Nargiz Absalamova est journaliste à Abzas Media, et a notamment relayé des informations faisant état d’accords semble-t-il corrompus conclus par des entreprises entretenant des relations avec des responsables gouvernementaux. Ce média a également publié des enquêtes sur des sujets environnementaux, tels que la pollution toxique et les risques sanitaires liés à la mine d’or de Gedabek, située près du district de Söyüdlü, en Azerbaïdjan. Nargiz Absalamova a été appréhendée le 30 novembre 2023, dans le cadre d’une vague d’arrestations ayant visé Abzas Media. Elle et ses collègues sont incarcérés au complexe pénitentiaire de Lankaran, un établissement isolé, loin de leurs proches qui résident à Bakou.
Ulvi Hasanli, directeur d’Abzas Media, Mahammad Kekalov, son adjoint, Sevinj Vagifgizi, rédactrice en chef, ainsi que Nargiz Absalamova, Elnara Gasimova et Hafiz Babali, journalistes, et Farid Mehralizada, économiste et correspondant de Radio Free Europe/Radio Liberty, accusés d’avoir introduit illégalement de l’argent dans le pays dans le cadre d’une association de malfaiteurs, ont été soumis à des arrestations arbitraires entre novembre 2023 et janvier 2024. En août 2024, le parquet a aussi retenu de nouvelles charges contre eux - exercice illégal d’une activité commerciale, blanchiment d’argent et évasion fiscale.
Le 20 juin 2025, le tribunal de Bakou chargé des crimes graves a condamné sept professionnel·le·s affiliés à Abzas Media à des peines d’emprisonnement allant de sept ans et demi à neuf ans. Le 3 avril 2026, la Cour suprême a rejeté un appel en cassation déposé par des journalistes d’Abzas Media, et confirmé les déclarations de culpabilité de juin 2025 et les peines de prison.
En décembre 2023, Ilgar Aliyev, expert en sécurité informatique et en gouvernance des technologies de l’information, a été arrêté dans le cadre de l’enquête contre Abzas Media. À l’époque, Ilgar Aliyev et sa famille ne souhaitaient pas que son arrestation et ses liens avec Abzas Media soient rendus publics. En mai 2026, Ilgar Aliyev est mort au centre correctionnel n° 13 en Azerbaïdjan.
Lors de son dernier enregistrement vocal, Ilgar Aliyev a déclaré que des policiers avaient placé des stupéfiants et des substances psychotropes dans sa poche, l’avaient forcé à faire des aveux sous la contrainte, et avaient menacé de prendre sa famille pour cible s’il refusait. Des documents judiciaires décrivent des allégations de violences physiques, de pressions, de privation de la possibilité de s’entretenir avec un avocat de son choix, et de falsification de documents de procédure.
Le 23 février 2026, plusieurs rapporteurs et rapporteuses spéciaux et le Groupe de travail sur la détention arbitraire des Nations unies ont signalé les conditions de détention et le transfert de Nargiz Absalamova et d’autres femmes journalistes vers une prison isolée du village de Gurumba, à Lankaran.
Les journalistes n’ont été informées de leur transfert qu’une heure avant leur départ, et l’établissement de Gurumba est situé à 250 kilomètres au sud de Bakou, ce qui représente un poids financier et logistique considérable pour leurs familles et leurs avocats.
Depuis novembre 2023, près de 30 journalistes et professionnel·le·s des médias ont été arrêtés par les autorités azerbaïdjanaises.
Au moins 12 des personnes arrêtées depuis le 6 décembre 2024 sont des journalistes ayant des liens avec Meydan TV, des poursuites pénales sont en cours contre plusieurs journalistes de Toplum TV, notamment le co-fondateur, Alasgar Mammadli, et les journalistes Farid Ismayilov, Mushfig Jabarov et Ali Zeynalov.
Les journalistes arrêtés signalent régulièrement être soumis à des mauvais traitements : ils sont notamment privés de soins médicaux nécessaires et enfermés dans des cellules surpeuplées (de 15 à 18 détenus entassés dans des cellules conçues pour accueillir de huit à 10 personnes) et dans des conditions insalubres (les toilettes étant situées à l’endroit où ils dorment), ce qui provoque une détérioration de leur état de santé, ou y contribue.
Les actes de torture et les mauvais traitements en détention sont monnaie courante en Azerbaïdjan et sont perpétrés en toute impunité.
Amnesty International a maintes fois dénoncé la privation des soins de santé dont ont besoin des détracteurs du gouvernement incarcérés. Le Comité européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants (CPT) du Conseil de l’Europe a publiquement dénoncé « l’absence persistante de coopération » des autorités azerbaïdjanaises concernant ses appels à améliorer les conditions dans les prisons et à combattre la torture et les mauvais traitements.