En octobre 2023, Amnesty International a reçu des informations fiables indiquant que la Cour suprême avait secrètement confirmé la peine de mort d’Abdullah al Derazi sans informer sa famille ni son avocat. Le 16 octobre 2023, le rapporteur spécial des Nations unies sur les exécutions sommaires, extrajudiciaires ou arbitraires s’est dit préoccupé par l’exécution imminente d’Abdullah Al Derazi. Ce jeune homme pourrait être exécuté si le roi ratifie sa condamnation.
En novembre 2024, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a conclu que la détention d’Abdullah al Derazi ainsi que celles de Jalal Labbad, de Yusuf al Manasif, de Jawad Qureiris et de Hassan al Faraj étaient arbitraires. Il a estimé que la solution appropriée serait de libérer ces personnes immédiatement et de leur accorder un droit exécutoire à des indemnités et d’autres réparations conformément au droit international. Ces cinq jeunes hommes font partie de la minorité chiite et avaient moins de 18 ans au moment des faits qui leur sont reprochés.
En février 2025, des sources dignes de confiance ont informé Amnesty International que Yusuf al Manasif, Jawad Qureiris et Hassan al Faraj avaient été rejugés et de nouveau condamnés à mort et que leurs procédures étaient en instance devant la Cour suprême. Jalal Labbad et Abdullah al Derazi n’avaient pas encore été rejugés à ce moment-là.
Le 21 août 2025, les autorités saoudiennes ont exécuté Jalal Labbad. Comme lui, Abdullah al Derazi a été arrêté et jugé pour des infractions qu’il aurait commises alors qu’il était mineur, après qu’il a participé à des manifestations contre le traitement réservé par le gouvernement à la minorité chiite. Ces deux jeunes hommes ont fait l’objet de procès manifestement iniques et ont été condamnés à mort.
En mai 2023, la Commission saoudienne des droits humains a affirmé dans une lettre à Amnesty International : « L’imposition de la peine de mort à des mineurs pour des infractions relevant du taazir a été complètement abolie ». Les infractions relevant du taazir [peine discrétionnaire], comme celles dont Jalal Labbad et Abdullah al Derazi ont été déclarés coupables, ne sont pas passibles de la peine capitale selon la charia (loi islamique). Le recours à la peine de mort contre des personnes qui étaient âgées de moins de 18 ans au moment des faits dont ils ont été reconnus coupables est strictement interdit, en vertu de la Convention relative aux droits de l’enfant, que l’Arabie saoudite a ratifiée.
Abdullah al Derazi avait 17 ans au moment des faits qui lui sont reprochés. Il a été arrêté le 27 août 2014 et condamné à mort par le Tribunal pénal spécial le 20 février 2018, pour avoir participé « à des émeutes à Al Qatif, scandé des slogans contre l’État et semé le chaos », « fait partie d’un réseau terroriste [...] visant à perturber la sécurité interne », et « attaqué des agents de la sécurité avec des cocktails Molotov ». Il a indiqué au tribunal qu’il avait été maintenu en détention provisoire pendant trois ans, au cours desquels il n’avait pas été autorisé à s’entretenir avec un avocat.
D’après ses documents judiciaires, qu’Amnesty International a pu consulter, il a déclaré au juge : « Je demande un examen médical indépendant pour prouver la torture à laquelle j’ai été soumis […]. Les dossiers de l’hôpital de l’unité d’enquêtes de Dammam prouvent que je continue d’être soigné en raison des coups que j’ai reçus aux oreilles pendant mon interrogatoire ». Le tribunal n’a pas enquêté sur ses allégations de torture et, le 8 août 2022, une cour d’appel a confirmé sa condamnation à mort.
L’Arabie saoudite est l’un des pays au monde qui procèdent au plus grand nombre d’exécutions. En 2024, les autorités saoudiennes ont exécuté 345 personnes, soit le nombre le plus élevé qu’Amnesty International ait jamais enregistré sur une année pour un pays.
L’analyse réalisée par Amnesty International sur le recours à la peine de mort par l’Arabie saoudite au cours des dix dernières années révèle une utilisation alarmante de ce châtiment pour des infractions liées au « terrorisme » contre la minorité chiite du pays. Alors que la communauté chiite englobe entre 10 et 12 % de la population totale, elle représente environ 42 % (120 sur 286) de toutes les exécutions liées au « terrorisme » entre janvier 2014 et juin 2025.