Écrire Un journaliste en détention arbitraire prolongée

Le journaliste Mohamed Salah est maintenu arbitrairement en détention depuis 27 mois sans avoir été jugé, uniquement pour avoir exercé pacifiquement ses droits fondamentaux.

Dans une lettre rédigée en prison le 31 janvier, il a appelé les autorités à mettre fin à sa détention provisoire, celle-ci ayant dépassé la limite maximale de deux ans autorisée par le droit égyptien.

Il doit être libéré immédiatement et sans condition et ses allégations de torture et d’autres mauvais traitements doivent donner lieu à une enquête efficace.

Mohamed Salah est un journaliste indépendant qui a été arrêté le 26 novembre 2019 dans un café à Dokki, un quartier du Grand Caire. Il est détenu arbitrairement depuis lors, dans l’attente des résultats d’une enquête menée par le service du procureur général de la sûreté de l’État (section spéciale du parquet chargée de poursuivre les auteurs présumés d’infractions liées à la « sûreté de l’État »), qui porte sur des allégations d’« adhésion à un groupe terroriste » et de « diffusion de fausses nouvelles » (affaire n° 488/2019). Deux journalistes, Solafa Magdy et son époux Hossam el Sayed, qui avaient été arrêtés en même temps que Mohamed Salah, ont été libérés à titre provisoire le 14 avril, dans l’attente des conclusions de l’enquête.

Le 19 juillet 2020, un tribunal a ordonné la mise en liberté provisoire de Mohamed Salah dans l’attente des résultats d’investigations liées à l’affaire n° 488/2019, et le 23 juillet 2020, le journaliste a été transféré au poste de police de Dar Essalam en vue de sa libération. Cependant, le 23 août 2020, le service du procureur général de la sûreté de l’État a ordonné son maintien en détention, dans l’attente d’une enquête sur des allégations infondées de terrorisme, menée dans le cadre d’une nouvelle affaire (n° 855/2020). Selon sa famille, Mohamed Salah n’a pas été autorisé à recevoir de visites entre son transfert au poste de police, le 23 juillet 2020, et le 28 décembre 2020, date à laquelle ses proches ont pu le voir quelques minutes, après avoir adressé de nombreuses demandes et plaintes en décembre 2020 au gouvernement égyptien, dont le chef est le Premier ministre. Les proches de ses compagnons de cellule leur ont emboîté le pas en déposant des plaintes similaires.

Le 8 janvier 2021, en représailles à ces plaintes, semble-t-il, des membres des forces de sécurité ont dévêtu Mohamed Salah et les 13 autres détenus de la cellule n° 6 du poste de police de Dar Essalam, les ont suspendus par les pieds et les ont roués de coups de matraque et de tuyau d’arrosage. Ils leur ont également confisqué leurs couvertures, ont inondé la cellule d’eau froide et leur ont refusé des soins de santé, y compris pour les blessures qu’ils leur avaient infligées. Le 10 janvier 2021, Mohamed Salah a été transféré à la prison de Tora, mais il a été privé des visites de sa famille jusqu’à la fin du mois de mars 2021.

Selon des sources bien informées, ses blessures s’étaient infectées et ses vêtements étaient déchirés et couverts de sang lors de son premier transfert en prison. Les autorités n’ont pas donné suite aux requêtes de son avocat et de sa famille, qui demandaient qu’un examen médicolégal soit pratiqué pour consigner ses blessures.

Dans deux vidéos qu’Amnesty International a pu examiner, obtenues par le Guardian, on voit des détenus du poste de police de Dar Essalam, suspendus dans des positions douloureuses ou présentant des ecchymoses sur le corps et des blessures ouvertes à la tête. Les allégations faisant état d’actes de torture et d’autres mauvais traitements au poste de police de Dar Essalam n’ont pas donné lieu à une enquête efficace, rapide, indépendante, impartiale, transparente et efficace. Le 15 février 2022, le ministère public a publié une déclaration selon laquelle les vidéos divulguées étaient une mise en scène, les détenus qui y figuraient s’étant blessés eux-mêmes pour « déstabiliser le pays, inciter à la discorde et répandre des rumeurs ».

Le 23 août 2021, dans le cadre de la nouvelle affaire (n° 855/2020), le service du procureur général de la sûreté de l’État a interrogé Mohamed Salah au sujet d’infractions similaires d’« adhésion à un groupe terroriste », de « propagation et diffusion de fausses rumeurs » et d’« utilisation des réseaux sociaux à mauvais escient ». Outre Mohamed Salah, Mahienour el Masry, défenseure des droits humains et avocate, Esraa Abdelfattah et Solafa Magdy, journalistes, et Mohamed Baker, défenseur des droits humains et avocat, font également l’objet d’investigations dans le cadre de l’affaire n° 855/2020. Mahienour el Masry, Esraa Abdelfattah et Solafa Magdy ont été libérés à titre provisoire en 2021 dans l’attente des résultats de l’enquête, mais Mohamed Baker est toujours incarcéré car un tribunal d’exception l’a déclaré coupable de « diffusion de fausses nouvelles portant atteinte à la sécurité nationale » et condamné à quatre ans d’emprisonnement le 21 décembre 2021.

D’après les informations recueillies par Amnesty International, le parquet fonde principalement ses accusations contre Mohamed Salah - et contre les autres personnes maintenues en détention provisoire prolongée pour avoir exercé pacifiquement leurs droits fondamentaux - sur les résultats des investigations de l’Agence de sécurité nationale, que les prévenu.es et leurs avocat.es ne sont pas autorisés à examiner. Il est de plus en plus fréquent que le service du procureur général de la sûreté de l’État contourne les décisions des tribunaux ou du parquet ordonnant la libération de personnes qui se trouvent en détention provisoire prolongée. Pour ce faire, il émet de nouveaux ordres de placement en détention qui s’appuient sur des charges similaires, pratique connue sous le nom de « rotation ».

Depuis que le président Abdel Fattah al Sissi est au pouvoir, les autorités répriment la diffusion d’informations indépendantes et ont bloqué arbitrairement des centaines de sites Internet, perquisitionné et/ou fermé les locaux d’au moins neuf organes de presse et arrêté arbitrairement de nombreux journalistes. En décembre 2021, au moins 31 journalistes étaient derrière les barreaux uniquement pour avoir fait leur métier ou pour avoir exprimé des opinions critiques sur les réseaux sociaux.

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