Écrire Un journaliste et poète cachemiri détenu

Ahmad Farhad, journaliste et poète cachemiri, se trouve en détention administrative depuis le 20 juin à Bagh, dans la partie du territoire de Jammu-et-Cachemire administrée par le Pakistan.

Sa détention arbitraire en vertu de l’Ordonnance sur le maintien de l’ordre public s’inscrit dans le cadre d’une répression massive du droit de réunion pacifique dans la région. Il est préoccupant de constater que les autorités font pression sur Ahmad Farhad pour qu’il enregistre des déclarations dénonçant les manifestations qui ont lieu dans la région.

Il observe actuellement une grève de la faim pour protester contre sa détention illégale.

Amnesty International engage les autorités pakistanaises à le libérer immédiatement et à renoncer à toute méthode coercitive restreignant son droit à la liberté d’expression.

Journaliste doté de 15 ans d’expérience, Ahmad Farhad a travaillé pour plus de 10 grandes chaînes d’information télévisées pakistanaises, dont Bol News, Hum News, Neo News et Capital TV. C’est également un poète ourdou renommé, qui aborde dans son art des thèmes politiques tels que les disparitions forcées. Il est actif sur les réseaux sociaux. Il critique ouvertement l’ingérence politique des forces armées au Pakistan et a été menacé par le passé en raison de ses opinions dissidentes. Il travaille comme journaliste indépendant, après que plusieurs de ses anciens employeurs l’ont licencié du fait de pressions exercées par les autorités de l’État.

Le 15 mai 2024, Ahmad Farhad a été enlevé à son domicile à Islamabad. Il a refait surface deux semaines plus tard, le 29 mai, à un poste de contrôle à Kohala, près de Muzaffarabad, dans le territoire de Jammu-et-Cachemire administré par le Pakistan. Il a été placé en détention et un procès-verbal introductif a été déposé contre lui au poste de police de Dhirkot, en vertu de l’article 186 du Code pénal de l’Azad Cachemire pour « entrave aux fonctions publiques exercées par un représentant de l’État ». Il a été inculpé par le biais d’un autre procès-verbal introductif déposé au poste de police de la division de Bishmo, à Muzaffarabad, en date du 13 mai 2024, en vertu de la Loi antiterroriste, en lien avec des publications sur les réseaux sociaux concernant la Longue marche du Cachemire organisée par le Comité d’action conjoint Awami du Jammu-Cachemire (JAAC), en mai 2024. Il a finalement été libéré sous caution dans le cadre de ces deux affaires le 14 juin 2024.

Des centaines de personnes sont détenues arbitrairement dans le territoire de Jammu-et-Cachemire administré par le Pakistan, dans le cadre d’une vaste répression contre les manifestations réclamant l’abolition des 12 sièges réservés au sein de l’Assemblée législative. Le JAAC, mouvement populaire de défense des droits civiques qui défend les droits économiques et politiques dans la région, a appelé à faire grève et a planifié des rassemblements le 9 juin, les négociations avec le gouvernement ayant échoué.

À titre de représailles, le gouvernement a désigné le JAAC comme une « organisation interdite » au titre de la Loi antiterroriste de 2014 de l’Azad Cachemire, le 5 juin, et a suspendu les services d’Internet mobile dans la région. Immédiatement après, au moins 13 personnes, dont quatre policiers, ont été tuées. Au cours des semaines qui ont suivi, des informations ont fait état de dizaines de morts du fait du recours excessif à la force par les forces de sécurité - mais il est difficile de vérifier le nombre exact.

Début août, les autorités pakistanaises ont publié les Directives sur la facilitation des médias étrangers, qui imposent aux journalistes travaillant pour des médias étrangers, y compris aux employés locaux, d’obtenir un certificat de non-objection lorsqu’ils font des reportages en dehors des trois villes principales, Lahore, Karachi et Islamabad. En outre, le gouvernement a bloqué l’accès au site d’information d’Al Jazira après avoir soulevé des objections quant à sa couverture des manifestations.

