Écrire Un journaliste soumis à des mauvais traitements et accusé de terrorisme

Cela fait maintenant 20 mois que le journaliste Mohamed Salah est détenu arbitrairement sans avoir été jugé. Un tribunal a ordonné sa libération, mais le parquet l’a ensuite maintenu en détention dans l’attente du résultat d’investigations sur une nouvelle affaire liée à des allégations de terrorisme dénuées de fondement.

Aucune enquête n’a été ouverte sur les allégations selon lesquelles il a été roué de coups dans un poste de police en décembre 2020.

Deux journalistes, Solafa Magdy et son époux Hossam el Sayed, qui avaient été arrêtés en même temps que Mohamed Salah en novembre 2019, ont été libérés à titre provisoire le 14 avril dans l’attente des conclusions d’une enquête.

Solafa Magdy, Hossam el Sayed et Mohamed Salah sont des journalistes indépendants qui travaillent pour différents médias. Ils font tous trois l’objet d’enquêtes menées par le service du procureur général de la sûreté de l’État, une section spéciale du parquet qui est chargée de poursuivre les auteurs présumés d’infractions relatives à la « sûreté de l’État », dans le cadre de l’affaire n° 488/2019, qui est liée aux manifestations antigouvernementales de mars 2019. Solafa Magdy et Hossam el Sayed ont été libérés à titre provisoire le 14 avril, dans l’attente des conclusions d’une enquête. Solafa Magdy et Mohamed Salah sont sous le coup de charges forgées de toutes pièces d’« adhésion à un groupe terroriste » et de « diffusion de fausses nouvelles », Hossam el Sayed étant pour sa part inculpé d’« appartenance à un groupe terroriste ».

Dans le cadre de la nouvelle affaire (n° 855/2020), le service du procureur général de la sûreté de l’État a inculpé Mohamed Salah d’« adhésion à un groupe terroriste », de « propagation et diffusion de fausses rumeurs » et d’« utilisation des réseaux sociaux à mauvais escient ». Le 16 mars 2021, la détention provisoire de Mohamed Salah a été prolongée de 45 jours en son absence. Outre Mohamed Salah, l’affaire n° 855/2020 met en cause d’autres prisonnières et prisonniers d’opinion, déjà en détention provisoire dans le cadre d’enquêtes distinctes sur des charges infondées liées également au « terrorisme », parmi lesquels la défenseure des droits humains et avocate Mahienour el Masry, la journaliste Esraa Abdelfattah et le défenseur des droits humains et avocat Mohamed el Baqer.

D’après les informations recueillies par Amnesty International, le parquet fonde principalement ses accusations contre Mohamed Salah et les autres prisonniers d’opinion sur les résultats des investigations de l’Agence de sécurité nationale, que les prévenu.es et leurs avocat.es ne sont pas autorisés à examiner. Depuis l’année dernière, il est de plus en plus fréquent que le service du procureur général de la sûreté de l’État contourne les décisions des tribunaux ou du parquet ordonnant la libération de personnes qui se trouvent en détention provisoire prolongée. Pour ce faire, il émet de nouveaux ordres de placement en détention qui concernent des charges similaires.

Depuis que le président Abdel Fattah al Sissi est au pouvoir, les autorités répriment la diffusion d’informations indépendantes et ont bloqué arbitrairement des centaines de sites Internet, perquisitionné et/ou fermé les locaux d’au moins neuf organes de presse et arrêté arbitrairement de nombreux journalistes. L’arrestation de Solafa Magdy, Hossam el Sayed et Mohamed Salah a eu lieu dans le contexte de la répression qui a suivi les manifestations de septembre 2019, la plus vaste à l’égard des voix dissidentes depuis 2014.

Amnesty International a rassemblé des informations montrant que les forces de sécurité égyptiennes avaient procédé à de très nombreuses arrestations de manifestant.es pacifiques, de journalistes, d’avocat.es spécialisés dans la défense des droits humains, de militant.es et de personnalités politiques dans le but de faire taire les voix discordantes et d’empêcher d’autres manifestations. En mai 2021, au moins 28 journalistes étaient derrière les barreaux uniquement pour avoir fait leur métier ou pour avoir exprimé des opinions critiques sur les réseaux sociaux.

