpation sont fondés sur des « aveux » d’autres détenus, également obtenus sous la torture, et sur des déclarations provenant de sources « secrètes ».

Le parquet a rejeté les demandes des avocats d’Ali Isa al Tajer de lui parler avant ou pendant l’interrogatoire et a menacé d’écarter un des avocats de l’affaire lorsque celui-ci a dit à son client qu’il avait le droit de nier les charges retenues contre lui. Ali Isa al Tajer a essayé de décrire la façon dont il avait été torturé mais on lui a dit d’arrêter de parler car ses allégations seraient examinées par l’Unité spéciale d’enquête. Ses avocats ont écrit à cette Unité mais n’ont pas reçu de réponse. Ils ont par ailleurs demandé à ce qu’Ali Isa al Tajer soit examiné par un médecin légiste indépendant. Le représentant du ministère public a répondu qu’il verrait le médecin légiste désigné par le tribunal. Ses avocats n’ont pas reçu le moindre rapport médical à ce jour.

Après l’interrogatoire, les avocats d’Ali Isa al Tajer ont été autorisés à voir leur client pendant cinq minutes, en présence de trois policiers. Ali Isa al Tajer leur a expliqué qu’il avait été roué de coups sur tout le corps, et plus particulièrement au niveau de la tête et des parties génitales, et qu’on lui avait attaché une corde fermement autour des organes génitaux avant de tirer dessus. Selon ses explications, il aurait également été forcé de se déshabiller et de rester nu pendant la majeure partie des 25 jours qui ont précédé l’interrogatoire, menacé de décharges électriques, contraint à rester longtemps debout et privé de sommeil. Il a aussi affirmé avoir été retenu dans plusieurs lieux de détention différents, notamment dans des locaux de l’Agence nationale de sécurité. Il n’a eu aucun autre contact avec sa famille ou ses avocats depuis son interrogatoire du 30 novembre.

Ali Isa al Tajer a été arrêté le 5 novembre vers 17 heures à son domicile, dans le village d’al Dair, par des policiers en civil et encagoulés. Ceux-ci sont entrés par la porte de derrière sans prévenir et ont fouillé la chambre et la voiture d’Ali Isa al Tajer. Ils ont saisi son téléphone mobile et deux ordinateurs portables. Ils ne lui ont pas présenté d’autorisation de perquisition ni de mandat d’arrêt et ne l’ont pas informé des motifs de son arrestation. Ils ont indiqué à sa famille qu’ils l’emmenaient à la Direction des enquêtes criminelles.

Ali Isa al Tajer a appelé ses proches environ une heure plus tard en précisant qu’il se trouvait à la Direction des enquêtes criminelles. Pourtant, le numéro depuis lequel il a appelé correspond à la zone d’al Qalaa, où se trouve l’Agence nationale de sécurité, et non à Madinat Issa, où se situe la Direction des enquêtes criminelles. Le 11 novembre, Ali Isa al Tajer a passé un coup de téléphone très bref à ses proches et leur a dit que ses geôliers l’avaient assuré qu’il serait bientôt relâché. Lorsqu’il a rappelé six jours plus tard, il a juste indiqué qu’il serait libéré prochainement. Il a appelé encore une fois le 24 novembre en affirmant la même chose. À chaque fois, les appels étaient passés depuis la zone d’al Qalaa.

Amnesty International a rassemblé des informations sur la pratique de la torture et d’autres mauvais traitements dans les centres de détention provisoire, en particulier ceux de la Direction des enquêtes criminelles. Il semblerait que les détenus soupçonnés de terrorisme ou d’autres infractions liées à la sécurité soient systématiquement torturés.

Amnesty International a recueilli un certain nombre d’allégations faisant état de personnes qui ont été arrêtées, interrogées et détenues avec la participation de l’Agence nationale de sécurité. L’implication de ces services dans de telles pratiques constitue une violation de l’article 4 du décret 115 de 2011, qui limite leur rôle au renseignement et à la mise au jour d’activités portant atteinte à la sécurité nationale, au régime ou à ses institutions, conformément aux recommandations de la Commission d’enquête indépendante de Bahreïn (BICI).

La BICI, établie par décret royal et chargée de mener des investigations sur les violences commises pendant les manifestations de février et mars 2011 et au cours des mois qui ont suivi, a présenté son rapport au roi le 23 novembre 2011. Elle a recommandé au gouvernement de prendre un ensemble de mesures afin que ces actes ne demeurent pas impunis et que d’autres violations des droits humains soient évitées ; elle a notamment suggéré de limiter les activités de l’Agence nationale de sécurité au seul renseignement.

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