Écrire Un journaliste détenu doit bénéficier d’un procès équitable

journaliste marocain Omar Rad

Le 19 juillet 2021, le tribunal de première instance de Casablanca a reconnu le journaliste marocain Omar Radi coupable d’espionnage et de viol, et l’a condamné à six ans de prison à l’issue d’un procès entaché de violations flagrantes des droits à une procédure régulière.

Son procès en appel s’est ouvert le 25 novembre 2021.

Amnesty International appelle de nouveau à la tenue d’un procès équitable et à un réexamen juste de la détention d’Omar Radi en attendant que son recours soit examiné.

Omar Radi est un journaliste d’investigation et un militant marocain. Il est l’un des fondateurs et journalistes du site marocain indépendant d’actualités Le Desk, qui publie des contenus critiques à l’égard des autorités. Il travaille également pour plusieurs médias nationaux et internationaux. Ses enquêtes s’intéressent à des affaires politiques, notamment aux relations entre les élites du pouvoir politique et du monde des affaires au Maroc, et aux cas présumés de corruption des autorités. En 2013, il a été lauréat du premier prix du journalisme d’investigation décerné par l’International média support (IMS) et l’Association marocaine pour le journalisme d’investigation (AMJI) pour une enquête sur l’exploitation de carrières de sable publiée sur Lakome. En 2016, il a été l’auteur d’un rapport d’enquête sur l’affaire bien connue des « Serviteurs de l’État » dans lequel il a révélé les noms d’une centaine de hauts responsables qui auraient acquis illégalement des terrains publics.

Le 23 mars 2021, un juge d’investigation a inculpé Omar Radi d’« atteinte à la sécurité intérieure et extérieure de l’État » en se fondant sur l’accusation selon laquelle il aurait reçu des fonds de sources « liées à des services de renseignement étrangers ». À la connaissance d’Amnesty International, les fonds transférés depuis l’étranger étaient en fait des subventions pour la recherche versées dans le cadre d’une bourse de journalisme et de services de consultant en free-lance, deux activités liées à l’exercice de sa liberté d’expression. Lors du procès, l’accusation n’a pas fourni d’éléments prouvant qu’il avait divulgué des informations classées secrètes ou qu’il avait en aucune façon agi en dehors de son travail légitime.

Amnesty International considère donc ces accusations comme fallacieuses. Les autorités marocaines se servent fréquemment de tactiques similaires pour intimider leurs détracteurs ; en 2015, l’universitaire Maati Monjib a été visé par des accusations analogues pour avoir légitimement reçu des fonds d’une ONG étrangère.

Omar Radi est également inculpé de « viol » et d’« attentat à la pudeur », car une ancienne collègue de Le Desk l’a accusé de l’avoir agressée le 12 juillet 2020. Il a nié ces allégations, en assurant qu’il avait eu avec elle « des relations sexuelles consenties ». Un témoin dans cette affaire, qui était présent lors des faits, affirme depuis le début de l’enquête qu’il n’y a pas eu viol. Ce témoin a aussi été inculpé pour complicité de viol. Les allégations de violence sexuelle devraient toujours être prises au sérieux et faire l’objet d’enquêtes approfondies. Cependant, il importe de noter que des accusations d’agression sexuelle sont actuellement portées contre des détracteurs du gouvernement détenus ou poursuivis pour avoir exercé leur liberté d’expression.

Le fait qu’Omar Radi soit ciblé pour espionnage par les autorités marocaines n’est pas nouveau. Le 17 mars 2020, un tribunal marocain a condamné Omar Radi à une peine de quatre mois de prison avec sursis et à une amende de 500 dirhams marocains (environ 47 euros) pour un tweet dans lequel il critiquait un juge de la cour d’appel ayant confirmé les lourdes peines de prison prononcées contre des militants du mouvement Hirak El-Rif.

Le rapport qu’Amnesty International a publié en juin 2020 révélait qu’Omar Radi avait été pris pour cible par les autorités marocaines au moyen d’un logiciel espion fabriqué par l’entreprise israélienne NSO Group. À la suite de la publication de ce rapport, elles ont lancé une campagne de diffamation contre Amnesty International, dans le but de discréditer son travail et de détourner l’attention de la surveillance illégale dont font l’objet au Maroc les défenseur·e·s des droits humains et les journalistes. En octobre 2019, Amnesty International avait déjà publié un rapport présentant des éléments prouvant que les défenseurs marocains des droits humains Maati Monjib et Abdessadak El Bouchattaoui avaient eux aussi été surveillés au moyen d’outils technologiques fabriqués par l’entreprise NSO Group. Elle soulignait la gravité de la menace que représente la surveillance illégale ciblée pour les droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique au Maroc.

Omar Radi est incarcéré à l’isolement depuis son placement en détention en juillet 2020. Il a droit à une heure de marche quotidienne en dehors de sa cellule, mais sans contact avec les autres prisonniers – un traitement qui s’apparente à de la torture. En décembre 2020, Amnesty International et Human Rights Watch ont adressé une lettre à la Délégation interministérielle aux droits de l’homme (DIDH) afin de lui faire part de leur inquiétude quant au placement à l’isolement des journalistes Omar Radi et Sulaiman Raisouni. Les autorités ont affirmé que les conditions de détention des deux journalistes ne constituaient pas un isolement cellulaire. Cependant, l’Ensemble de règles minima des Nations unies pour le traitement des détenus, ou règles de Mandela, définit l’isolement cellulaire comme le fait de passer 22 heures ou plus par jour sans réel contact humain.

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