La torture et les autres mauvais traitements sont interdits en vertu du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, auquel l’Égypte est partie. Le fait, pour des agents de l’État, d’infliger intentionnellement à une personne « une douleur ou des souffrances aiguës », physiques ou psychologiques, aux fins notamment de la punir, de faire pression sur elle, de l’intimider ou d’obtenir des « aveux », ou pour tout autre motif fondé sur une forme de discrimination, constitue une forme de torture.

J'agis

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Dear Public Prosecutor, / Monsieur le Procureur général,

Je vous écris pour faire part de mon inquiétude au sujet du journaliste Mohamed Salah, qui est détenu arbitrairement depuis le 26 novembre 2019 et, selon des informations alarmantes, a été soumis à des actes de torture et à d’autres mauvais traitements.

Le 19 juillet 2020, un tribunal a ordonné la libération de Mohamed Salah dans le cadre de l’affaire n° 488/2019, liée aux manifestations antigouvernementales de mars 2019, et le 23 juillet 2020, le journaliste a été transféré au poste de police de Dar Essalam, au Caire, dans l’attente de sa mise en liberté. Cependant, le 23 août 2020, le service du procureur général de la sûreté de l’État, une section spéciale du parquet qui est chargée de poursuivre les auteurs présumés d’infractions relatives à la « sûreté de l’État », a ordonné sa détention dans l’attente des conclusions d’une enquête sur une nouvelle affaire (n° 855/2020) liée à des allégations de terrorisme dénuées de fondement.

Selon sa famille, Mohamed Salah n’a pas été autorisé à recevoir des visites entre son transfert au poste de police, le 23 juillet 2020, et le 28 décembre 2020, date à laquelle ses proches ont pu le voir quelques minutes, après avoir adressé de nombreuses demandes et plaintes en décembre 2020 au gouvernement égyptien, dont le chef est le Premier ministre. Les proches de ses compagnons de cellule leur ont emboîté le pas en déposant des plaintes similaires. Le 8 janvier 2021, en représailles à ces plaintes, manifestement, les forces de sécurité ont déshabillé les 14 détenus de la cellule n° 6 du poste de police de Dar Essalam, les ont suspendus par les pieds et les ont roués de coups de matraque et de tuyau d’arrosage. Les forces de sécurité leur ont également confisqué leurs couvertures, ont inondé la cellule d’eau froide et leur ont refusé des soins de santé, y compris pour les blessures consécutives aux coups qu’elles leur avaient infligés. Le 10 janvier 2021, Mohamed Salah a été transféré à la prison de Tora, au Caire, mais il a été privé des visites de sa famille jusqu’à la fin du mois de mars 2021. Selon des sources bien informées, les blessures de Mohamed Salah s’étaient infectées et ses vêtements déchirés étaient couverts de sang lors de son premier transfert en prison. Des soins sommaires lui ont été prodigués au dispensaire de la prison, où ses bandages ont notamment été changés. Les autorités n’ont pas donné suite aux requêtes de son avocat et de sa famille, qui demandaient qu’un examen médicolégal soit pratiqué pour consigner ses blessures.

Je vous prie instamment de libérer Mohamed Salah immédiatement et sans condition, car il est détenu uniquement pour avoir exercé pacifiquement ses droits humains, et de mener sans délai une enquête indépendante, impartiale et efficace sur les allégations selon lesquelles il a été soumis à des actes de torture et à d’autres mauvais traitements au poste de police de Dar Essalam. En attendant sa libération, il doit pouvoir régulièrement entrer en contact avec sa famille et ses avocats et recevoir des soins médicaux adaptés, et doit être protégé contre de nouveaux actes de torture et autres mauvais traitements.

Veuillez agréer, Monsieur le Procureur général, l’expression de ma haute considération,

VOS APPELS : arabe, anglais. Vous pouvez également écrire dans votre propre langue.


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