Suivant les traces de son père et de son grand-père, qui étaient tous deux journalistes, Alberto Amaro a fondé le média numérique La Prensa de Tlaxcala en 2018. Mais au bout de quelques mois, il a commencé à recevoir des menaces liées à ses enquêtes sur la politique locale, la criminalité et la corruption.
L’État de Tlaxcala, le plus petit du Mexique, est une plaque tournante majeure de la traite des êtres humains et de l’esclavage sexuel. Cette région abrite de puissants réseaux criminels dirigés par des dynasties familiales qui se livrent au trafic de filles et de jeunes femmes à travers le Mexique et les États-Unis, entre autres activités illicites.
Alberto Amaro a dit avoir été agressé, menacé et arrêté par des policiers, mais aussi soumis à des actes d’intimidation par des membres de groupes criminels organisés, depuis 2019. Des personnes l’ont photographié, ainsi que sa femme et ses enfants, ont piraté son site Internet et ont sali sa réputation dans des publications sur Facebook, en l’accusant d’être un criminel.
Alors qu’il conduisait, des agresseurs ont tenté de lui bloquer le passage et de le forcer à quitter la route, et un homme armé à moto lui a tiré dessus à plusieurs reprises. Des intrus ont tenté de s’introduire chez lui, ont ouvert le feu sur sa propriété, et ont tué l’un de ses chiens en l’empoisonnant.
Le rapport d’Amnesty International et du Comité pour la protection des journalistes, intitulé « Nobody Guarantees My Safety », recense les graves failles et lacunes structurelles du Mécanisme fédéral de protection pour les journalistes au Mexique. Le rapport a souligné que plusieurs journalistes ont été attaqués, voire tués alors qu’ils se trouvaient sous la protection de l’État, démontrant que les mesures existantes sont souvent insuffisantes, mal appliquées ou contrôlées de manière incorrecte.
Dans ce contexte, les préoccupations d’Alberto Amaro Jordán sur les défaillances du programme censé le protéger doivent être prises au sérieux de toute urgence par les autorités fédérales et de l’État.
Les persécutions visant systématiquement Alberto Amaro ont été recensées, notamment dans le cadre d’une précédente campagne d’Actions urgentes lancée en 2024, et close plus tard la même année. Les risques extrêmes qu’il a endurés l’ont au bout du compte forcé à se réfugier en Espagne de septembre 2024 à septembre 2025, dans le cadre du programme de protection d’Amnesty International pour les défenseur·e·s des droits humains.
Des rapports publiés par Article 19 Mexique et Amérique centrale, une organisation spécialisée dans la liberté d’expression et la protection des journalistes, font état de schémas de violence, de surveillance, de harcèlement et d’intimidation contre des membres de la presse, ainsi que du manquement des autorités à leur devoir de fournir une protection efficace. Ces conclusions renforcent les inquiétudes au sujet des faiblesses du Mécanisme de protection fédérale au Mexique.
Depuis le début du 21e siècle, le Mexique est l’un des pays les plus meurtriers pour les journalistes. Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a enregistré 88 homicides de journalistes et de personnes travaillant dans le secteur des médias au Mexique depuis 2012, et a confirmé que 37 d’entre eux ont été tués en relation avec leur travail.
Les États les plus dangereux au cours de cette période ont été ceux de Veracruz (21 homicides), de Guerrero (10), d’Oaxaca (neuf) et de Sonora (sept). Le CPJ fait une distinction entre les meurtres dont il a été confirmé qu’ils étaient directement liés au travail de la victime et les homicides dont le motif n’est pas encore clair.