Les autorités pakistanaises ont également réprimé les rassemblements pacifiques dans d’autres régions du Pakistan exprimant leur solidarité avec le mouvement au Cachemire. Au moins 50 manifestant·e·s ont été brièvement détenus à Lahore pour avoir tenté d’organiser une manifestation de solidarité le 31 juillet. En outre, une centaine de manifestant·e·s ont été interpellés dans la capitale Islamabad, pour avoir assisté à une manifestation de soutien, dont l’ancien sénateur Mushtaq Ahmad.

Auparavant, le journaliste Sohrab Barkat avait été arrêté le 6 juin en vertu de la Loi de 2016 relative à la prévention de la cybercriminalité, en raison de publications sur les réseaux sociaux au sujet de la situation au Cachemire. Il avait été libéré sous caution 10 jours plus tard.

J'agis

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Monsieur le Commissaire-adjoint,

Je vous écris afin de vous faire part de mon inquiétude concernant l’arrestation et la détention administrative d’Ahmad Farhad, poète et journaliste cachemiri connu pour son soutien à des mouvements sociaux. Il est détenu depuis le 20 juin dans un poste de police à Bagh, dans la partie du territoire de Jammu-et-Cachemire administrée par le Pakistan. C’est le commissaire de police qui a ordonné son arrestation au titre de l’article 16 de l’Ordonnance sur le maintien de l’ordre public, autorisant la détention d’individus accusés de propos portant atteinte à la sécurité publique ; toutefois, il ne fait l’objet d’aucune accusation précise.

En détention, Ahmad Farhad subit des pressions pour enregistrer, en échange de sa libération, une vidéo dénonçant les manifestations dans la région et condamnant comme organisation terroriste le Comité d’action conjoint Awami du Jammu-Cachemire (JAAC), un mouvement populaire de défense des droits civiques. En guise de protestation, le 27 juillet, il a entamé une grève de la faim qu’il a poursuivie jusqu’au 10 août, lorsque les autorités l’ont persuadé d’y mettre un terme, lui promettant qu’il serait libéré. N’ayant pas été remis en liberté, il a repris sa grève de la faim le 11 août. Le 22 août, il a été transféré dans un hôpital et alimenté par solution intraveineuse, son état de santé s’étant fortement dégradé.

Ahmad Farhad souffre de graves douleurs dorsales chroniques et avait déjà été admis à l’hôpital en juillet, après que son état se soit détérioré. On lui avait administré des décontracturants musculaires, mais cela avait aggravé d’autres problèmes gastrointestinaux.

La détention d’Ahmad Farhad s’inscrit dans le cadre d’une répression plus large des droits humains dans le territoire de Jammu-et-Cachemire administré par le Pakistan, depuis que le Comité d’action conjoint Awami du Jammu-Cachemire (JAAC) a lancé un appel à manifester le 9 juin. Ce n’est pas la première fois qu’il est pris pour cible. Le 15 mai 2024, il a « disparu » de chez lui à Islamabad et est réapparu deux semaines plus tard sous la garde de la police dans le territoire de Jammu-et-Cachemire administré par le Pakistan.

Sa détention est arbitraire et semble avoir pour seul objectif de réduire à néant son droit à la liberté d’expression et de l’empêcher de témoigner des violations des droits humains commises dans la région.

En conséquence, je vous demande de :
• libérer immédiatement et sans condition Ahmad Farhad, maintenu arbitrairement en détention administrative ;
• veiller à ce qu’il soit protégé contre les actes de torture, les mauvais traitements et les mesures de contrainte pendant sa détention.

Veuillez agréer, Monsieur le Commissaire-adjoint, l’expression de ma haute considération.

LANGUE À PRIVILÉGIER POUR LA RÉDACTION DE VOS APPELS : Anglais, ourdou


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